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dDamage

: Shimmy shimmy blade



sortie : 2006
label : Tsunami-addiction
style : Rap / dance / noisy rock

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Tracklist :
01/Shimmy Shimmy Blade (feat. Existereo)
02/Sign My Name Part 1 (feat. Tes)
03/Punktüre
04/Verdi Rough (feat. Bigg Jus)
05/dDistorted (feat. Stacs of Stamina)
06/Inter Rock
07/Adrenalyn Bisc (feat. Crunc Tesla + Tes)
08/Acoustic Anarchy (fea

Enfin recevoir Shimmy shimmy blade, ce disque moitié bruit dansant, moitié rap musique. On était dans les starting blocks depuis que les dDamage nous avaient parlé de l'invraisemblable liste de têtes brûlées en featuring : Existereo, Bigg Juss, Orko, Crunc Tesla, Tes, Dose One, TTC, Mike Ladd, Stacs of stamina, MF Doom, SIN, expirez. Et puis l'album est arrivé, proprement monstrueux, plus effrayant que séduisant d'abord, terriblement nouveau et inattendu à la première écoute, il en a fallu plusieurs pour aller par-delà cette impression, accèder au disque, le connaître vraiment. Après, chroniquer Shimmy shimmy blade, c'est essayer de déblayer avec une petite pelle les rues de Zalem, la cité-décharge de Gunnm.

D'abord, c'est un album pour nous autres frustrés du rap "à expérimentations". C'était les années 00 qui commençaient, les histoires d'une certaine musique électronique et d'un certain rap semblaient converger dans une progression passionante, toujours plus de décalages et d'abstraction dans les sons, dans les textes, avec entre sophistication et pur impact, des moments de totales fulgurances et d'autres de déséquilibres patents. Il y a eu des classiques, il y a eu des promesses, et puis tout ça s'est un peu enlisé. Shimmy shimmy blade, c'est dDamage qui va chercher, dans les caves où ils continuent leur boulot et enchaînent des albums inégaux, les ex-Company Flow (Bigg Juss, Def Jux), ex-NMS (Orko, Big Dada) ou ex-Themselves (Dose One, Anticon), pour leur offrir l'occasion d'une revanche éclatante... Pour leur proposer un ultime ring dans un quartier sensible où les synthés fument comme les guitares de Sonic Youth, et les déchets numériques radioactifs s'échappent de leurs caisses étanches.

Shimmy shimmy blade, c'est l'aboutissement d'un espoir déposé par la production de Mistake, Rewind, Repeat ("Shake your head (like mistreated animals)") sur la compilation The Unexpektheadz ou, pour les retardataires, sur le maxi des Stacs of Stamina sur Werk. C'est le vrai "Future sound of hip-hop", là, maintenant, tout de suite - génial. C'est sur l'écran, Existereo en cavale, avec des lasers comme des rasoirs qui strient sans prévenir, et ce slogan craché dans les interstices : "Can you dance to this ?" (Shimmy shimmy blade), c'est Tes qui serpente et se cogne sur les bords (Sign my name pt1 & 2), c'est Mike Ladd gagné par la fièvre d'Alphabet N Burners, qui se démène mais ne trébuche pas... C'est encore et toujours des flows qui font l'épreuve du feu, quitte, au contact de beats hyperdenses, à perdre en message ce que la performance gagne en intensité. Le mixage tranche : dDamage n'accueille les rappeurs que pour les écraser de talent, et dans 70% des cas, la musicalité du flow vampirisé prime sur le contenu du couplet.

Quelques-uns, plus que les autres, gardent la tête hors de l'eau des superpositions mélodiques et des variations de rythmes. On savait les Stacs of stamina rodés aux beats non conformes (cf. Gunporn, Tivoli) ; dDistorded est une block party rejouée à deux cent à l'heure en hologramme 256 couleurs, preuve que la rencontre dDamage / Stacs of stamina est parmi ce qui pouvait leur arriver de meilleur, et on est impatient de la suite. Concrètement, la suite sur le disque, c'est Adrenalyn Bisc, autre moment fort et représentatif, preuve que l'ambition n'est pas de faire poser des rappeurs sur les boucles tubesques que le duo aurait emmagasinées. Cela, c'est peut-être le relativement sage My Favorite Ladies avec MF Doom qui en est le plus proche. Dans une cellule de sonorités étouffées et irisées, la voix de Doom se déshumanise, le synthé se fait plus mélancolique qu'agressif, puis s'efface quand rentrent les saccades de clavecin. C'est un bon beat, qui s'adapte idéalement au registre plus laidback de Doom tout en le traînant sur un terrain complètement inhabituel.

En dehors des interludes, ce que la plupart des morceaux réalisent en dégageant plus de sensations que de sentiments (jouissance de la bastonnade frontale avec S.I.N, qui lâche ce qu'il peut avant que n'éclatent les fusils à pompes), c'est un complet renouvellement de ce qu'on pouvait imaginer comme fusion des genres (musique électronique expérimentale, dance, rap, noisy rock, etc.). Le travail sur les polyphonies de textures, les architectures et les arrangements pousse le vice à un niveau qui rend crédible une expression absurde comme "technologically advanced indie rap" (rare élement de comparaison de ce point de vue : Severed God Limbs sur ClubHoppn). Ainsi les nostalgiques de Pas d'armure (TTC / Dose One), de Trop Singe (TTC / dDamage) et de Donne-Moi un Poisson (TTC / Stacs of stamina) flasheront sur Feed the fish et sa succession imprévisible et complexe de moments de grâce, avec une mention spéciale pour le couplet de Tekilatex, ésotérique comme il n'en fait plus et souligné d'un vocoder élégant et discret.

Parce qu'il faut dire cela aussi : la musique de dDamage est complexe mais elle a sa logique d'évidence qui ne laisse pas l'auditeur attentif en reste. Les tubes instrumentaux Punkture, Pull the plug et Slight Return, responsables d'absolues pertes de contrôle en live, sont poussés par une dynamique electro régressive, furieusement ludique et immédiate. Les loops de contrebande s'animent, des tas d'erreurs numériques se retournent en pur pouvoir frontal, les sirènes s'apprivoisent, il n'y a plus vrai ni faux, c'est le crossover rap/rock (fusion ?) qui fait mosher les robots, c'est Prodigy en 2006, qui découvre un nouveau bouton magique sur Atari et balance gimmick sur gimmick. Il y a ces synthés caractéristiques, dont il faut de toute urgence déclarer les mélodies nocives pour le cerveau, il y a ces refrains hybrides, où les voix se répondent en échos saturés ou vocodés, bref des "pioupiou" et des "bibibibibip" comme les singe Tes avec son "didididi di damage tetetete tes one", autant de sons qui sont les marques d'un style fort et qui vivent une vie de dingue pendant que les invités rappent comme des damnés. Breaks, alarmes, pression, compressions, les pace-makers s'affolent, c'est le rap indépendant qui salue au présent la prise de pouvoir des punks robots, toutes nos condoléances.



Chroniqué par Guillaume
le 26/11/2006

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1 commentaire

par Lobster (le 06/12/2009)
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