Ce dont je m’apprête à parler est sûrement une des choses les plus touchantes que j’ai pu expérimenter dans ma vie… Si la formulation vous dit quelque chose, c’est que vous n’êtes pas là par hasard, et probablement fan de celui qu’on appelle
Feldup. Pour les autres, bienvenue, ma phrase d’intro n’était pas qu’un pastiche d’une autre, mais bien révélateur d’une réalité dont nous allons détailler quelques points. Installation confortable recommandée, il y a pas mal de choses à dire !
Selon comment on souhaite compter les choses,
Toward Happiness est soit le 4ème album de
Feldup, soit le … 25ème ? Cela s’explique assez facilement : il y a des choses qu’il revendique et d’autres non, certaines qui n’ont existence que sur son bandcamp en prix libre, d’autres perdues et volontairement effacées… Les fans de
Fred Frith,
John Zorn ou des deux barjos de
Boredoms ne seront pas dépaysés par le coté ‘’fouille archéologique’’ de ce genre de discographie. Les autres seront peut être dépassés par le coté massif de l’ensemble donc concentrons nous sur le ‘’grand public’’ bien que cette notion puisse toujours porter à débat.
Qu’est ce qui est grand public et qu’est ce qui ne l’est pas ? Qu’est ce qui est vraiment universel ? Il serait peut être un peu ‘’spécial’’ d’avancer que
Feldup possède la réponse à cette question, et qu’il le démontre dans son tout dernier album mais… On peut à minima se dire qu’il en a une certaine conscience puisque c’est en effet en parlant de manière très intime de sa santé mentale qu’il parvient à toucher en plein cœur, rendant chaque écoute aussi libératrice et salvatrice que profondément épuisante de par ce qu’elle arrive à faire vibrer… Comment est ce possible d’une manière si évidente ?
Déjà, depuis ses débuts, l’artiste a su s’entourer d’un excellent groupe donnant corps à ses thématiques. Les
Showerheads donc, comme nous l’apprend le nom accolé à celui du principal protagoniste, sont les 4 fantastiques acolytes qui développent le son de ce qui fut au départ un projet solo. Par rapport à l’album précédent, le déjà très bon
Stared From A Distance, le contraste est immédiatement palpable car bien plus organique et vivant. Alors si on revient à l’électronique de
Those Hours Of Emptiness, imaginez… Rentrons maintenant dans le détail.
Catch a Breath ouvre le bal, dans un faux semblant de 1 minute et quelques nous laissant croire à un album tout en douceur. Et rapidement, on rentre dans le dur avec
Running on Empty (The Sacrifice). Premier morceau rock de l’album, d’une amplitude immédiatement hypnotique, avec une interlude assez magique et inattendue, il porte les marques d’un grand album à suivre. Et c’est immédiatement confirmé avec
Get Up OK, ce tube absolu aux fausses allures de
The Cure. Quelle entrée en la matière !
Après un délicat
Starless Skies un peu plus
Radiohead dans l’intention, c’est
Take Your Time qui prend sa place, et avec quelle force ! Viscérale, possédée, totalement folle dans son déroulement, c’est avec
Clothes on the Ground – Melting que se situe l’un des grands sommets du disque. Est ce que
Sonic Youth est passé par là ? Peut être au vu de l’aspect quelque peu bruitiste du morceau… Et puis, au cas où ça puisse désarçonner, on remet un tube derrière avec l’incroyable
Cover My Ears ! Que demander de plus ? Un morceau qui fait frissonner, fort et beau à pleurer ? Eh bien, ok, voilà
Unusual Order, où la voix de
Feldup se fait plus touchante que jamais. A ce stade où le cœur de l’auditeur est totalement brisé, il serait temps de le réparer !
Les deux dernières pistes accomplissent cette mission.
Towards Happiness semble la dernière scène d’un film, déroulant une dernière fois toute la beauté de l’album d’une manière particulièrement poétique.
One and the Same se savoure comme un générique de fin, venant reconnecter à la réalité après avoir été sonné par la justesse du propos. En choisissant de parler de santé mentale par ce prisme,
Feldup livre une œuvre d’une troublante beauté, sincérité et richesse.
C’est avec reconnaissance et gratitude que l’on finit l'écoute de l’album, ému d’avoir écouté quelque chose donnant autant de voix à ce qui est parfois impossible à définir. Il est indéniable qu’il s’agit là du but de ce genre de projet et autant dire qu’il est atteint avec brio. Que dire de plus ? Rien, il y a des silences qui valent bien plus que mille mots, alors autant finir par ce qui résume l’ensemble de tout ce que je viens de dire : écoutez cet album. Je pourrais dire que vous me remercierez par la suite, mais autant remercier directement l’auteur et son groupe, ils le méritent tous et toutes !
Chroniqué par
Domino
le 05/11/2026