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Jean-Yves Leloup + Alva Noto + Beta Alva

: @ Rex Club - 23/03/2011



Notre compte rendu

Pour sa saison 2010-2011, le classieux Rex Club programmait une série de concerts nommés Quad, tout entier dédiés aux résidents du label allemand Raster-Noton. Leur techno hybride autant que pointue, souvent prétexte à des performances où le son s’affronte à la vidéo, sait aussi très bien pénétrer des sphères plus « clubbesques » ou minimales, c’est en tout cas ce que nous a démontré la soirée de clôture de ce presque festival, le mercredi 23 mars.

En guise de baroud d’honneur, le Rex accueillait deux des pères fondateurs du label: Carsten Nicolai (Alva Noto) et Olaf Benders (Byetone).

C’est Jean-Yves Leloup, le dj en résidence au Rex club, qui mène la soirée depuis un coin sombre et reculé de la salle. Bien camouflé, dans la tradition Notonienne comme il se doit, derrière l’écran de son laptop, le Français assène un Dj set 100% digital où prédomine étonnamment l’electronica des figures britanniques du label Warp : Aphex Twin et Squarepusher. Malgré des titres plus calibrés, l’ambiance peine à décoller : on préfère discuter entre amis au bar ou sur les sofas et rares sont ceux à s’aventurer sur le dancefloor.

L’arrivée de Nicolai derrière le large comptoir noir où est apprêté l’attirail de la soirée et notamment deux laptops, a pour effet immédiat de rassembler les troupes. Derrière l’Allemand, à hauteur d’homme, deux écrans carrés disposés côte à côte se mettent en branle : le set peut commencer. On croule très vite sous un ballet de beats massifs torpillant nos systèmes nerveux avec une régularité clinicienne. Les écrans eux, se strient de barres horizontales de couleurs vertes et rouges, dessinent des figures abstraites et épileptiques matérialisant les rythmes mathématiques et saccadés qui nous assaillent. On surprend même l’Allemand à jouer avec nos nerfs quand celui-ci se fend de ruptures violentes en déconstruisant ses propres rythmiques et en les faisant repartir de plus belle, à grands coups d’infrabasses.

Pour autant ce début de set tonitruant laisse place peu à peu à des plages d’accalmie où Noto délaisse ses rythmiques agressives pour se concentrer sur des textures plus complexes et diaphanes de micro-sons. A ce petit jeu là, l’Allemand perd l’attention de l’assemblée, vraisemblablement plus réceptive aux attaques frontales. Certains haranguent même le musicien, l’implorant par leurs cris de remettre le feu au club. Le désir de l’assistance sera comblé mais en toute fin de live, quand Nicolai remobilise ses forces vives autours d’un tonnerre électronique d’une froideur, il faut bien se l’avouer : jubilatoire.

En tout et pour tout, Carsten Nicolai aura refait le film de sa discographie pendant une heure, conviant ses élans les plus technos autant que ses travaux plus cérébraux. Mais ces derniers se prêtent mal à l’ambiance d’un club, d’autant que le public d’apparence assez hétéroclite (autant que je puisse en juger) semble compter beaucoup de non-initiés venus surtout pour se perdre dans le tourbillon d'une musique dansante.

Et croyez-le ou non, c’est eux qui remportent la mise quand Carsten Nicolai revient vers 2h du matin accompagné de son acolyte Olaf Benders pour présenter leur projet commun du nom de Beta Alva. Les pronostics de votre serviteur tombent en miette, lui qui avait misé sur un feu d’artifice de micro-sons véloces et de beats anguleux, et qui se retrouve en proie à une electronica nostalgique et clubbesque aux relents de house et de techno minimale. Le tout est pourtant assez séduisant à l’oreille : les mélodies sont quasi systématiquement emmenées par des samples vocaux parfois très décalés et mobilisateurs dont le « This is Michael Jackson » en accélération perpétuelle forme l’apogée. Le tout débouchant sur une courte citation de Billie Jean en hommage sans doute à la disparition du maître.

Du côté de la salle, l’heure tardive a pour effet de clairsemer l’assemblée présente lors du set d’Alva Noto, mais les fêtards classieux du mercredi soir répondent du tac au tac aux propositions chaloupées du duo et l’atmosphère se réchauffe considérablement. Quant à ceux qui restent et qui ne dansent pas, on les trouve assis en marge de l’action plongés dans une écoute religieuse ou distraite, dont votre serviteur au regard parfois perplexe.

Malgré tout, les contours dubstep des morceaux et leur extrême sens du détail rassurent : Alva Noto et Byetone ne concèdent pas tout aux charmes attirant de la fée du dancefloor et gardent à un niveau relevé leurs expériences électroniques dansantes. Mais j’avoue que leur musique me paraît rapidement beaucoup plus anecdotique. Mais peut-être est-ce là la cruelle sentence d’un amateur déçu dans ses attentes ?

Étrange donc l’ambiance changeante de cette soirée de clôture, où Nicolai et Benders se démènent pour combler l’attente de chaque parti(e) du public. Au final, on retiendra surtout les envolées les plus enflammées du set d’Alva Noto, mais dont les contre-pieds cérébraux et visuels se prêtent mal au contexte en présence car elles font définitivement appel à une écoute beaucoup plus recueillie.

par Mickael B.
le 27/03/2011

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