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Boards of Canada

: Inferno



sortie : 2026
label : Warp
style : Electro-IDM / Synth-wave

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Tracklist :
1/ Introit 2/ Prophecy At 1420 MHz 3/ Hydrogen Helium Lithium Leviathan 4/ Age Of Capricorn 5/ Father And Son 6/ Somewhere Right Now In The Future 7/ Naraka 8/ Acts Of Magic 9/ Memory Death 10/ The Word Becomes Flesh 11/ Into The Magic Land 12/ Blood In The Labyrinth 13/ Deep Time 14/ All Reason Departs 15/ Arena Americanada 16/ The Process 17/ You Retreat In Time And Space 18/ I Saw Through Platonia


Dur exercice de rédacteur que de devoir poser dans l'instant des mots et un avis soit disant critique sur une telle diablerie. Inferno vient offrir un cinquième chapitre – le premier depuis treize ans ! – à l'une des discographies les plus singulières et passionnantes de la musique électronique de ces trente dernières années. La première écoute donne à entendre un album ténébreux et marécageux duquel il est difficile d'extraire une pensée mesurée et concise, les nombreuses écoutes suivantes ne suffiront d'ailleurs pas à en percer tous les mystères.

Comparer alors ce nouvel album et la spirale infernale dans laquelle il nous entraîne à d'autres œuvres sombrement cryptiques que seraient le Mulholland Drive de David Lynch pour le cinéma et La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski pour la littérature ne serait finalement pas si déconnant. Quoiqu'il en soit, Inferno nous plonge comme le premier dans une véritable confusion des sens où règne un art de la rupture parfaitement maîtrisé, et laisse entrevoir comme le second un monde plus grand à l'intérieur qu'il n'en paraît de l'extérieur, multipliant les couches de sensations et de compréhensions.

Les deux frères écossais continuent ici plus que jamais d'exercer un pouvoir de fascination au magnétisme hallucinant et l'inquiétante étrangeté se dégageant de leur musique déviante semble aujourd'hui répondre à certaines esthétiques actuelles qu'elle a elle-même contribué à faire connaître : l'hantologie et les espaces liminaux. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir le titre kraftwerkien The Word Becomes Flesh figurer aux côtés de The Caretaker au générique du film de Kane Parsons sur les backrooms, sorti justement le même jour qu'Inferno aux Etats-Unis.

Avec ses voix mises en avant (Father and Son et son sample vocal hachuré à la manière de The Avalanches) et ses beats plus marqués (Hydrogen Helium Lithium Leviathan, sorte de doppelgänger d'Aquarius), l'album paraît dans un premier temps moins tirer vers l'abstraction dans son sound design (toujours très pointilleux soit dit en passant), comme si Boards of Canada tombait le masque et dévoilait au grand jour certaines ficelles de son art en grossissant le trait. Inferno va toutefois avancer encore une fois masqué en faisant progresser l'auditeur dans un véritable dédale sonore le mettant rudement à l'épreuve, conviant à ce festin des enfers le Cocteau Twins de la période ambient avec Harold Budd (Somewhere Right Now In The Future), la froideur IDM de certains Autechre des années 90 (All Reason Départs, grosse surprise du disque), un "Hare Krishna" sorti des limbes (le "tubesque" Naraka) ou la mélancolie cotonneuse d'Angelo Badalamenti (la première moitié de la magnifique You Retreat In Time And Space, avant qu'elle ne s'échappe vers les lueurs d'un espoir salvateur, quelque part entre Air et Daft Punk). Entre quelques interludes illuminées (Age of Capricorn, Deep Time) ou putréfiées (Acts of Magic), d'autres compositions merveilleusement obsédantes (Into The Magic Land, Blood In The Labyrinth, Arena Americanada) viennent apporter une ampleur quasi cinématographique à cet Inferno décidément insaisissable.

Album somme à la densité sonore impressionnante, album monde aux fluctuations émotionnelles pouvant harasser, album à la fois utopique et dystopique, album dantesque dont le parcours thématique vers l'occulte, l'ésotérisme et les dérives sectaires peut rebuter, Inferno se termine par un battement de cœur qui s'arrête en laissant l'auditeur au bord de la tachycardie. Album ultime ? Boards of Canada aime parfois brouiller les pistes avec quelques symboles numérologiques : Geogaddi durait 66 minutes et 6 secondes (66:06) soit "666", le nombre de l'antéchrist au moment de l'Apocalypse faisant référence au mal et à la destruction, Inferno dure quant à lui très exactement 70 minutes soit le chiffre 7 évoquant "le cycle parfait, abouti, achevé". On espère évidemment que ce dernier album ne soit pas le clap de fin pour Boards of Canada mais si c'est le cas, il est magistral.




Chroniqué par Romain
le 07/06/2026

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