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Florilège musicopathe

: #31 : Dernières chroniques de 2023 (partie 2)



On clôt enfin le cru musical 2023 avec la deuxième partie de ce retour sur les pépites manquées de l’année et autres trésors cachés méritant un coup d’oreille (ou plus) dans vos lecteurs et plateformes préférés.

Abracadabra (US, CA) – Shapes & Colors (Melodic)

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Tirant de leur propre aveu des influences du Tom Tom Club, d’ESG (pour qui le groupe a pu ouvrir en concert en ce début d’année), de Lizzie Mercier Descloux ou encore de Deerhoof, le duo californien Abracadabra (Hannah Skelton et Chris Niles) bricolent des mélodies pop électroniques enjouées sur des basses simple mais efficaces (Talk Talk). À la manière d’une Cate Le Bon (Telling Time, Inyo County), la chanteuse du groupe déclame des textes faussement naïfs sur des productions presque kitsch et rétro.

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Hania Rani (PL) – Ghosts (Gondwana Records)

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L’artiste polonaise Hania Rani continue de faire parler d’elle avec ce nouvel album intitulé Ghosts. Après On Giacometti, sorti en début d’année 2023, la pianiste de formation propose une immersion plus complète dans son univers classique (Whispering House avec Ólafur Arnalds, Don’t Break My Heart et Thin Line avec Duncan Bellamy du Portico Quartet) et électronique (Moans, Hello). On apprécie les compositions originales comme les collaborations, dont le titre Dancing with Ghosts avec Patrick Watson (le chanteur du fameux To Build a Home de The Cinematic Orchestra). Une belle immersion dans l’univers poétique et vaporeux de Hania Rani.

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Vanishing Twin (UK) – Afternoon X (Fire Records)

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Toujours dans l’héritage de groupes de pop cosmique comme Pram (Lazy Garden), Stereolab (Lotus Eater) ou encore Broadcast (Melty), Vanishing Twin poursuit son aventure à succès avec Afternoon X. Avec des compositions à la production travaillée (The Down Below) et des idées guitaristiques et vocales intéressantes (Marbles), la meneuse Cathy Lucas guide la troupe, en tirant le meilleur de la musique pop britannique. On reconnaît notamment dans le titre Afternoon X un section rythmique au service de l’expérimentation, qui pourrait se rapprocher d’un Massive Attack. Le Jumeau Disparu veille définitivement bien sur Lucas et sa bande.

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Lispector (FR) – The Return of the Old Flame (Epic Records)

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Cela fait plus de 15 ans que la française Julie Margat propose avec son projet Lispector une chamber pop aux tons gais (Luv Kss Kry Die) et mélancoliques (Self-Driving Car) cousue de petites mélodies électroniques (The Green Light). The Return of the Old Flame est un concentré de 15 titres colorés et finement composés par l’artiste, qui après un Small Town Graffiti en 2019 bien construit, continue d’être une puriste indé dans le paysage de la pop électro française (Do You Happen?).

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John Cale (UK) – MERCY (Domino Recording Co)

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Vieux briscard de la musique indé, John Cale n’en est pas à son premier tour d’essai : co-fondateur du légendaire Velvet Underground avec Lou Reed et titulaire d’une discographie personnelle riche (un demi-siècle de compositions !), l’artiste décrit avec MERCY sa vision du monde actuel, celle d’un homme de 81 ans parfois amer mais toujours autant militant et engagé. Et c’est entouré d’une génération d’artistes plus jeunes mais tout aussi engagés que Cale a pu créer ces 12 nouveaux morceaux. On y compte parmi tant d’autres Weyes Blood (Story of Blood), Actress (Marylin Monroe’s Legs), Sylvan Esso (Time Stands Still) ou encore Animal Collective (Everlasting Days). Espérons que ce dernier pamphlet du britannique ne soit pas son œuvre ultime, une épitaphe à destination des générations futures.

