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Arbouretum + The Last Morning Soundtrack

: @ Maroquinerie - 28/03/2011



Notre compte rendu

Les salles de concert à peu près vides, c’est une drôle d’expérience, qui révèle l’endroit sous un nouveau jour ou plutôt, qui transfigure l’atmosphère des lieux bien connus. En ce qui me concerne, c’est une première. La Maroquinerie vide, alors qu’on l’a toujours connue pleine à craquer !

Passons vite sur la prestation oubliable de The Last Morning Soundtrack. Pas de quoi, effectivement, faire exploser la jauge. Trop de sirop dans la pop, trop de trémolos dans le violoncelle, trop de fragilité dans la voix : non merci.

Mais Arbouretum alors ? Pourquoi cette salle quasi vide pour une aussi puissante prestation ? On se souvient de Black Mountain qui faisait le plein en début de saison. Leurs approches du psychédélisme stoner sont certes différentes, mais les deux formations se valent en termes de composition. Arbouretum. Le son d’abord. Lourd, écrasant, saturé. Psychédélisme asséché post-Black Sabbath, on dira, pour faire court. Le vide de la salle l’amplifie ; la bigarrure du public (vieux rockers à tatouages sur le retour, dont une coupe mulet, hipsters pur jus, lycéennes en ballerines et leurs copains maigrichons, chemises de bûcherons, journalistes) le rend plus hallucinogène. Comme si tout d’un coup, on se retrouvait dans les années 90, au beau milieu d’un épisode de Twin Peaks, avec la bande-son idéale devant nous, en live. Un chanteur-guitariste qui égrène des riffs lents et boueux, doublés par le clavier qui plombe le son, une basse monumentale et derrière, un batteur qui joue à l’ancienne, au muscle, qui préfère marquer les accents à l’aide de ses toms plutôt que de sa caisse claire et qui, dans l’effort physique, contracte son corps au-dessus de l’instrument, serre les dents. La prestation du groupe est physique et statique à la fois. En un mot : directe et simple.

Sa possible complexité vient des sources auxquelles s’abreuve le groupe. Comme Black Mountain et Grails, ce sont les années 70. Mais au contraire de Black Mountain qui enjolive le proto-stoner à coups d’ornementations maniéristes, au contraire de Grails qui le dépasse dans une formule où entrent en collision kitsch et avant-garde, Arbouretum se tient exactement sur la position de ses modèles. On dirait, parfois, qu’il les copie dans une forme d’hyper-réalisme – à ceci près qu’à la fin, il y a des chansons qui n’appartiennent qu’à eux. Arbouretum enregistre des retakes, comme si le groupe refaisait les prises de son de ses aînés sur le modèle de la copie, et comme on a pu dire que Psycho de Gus Van Sant était un retake de Psycho d’Alfred Hitchcock : une copie purement conforme qui dépasse à la fin le stade de simple copie.

Peu de paroles, quelques mercis d’autant plus chaleureux qu’ils sont parcimonieux. Ils joueront, dans le désordre, l’intégralité de The Gathering, leur dernier album inspiré du Livre Rouge de Jung, construit autour du même fil d’image qui guide le philosophe et psychanalyste dans son texte, et quelques titre de Song of the Pearl et Rites of Uncovering. Sur scène, les chansons d’obédience mytho-poétique de Heumann prennent de l’ampleur. Des fureurs électriques de Waxing Crescents et Destroying to Save, jusqu’au drone monolithique joué sur deux notes de Song of the Nile, la seule vraie respiration du concert est The Highwayman, repris à Jimmy Webb. Moment apaisé, qui est peut-être, aussi, la plus belle chanson de The Gathering et sur laquelle la cohésion du groupe est au plus fort. Celle-ci est assurée par le choix de la tracklist : le plus souvent, le groupe enchaîne d’une traite deux ou trois morceaux avec de courts passages dronesques en guise de transition. Tout invite à laisser le son marcher sur soi, comme une immense vague à laquelle on ferait mieux de ne pas résister. Si le public est statique, hormis trois types qui dansent de la plus bizarre des manières, ce n’est pas d’ennui : c’est l’hypnotisme de la prestation qui agit durablement et profondément.

Et pour faire les choses de façon plus sobre encore, pas de rappel. Le groupe semble déçu de son peu de public, même si le bassiste remercie chaleureusement les trois agités, les checke et les rechecke avant de quitter la scène. Mais voyons le bon côté des choses. La Maroquinerie aura eu, le temps d’un soir, les allures d’un club perdu au fond de l’Oklahoma : décor idéalement rêvé pour un groupe comme celui-ci. On aura au moins le plaisir de se dire qu’on a fait partie des quelques privilégiés qui les auront vu ce lundi 28 mars.


par Mathias
le 01/04/2011

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