Stoppée en 2000 à l'issue d'un premier album devenu depuis culte et reprise il y a un peu plus d'une dizaine d'années après un long hiatus, la carrière écartelée du quatuor de l'Illinois
American Football répondrait assez positivement à la question : l'emo vieillit t-il bien ? Il semblerait en effet que ce type de rock alternatif principalement centré sur les tourments adolescents n'ait plus voix au chapitre à partir d'un certain âge mais cette formation poursuit finalement admirablement sa route. Rappelons qu'
American Football a toujours su élever le genre en l'emmenant vers une écriture sophistiquée sans sucre ajouté, et c'est encore le cas avec ce quatrième album éponyme – ils le sont tous – n'essayant pas de courir après une seconde jeunesse et voyant le mélodisme autrefois solaire du groupe s'assombrir partiellement. Les groupes emo vieillissent donc bien lorsqu'ils ne se mentent pas à eux-mêmes et qu'ils assument leur propre vieillissement. Le chant de
Mike Kinsella vient d'ailleurs d'atteindre une forme de sagesse qui émeut par sa sincérité et une tessiture ressemblant parfois étrangement à celle de
Morrissey.
Citons d'emblée les deux sommets de l'album : primo l'ouverture
Man Overboard parfaitement cadencée par l'impressionnant
Steve Lamos à la batterie et évoquant presque, dans ses arpèges cristallins, la pop progressive d'un
Radiohead au meilleur de sa forme; et deuxio la longue
Bad Moons construite autour d'une structure post-rock relativement classique mais transcendant complètement le genre en prenant sacrément aux tripes. Ces deux chansons majestueuses viennent nous rappeler à quel point
American Football n'a jamais été aussi remarquable que lorsqu'il arrive à nous étourdir par de savants enchevêtrements math-rock et de subtiles envolées. Le reste de l'album reste certes en deçà de ces deux morceaux magiques mais ne déçoit pas pour autant en nous présentant une collection de chansons soit très réussies (
No Feeling avec en guest le chanteur de
Turnstile Brendan Yates ou encore
Patron Saint of Pale et son groove stéréophonique bien agencé), soit plus que correctes (les sucreries
Blood On My Blood et
Wake Her Up, la belle
Desdemona dans laquelle les phases de
Steve Reich rencontrent la pop enlevée de
Paddy McAloon).
LP4 est certainement le meilleur album d'
American Football depuis sa reformation, confirmant bel et bien que le groupe n'est pas revenu pour jouer sur la corde nostalgique mais pour continuer fièrement d'avancer.
Chroniqué par
Romain
le 06/05/2026