On me souffle dans l'oreillette que le dernier disque d'
Interpol serait leur meilleur depuis belle lurette. Restons curieux même si j'ai pour ma part lâché poliment l'affaire il y a plus de vingt ans avec
Antics (2004), deuxième album en demi-teinte succédant à leur coup de maître
Turn On The Bright Lights, œuvre magistrale issue de la scène rock revival du début des années 2000 que j'avais largement saignée pendant mes années lycée au même titre que le
Is This It des
Strokes un an plus tôt. Les deux groupes ont d'ailleurs quelques atomes crochus dans leurs histoires communes : des origines new yorkaises, une entrée discographique fracassante érigée au rang de classique intemporel suivie d'un deuxième album exceptionnel mais montrant toutefois quelques signes de faiblesse (
Antics donc, et
Room On Fire), puis d'un enchaînement de propositions moins glorieuses flirtant avec les facilités du rock stadium, et enfin quelques percées tardives clairement revigorantes :
The New Abnormal (2020) des
Strokes et aujourd'hui ce
This Mirror Weighs A Ton certes imparfait mais méritant tout de même que l'on s'y attarde.
Commençons par les chansons les plus dispensables que contient ce huitième album de la bande à
Paul Banks, à savoir des morceaux génériques calibrés rock FM comme
Interpol semble pouvoir en produire à la pelle sans trop se fouler :
Wings On Fire,
Darling Thoughts et dans une moindre mesure l'effiface
See Out Loud qui rentre bien dans la tête. Montons d'un cran avec les belles
Iron City et
Wounded Soldier en évoquant ce chant à fleur de peau qu'est celui de
Paul Banks, comparé parfois à celui d'outre-tombe de
Ian Curtis (
Joy Division), mais qui élargirait le champ des possibles émotionnels et qui apporte à
Interpol toute sa noirceur romantique et une grande partie de sa singularité. Montons encore d'un cran avec quelques morceaux qui pourraient provenir du temps béni du quintet new yorkais, notamment deux morceaux longs en bouche par leurs structures méandreuses et leurs textures travaillées :
Ever the Actor et
Bird and the Serpent, puis ajoutons-y la pause fraîcheur de l'album
Wake Up dans laquelle le guitariste
Daniel Kessler emprunte des influences ouest-africaines pour offrir un titre inédit remarquable en forme d'éclairci dans la pénombre. Terminons enfin par les morceaux forts de
This Mirror Weighs A Ton, soit des morceaux pourtant linéaires dans la forme mais pour lesquels
Interpol s'aventure un peu et tente de nous immerger dans un océan de sonorités savamment agencées, soit également des ballades en clair-obscur qui pourraient s'étendre au double voire au triple de temps sans que l'on s'y oppose :
This Mirror Weighs A Ton (qui devait être une instrumentale à l'origine),
So Rides the Reindeer,
Enemy et
Sudden clôturant ce dernier album sur une note crépusculaire finalement à l'image de ce groupe n'ayant jamais été de joyeux lurons.
Chroniqué par
Romain
le 05/09/2026