2026 restera une année marquée par quelques retours flamboyants puisqu'après le nouvel album de
Neurosis (dix ans d'absence, on y reviendra), celui de
Boards of Canada (treize ans) et celui de
The Durutti Column (quinze ans),
Syd Matters vient de mettre fin à seize ans de silence radio de la plus belle des manières.
Ah
Syd Matters… De loin on dirait un nom d'artiste solo anglosaxon, de près il s'agit en fait d'un groupe français s'articulant autour du chanteur compositeur interprète
Jonathan Morali mais dont les influences restent finalement très anglosaxonnes. Le nom
Syd Matters est d'ailleurs la contraction déformée des deux leaders majeurs du
Pink Floyd des débuts (
"Syd" Barrett et
Roger "Waters" transformé en "Matters") mais on est pourtant ici aussi éloigné du rock progressif de
Pink Floyd que
Pink Floyd l'était lui-même des bluesmen
Pink Anderson et
Floyd Council auxquels ils doivent leur nom… Bref,
Syd Matters fait plutôt dans une folk mélancolique aux arrangements soignés, à tel point que nous devrions renommer le groupe "Elliott Stevens" pour l'occasion tant la présence d'
Elliott Smith et de
Sufjan Stevens est ici flagrante.
Les compositions de ce sublime
A Gospel of Some Sort garderait alors du premier une pop tourmentée plongeant comme le magnifique
From A Basement On The Hill dans les profondeurs de l'âme (
Choking on Anger,
Easy,
The Devil,
The Holy Ghost), et du second une folk acoustique dérivant vers des volutes vaporeux rappelant les belles heures de
Carrie & Lowell (
Memorize,
Many Years in the Making) ou d'
Illinois (la longue envolée
Ténèbres évoquant quant à elle
Steve Reich autant que son
Out of Egypt). D'autres chansons nous clouent également le bec par ce qu'elles déploient d'émotions grandissantes (
Armaggedon Time,
In the Darkness,
Tongues).
Avec le déjà ambitieux
A Whisper And A Sigh (2003), le plus terne
Someday We Will Foresee Obstacles (2005) et les beaux
Ghost Days (2008) et
Brotherocean (2010),
Syd Matters a toujours été abonné à l'excellence mais pas encore à la grandeur. Après un miraculeux alignement des planètes dont on ne sait rien des prémisces ni de l'évolution au sein de ses membres, le groupe vient de nous offrir cette fois-ci son chef d'œuvre, un authentique chef d'œuvre qui devrait marquer durablement les esprits :
A Gospel of Some Sort bouscule, transperce le cœur et fait couler les larmes comme peu d'albums savent le faire.
Chroniqué par
Romain
le 09/09/2026