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@ (US) – Mind Palace Music (Carpark)

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Le duo de pop/folk américain @, prononcé « At », « arobase » en français, est une belle collaboration artistique. Depuis leurs villes respectives de Philadelphie et de Baltimore, Victoria Rose et Stone Filipczak ont composé les chansons de l’album Mind Palace Music par échanges interposés, ce qui n’enlève rien à la poésie qui se dégage de l’album (Star Game, My Garden). Chantant tour à tour sur les différents morceaux (Friendship is Frequency, Where’d You Put Me), Rose et Filipczak posent les bases de l’univers de @, qu’on espère tout aussi riche et fleuri que ce Mind Palace Music (First Journal).

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Lionmilk (US, CA) – Intergalactic Warp Terminal 222 (Leaving Records)

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Sur les traces d’un certain Bibio (Ocean in your Eyes), la pop lo-fi bricolo-électronique de Lionmilk est une succession de petites pièces aux sonorités ambient (Lesson in Thanks, Gifts). En un flux continu, les morceaux se succèdent et apportent une nouvelle nuance à l’œuvre globale. Souvent instrumental (Delicate Heart) et parfois chanté (l’encourageant Treat Yourself Like a Friend), Intergalactic Warp Terminal 222 nous offre toute la créativité de la scène indie ouest américaine à travers les yeux (et les oreilles) de Lionmilk.

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Kamaal Williams (UK) Stings (Black Focus Records)

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Après la fin du projet Yussef Kamaal avec le batteur Yussef Dayes, le producteur et compositeur de jazz londonien Henry Wu a poursuivi sa carrière solo sous son pseudonyme Kamaal Williams. Après un premier album en 2018 (The Return) et un très bon Wu Hen en 2020, Stings arrive en 2023 avec une production léchée (Dogtown) mais non moins percutante (PXXNO). On retrouve l’ambiance jazz et électro hip-hop des précédents albums (Stings), avec de beaux noms en collaboration comme Miguel Atwood-Ferguson (The Last Symphony / Magnolia) ou encore Brian Hargrove, pianiste de jazz ayant notamment collaboré au RH Factor du défunt trompettiste américain Roy Hargrove (on ne saurait que vous recommander l’album Hard Groove de la formation en 2003). Plein de surprise (dont la bossa de City of God ou l’œuvre aux multiples facette Magnolia), Stings assure à Kamaal Williams sa renommée internationale dans le milieu du jazz moderne.

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Modern Cosmology (BR/FR) – What Will You Grow Now? (Duophonic Super 45s)

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Le projet de groupe Modern Cosmology, association du groupe de pop indé brésilien Mombojó avec la chanteuse Laëtitia Sadier, sort un premier album après l’EP de 2017 Summer Long. What Will You Grow Now? comporte de belles compositions qui alternent en passages chantés et improvisations musicales (Le train ne passera pas). Avec la française Sadier au chant, on retrouve (forcément) des couleurs musicales proches de Stereolab (Making Something) ; l’album est d’ailleurs signé sur le label du groupe Duophonic Super 45s. Cependant, les sonorités pop/folk brésiliennes signées Mombojó apportent une nuance particulière aux compositions (What Will You Grow Now?, A Time To Blossom). De la poésie, encore, toujours…

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This is the Kit (UK) – Careful of Your Keepers (Rough Trade Records)

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Si l’on devait mentionner une artiste contemporaine gardant un cap et une cohérence à toute épreuve depuis le début de sa carrière, Kate Stables et son projet This is the Kit serait très certainement l’un des premiers noms cités. Les compositions du groupe sont d’une beauté et d’une particularité exceptionnelle (Earthquake sur Wriggle Out the Restless en 2013). Avec ce nouvel album, This is the Kit propose des compositions un tantinet plus lumineuses qu’à l’accoutumée (More Change), mais avec toujours autant de qualité d’écriture et de chant (Dibs, Inside Outside). La section rythmique apporte un appui aux arpèges et au débit de la chanteuse (Scabby Head and Legs), faisant de Careful of Your Keepers un point d’étape supplémentaire sur le chemin modeste mais néanmoins honorable de This is the Kit.

