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Interpol

: Turn on the Bright Lights



sortie : 2002
label : Matador
style : Rock indé post punk

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Tracklist :
01/ Untitled
02/ Obstacle 1
03/ N Y C
04/ P D A
05/ Say Hello to the Angels 06/ Hands Away
07/ Obstacle 2
08/ Stella Was a Driver and She Was Always Down
09/ Roland
10/ The New
11/ Leif Erikson

Quand le public découvre en 2002 Turn on the Bright Lights, premier album d'Interpol, le disque fait l'effet d'une petite révolution dans le milieu indie, restée un peu confidentielle. A présent le mini séisme est passé et le mystère Interpol n'est toujours pas levé. A priori, rien dans la musique du combo ne le destine à faire partie de ces groupes dont on va se souvenir. Il affiche même des choix esthétiques qui inciteraient plutôt à la méfiance, à l'image du Untitled qui ouvre l'album : voix perdue dans la reverb, guitares décuplées par le delay, rythmique métronomique, Interpol ouvre son premier essai sur un rock ambient et shoegazer qui a sûrement contribué à l'enfermer dans son statut de flambeau post-punk, post-Velvet Underground, post-Television, post-Joy Division. La musique d'Interpol est toujours "post-quelque-chose", et c'est pour cette raison même que personne ne comprend rien à cette mini-révolution, comme si Interpol ne faisait que nous confirmer un peu plus cette "mort du rock" dont Rock'n'Folk a fait son obsession éditoriale.

C'est que la musique d'Interpol revient de loin, qu'elle est effectivement habitée par la mort, par l'angoisse, et que celles-ci se déguisent sous un style "mort du rock" pour s'affirmer en demi-teinte, insidieusement. A l'image, justement, d'Untitled où la mort, dont la voix semble sortie de nulle part, psalmodie : "Surprises sometimes come around […] I will surprise you sometimes, I'll come around". La musique d'Interpol reste cachée derrière ses références, dans l'obscurité de ses "lumières claires" encore éteintes, dans une texture sonore qui privilégie le gris, le clair-obscur, la demi-teinte et la nuance. Pas de mélodies immédiatement accrocheuses ou pop, pas de violence ou d'énergie qui vous prennent à la gorge, pas d'architecture marquante au sein de l'album (si ce n'est Obstacle 1 et Obstacle 2 qui se répondent) mais une musique qui s'insinue doucement dans votre corps d'auditeurs via vos tympans, comme un poison dont on finirait par devenir dépendant. C'est que, en dépit du songwriting de grande qualité qui a donné naissance à cet album, la première force de cette musique est sa production impeccable et transparente, ce son énorme qui s'empare inconsciemment de l'auditeur mais dont il redemande jusqu'à écouter l'album en boucle : le son des guitares se maintient dans un équilibre parfait entre brillance et épaisseur, entre clarté et saturation, la basse se fait ronde tout en restant incisive, la voix se fond harmonieusement dans l'entrelacs des instruments. D'où le paradoxe de cet album post-punk où l'écriture est littéralement magnifiée par un travail de la matière sonore d'une absolue précision.

Dès lors, la machine peut s'emballer entre fureur sonore triste (Obstacle 1, Say Hello…, Hands Away, Obstacle 2, Leif Erikson), mélancolie poisseuse (NYC, PDA, The New - sublime chute qui aurait dû figurer en fin d'album) et incantation désespérée (Stella Was a Diver…, Roland). On a rarement chanté l'amour foireux ("Stella I love you, Stella I love you, Stella I love you", répète à l'envie le chanteur Paul Banks sur Stella Was a Diver…) avec un tel lyrisme contenu, une telle retenue dans le désespoir, et cette discrétion qui est la véritable source d'une émotion à laquelle il est difficile de ne pas se rendre. Le lyrisme est en effet contrepointé en permanence par la puissance sonore de la formation qui ressuscite les guitares saturées et les batteries incisives avec une maestria rare et véritablement jubilatoire, et dont elle a conscience : aussi privilégie-t-elle les longues chevauchées instrumentales et les crescendos pour clore ses morceaux ; en attestent la basse dévastatrice de Carlos D. qui soulève littéralement la matière sonore à la fin de Roland ou ce duo de guitares qui emporte tout sur son passage et qui conclut The New. On peut comprendre pourquoi on aime Interpol, mais non expliquer la qualité de ce disque qui, en marchant fidèlement sur les traces de Joy Division, a inventé à l'insu de tous sa propre voie qui le libère définitivement des références et des ascendances.

Chroniqué par Mathias
le 13/05/2005

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