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L'Oldie de la semaine

: Slint - Spiderland (1991)



Il y a 30 ans sortait cet album inclassable de Slint, pierre angulaire américaine de ce que l'on nommera plus tard le post-rock. Spiderland est notre oldie de la semaine...

Louisville, Kentucky, 1991. Quatre garçons dans le vent.. ou plutôt dans l'eau, celle d'un lac aux abords d'une carrière abandonnée photographiée par Will Oldham. Celle aussi, plus trouble et vaseuse, dans laquelle baigne la musique que développait Slint sur cet album devenu rétroactivement l'une des pierres angulaires du genre post-rock – le terme n'existait pas encore à l'époque – tout autant que le magnifique Laughing Stock de Talk Talk sorti la même année. Replonger dans Spiderland trente ans plus tard impressionne toujours, au point même de penser que ce dernier semble n'avoir aucunement subi les affres du temps. Trop inclassable. Trop bizarre. Il faut d'ailleurs reconnaître que peu d'autres groupes surent depuis reproduire la puissance venineuse et la complexité labyrinthique (Breadcrumb Trail ci-dessous) de leurs compositions si l'on exclu des groupes de la même "famille" comme June of 44. Quelques formations anglaises récentes comme Black Midi et Black Country, New Road s'y aventurent toutefois avec un talent notoire mais sans l'authenticité naturelle de ces jeunes gars qui découvraient leur singularité à l'instant présent.

Sorti en pleine vague grunge, Spiderland évoluait aux antipodes du Nevermind de Nirvana et du Gish des Smashing Pumpkins alors même qu'il paraît puiser aux mêmes sources, à savoir l'énergie du punk pour le premier et des emprunts hard-rock pour le second. L'album formerait finalement une sorte de négatif difficile d'accès préférant l'ombre à la lumière et privilégiant la retenue aux explosions de violence. Ces dernières sont pourtant bel et bien présentes dans Spiderland, seulement celles-ci se révèlent au terme de longs cheminements sinueux jamais très évidents car remplis de fausses alertes, d'accalmies suspectes (Don, Aman et l'instrumentale For Dinner..) et autres bifurcations. Elles n'en deviennent ainsi que largement plus marquantes lorsqu'elles nous pètent à la figure comme en témoignent les guitares abrasives du final de la lancinante Washer (ci-dessous) ou encore ce "I miss you" hystérique ponctuant Good Morning Captain, cri du cœur éructé par un Brian McMahan qui avait pourtant marmonné tout du long. Chez Slint, la violence est souvent intériorisée, elle n'est dans tous les cas jamais gratuite.

Slint ne donna aucune suite à ce coup de maître mais l'on retrouvera plus tard quelques membres dans des formations 90's tout aussi importantes lorsque l'on s'intéresse aux balbutiements du post-rock (Brian McMahan chez The For Carnation dans lequel il chante presque, et David Pajo chez Tortoise). Spiderland fut sans surprise un échec commercial lors de sa sortie, mais il marqua si fort les esprits des happy fews qui eurent la curiosité d'y jeter une oreille que l'on pourrait presque reprendre à son compte ce que l'on disait à propos du premier album du Velvet Underground : "très peu l'ont écouté mais ils ont tous monté un groupe".



par Romain
le 26/03/2021

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