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Volutus (US) – VOL4TUS (Volutus Records)

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Le label américain Volutus Records réunit de nombreux artistes de musique électronique du pays. Depuis 2021, ses compilations de VOL1TUS à cette dernière VOL4TUS, ont réuni les compositions IDM, ambient, chiptune et parfois même glitch d’artistes reconnu.e.s comme Quiet Eye (I Never Made It to Space Camp), JC Toscam (le Kraftwerk-ien Skeleton on a Bicycle) ou encore The Seven Fields of Aphelion (plus connue pour son rôle de bidouilleuse chez Black Moth Super Rainbow). VOL4TUS nous propose donc un voyage instrumental, composé de 1 et de 0, dans une mer de calme et de mélodies d’ordinateur (Forst, Portals).

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Fruit Bats (US, IL) – A River Running to Your Heart (Nippon Columbia)

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Le groupe Fruit Bats nous donne des humeurs de pop d’époques révolues, mises au goût du jour. C’est comme si Eric D. Johnson avait fait la compilation du meilleur de la pop des années 70, 80 et 90 pour en faire avec son groupe un projet unique : Fruit Bats. On se laisse transporter sur la mélodie ambient folk de It All Comes Back, on danse sur le disco See the Worls By Night, la nostalgie apparaît sur le folk We Used to Live Here… La formation américaine parvient à compiler ces différentes ambiances sur ce A River Running To Your Heart. Une œuvre bien ficelée et agréable à écouter.

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Gnoomes (RU) – Ax Ox (Rocket Recordings)

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Les expérimentations rock et électroniques du groupe russe Gnoomes n’ont de cesse de surprendre. Toujours dans la lignée du krautrock allemand (NST, The Neighbor), le groupe apporte sur Ax Ox sa patte particulière, créant un univers étrange et surréaliste, comme la pochette de l’album. Comme leurs idoles allemandes (Neu!, Faust ou encore Popol Vuh, pour ne citer qu’eux), Gnoomes garde une préférence pour les morceaux fleuves, alimentés par des rythmiques métronomiques et répétitives (Roadhouse sur Ngan! en 2015). Le titre central Eternal Trans Siberian, chanté dans leur langue maternelle, présente bien cette facette du groupe. Probablement une façon d’honorer leur culture, loin des considérations politiques actuelles.

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Arthur Russell (US) – Picture of Bunny Rabbit (Audika Records)

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De tous temps, de nombreux artistes de talents ont eu une renommée modeste et ont malheureusement disparu dans l’anonymat presque complet. On peut citer Alexander Skip Spence et son chef d’œuvre Oar en 1969, ou encore Louis Thomas Hardin alias Moondog, le légendaire musicien qui pourtant arpentait les rues de New York. Dans une destinée moins violente mais toute aussi tragique, la carrière du violoncelliste de formation Arthur Russell l’a mené à côtoyer Philip Glass, à étudier la musique classique indienne (Not Checking Up) ou encore à participer à l’émergence de la musique house de Chicago. C’est avec sa voix si particulière (The Boy With a Smile) et son instrument de prédilection qu’on retrouve les derniers enregistrements studios de Russell sur ce Picture of a Bunny Rabbit, l’artiste ayant malheureusement succombé au SIDA en 1992.

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Kevin Abstract (US, TX) – Blanket (RCA Records)

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Après la fin du collectif hip-hop Brockhampton, les fans surveillent avec attention l’évolution de la carrière solo de son leader Kevin Abstract. Blanket surprend dans sa direction artistique plus pop (Scream), rock (Blanket) et folk (Height, Spiders, and the Dark) que hip-hop. D'aucuns lui trouveraient des similitudes à un certain Alex G (What Should I Do?). Pourtant, Kevin Abstract parvient à apporter sa cohérence et son identité aux compositions, signe que l’artiste a un panel artistique bien plus large et développé que ce qu’il n’y parait à première vue.

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par Jonathan
le 25/01/2024

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