Anomalie parmi tant d'autres : l'une des meilleures sorties indie-rock de cette année déjà bien entamée provient finalement de vieux loups de mer allemands plutôt que de jeunes pousses anglo-saxonnes comme l'on pourrait s'y attendre.
The Notwist est une formation discrète, parfois à géométrie variable, qui existe depuis 1989 et qui sort maintenant de sa tanière bavaroise une fois tous les cinq ou six ans, soit quasiment le temps que mettent nos cellules pour se régénérer entièrement. Eux aussi semblent se régénérer album après album en laissant leur musique subir quelques mutations savoureusement sophistiquées, de quoi alimenter grassement nos attentes à chaque nouvelle réapparition.
News from Planet Zombie succède donc à
Vertigo Days (2021), œuvre labyrinthique et stimulante pour les uns ou décousue et bancale pour les autres. Nous faisions ici partie des conquis mais il est vrai que, malgré ses nombreuses fulgurances et son goût prononcé pour l'aventure,
Vertigo Days payait également le prix d'un certain manque de cohérence en s'éparpillant ainsi. Ce nouvel album rectifie le tir en se recentrant sur des chansons allant directement à l'essentiel via des sonorités plus brutes, le tout exécuté avec une vitalité bien requinquée que l'on a d'ailleurs pu récemment vérifier en live dans un Trabendo que le groupe a tout simplement embrasé.
Enregistré en une semaine seulement,
News from Planet Zombie est un disque animé par une urgence faisant écho à la longue marche précipitée de notre monde instable, mais cette envie d'en découdre ne l'empêche pas pour autant de varier la forme et l'intensité de ses décharges émotionnelles. Les bidouilles électroniques et les expériences de laboratoire restent donc absentes de cet album qui préfère intégrer à son big band solidement soudé une belle mixité vocale grâce à la participation de la chanteuse
Enid Valu sur la plupart des titres (
Teeth,
The Turning et la reprise des
Lovers How the Story Ends), ou encore des cuivres et autres marimbas apportant une teinte boisée à leurs belles envolées (
Propeller,
Projectors), et bien sûr des guitares particulièrement présentes ici.
Ces dernières nous ramènent à l'époque du magnifique
The Devil, You + Me (2008) lorsqu'elles nous offrent de belles balades acoustiques (
Who We Used to Be,
Snow,
Like This River ou
Red Sun, titre méconnu de
Neil Young sublimé par le groupe) mais savent aussi nous renvoyer plus de trente ans en arrière à l'époque de
12 lorsqu'elles se font plus pétaradantes (les électrisantes
X-Ray,
Silver Lines). Le chant légèrement atone de
Markus Acher n'a quant à lui pas changé malgré les années qui filent, et reste encore ce remède à la mélancolie qui arrive à nous toucher sans jamais être plaintif.
The Notwist pioche dans son passé pour raviver une flamme qui ne s'est jamais éteinte chez eux et qui, aujourd'hui plus que jamais, continue de réchauffer nos cœurs.
Chroniqué par
Romain
le 28/04/2026