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Agoria

: Interview avec Agoria



Agoria sort pour Stomp, le volume 16 de la série Balance, double CD où s'entremêlent une bonne cinquantaine de titres. Enormément de styles y passent, mixés avec intelligence. Il revient pour nous sur ce projet tout particulier. Technique et excellence au programme.


Comment s'est faite la connection sur ce projet avec Stomp ?

J'avais envie de faire un nouvelle compilation mixée, je me suis naturellement tourné vers eux suite à l excellente compilation de Joris Voorn. Ils étaient fan de mes précédents opus et notamment de At The Controls, donc tout s'est fait assez vite une fois la connexion établie.


J'imagine que les attentes devaient être importantes ? Comment les as-tu ressenties ? Pression ou l'inverse ?

Pas vraiment d'angoisse, personnellement je n'écoute quasiment jamais de compilation mixée, ça ne m'intéresse pas car il s'agit bien souvent de quinze tracks clubs du moment enchaînés pendant une heure… Sauf que j'ai la chance de l'écouter chaque weekend partout dans le monde et donc mon excitation est évidemment moindre! Et puis une simple compilation ne rendra presque jamais le rendu qu'on pourra avoir live dans le club.
Une des compilations que je préfère et qui n'est pas toute récente est celle que Jeff Mills a enregistré live au Liquid Room de Tokyo pendant les années 90, j'ai vraiment l'impression d'être avec lui dans le club quand je l'écoute et ça me plait!
Donc pour revenir à ta question, non pas plus la pression que ça, au pire si les auditeurs n'aimaient pas, je n'aurais pas la réaction en face de moi comme dans une soirée! Certes les écrits restent plus qu'une moue peu enjouée mais j'ai l'impression d'avoir beaucoup donné pour ce disque dont je ne peux personnellement pas me reprocher grand chose. Ce qui est sur le disque est vraiment ce que je voulais faire, je peux défendre chaque morceau et son emplacement bec et ongles! Quand j avais sorti At The Controls elle était passée totalement inaperçue dans la presse française, ce qui ne l'a pas empêchée d être appréciée par la suite. Donc pas spécialement de pression, un peu d'attente oui et surtout beaucoup d'excitation.


Plus globalement, comment s'est passée la relation avec eux ? Leur démarche diverge-t-elle de celle que tu as connue auparavant avec d'autres labels, voire même de la tienne au sein d'Infiné ?

Extraordinaire, autant Cute & Cult avec Pias avait pris une éternité, plus d'un an pour clearer les morceaux, autant avec EQ recordings ils ont mis un mois pour clearer plus de cent morceaux, ils ont été fantastiques! Ils ont surtout eu des accords de principe pour tous les morceaux que j'ai demandé et ça m'a totalement bluffé. Le seul artiste qui a posé problème a été Steve Reich, il a donné son accord mais se donnait le droit de changer d avis une fois le mix fini si il n'aimait pas le résultat, et je ne pouvais pas prendre le risque de devoir refaire tout le cd une fois le mix accompli. Chez nous, à la maison InFiné, on ne fait pas de compilation mixée et je crois qu'on est pas encore prêt pour ça.


Avais-tu un cahier des charges, une commande ou des principes directeurs, ou as-tu eu les coudées franches dans l'élaboration de tes deux mixs ?
Avant de te lancer, as-tu écouté les précédentes sorties Balance ? Lesquelles t'ont le plus marquées ?
Sur quelle durée se sont étalés la préparation et l'enregistrement ?


Mon cahier des charges était de faire un truc très personnel, qui ne soit pas influencé par les tendances du moment, que je puisse réécouter dans dix ans sans rougir. D'autant qu'aujourd'hui chaque site internet propose son podcast journalier, je me demandais vraiment quel pouvait être l'intérêt de proposer encore une compilation mixée au regard de la surabondance de l'offre. La musique jouie d'une accessibilité effrayante, comment garder le désir de l'auditeur en alerte quand on peut trouver n'importe quel disque en moins d'une minute ?
La solution a donc été de partir à la recherche d'un maximum de morceaux soit oubliés, soit totalement exclusifs, soit passés inaperçus. J'ai ainsi demandé à quelques proches de me faire découvrir des disques que je ne connaissais pas, si possibles très éloignés de mon univers, peu importe la date de sortie.
Par exemple Scalde m'a fait découvrir l'album d' Aphrodite's Child 666 qui est un classique pour toute une partie de mélomanes mais qui m'était totalement inconnu et que j'ai trouvé encore très frais pour un disque sorti pendant les années 70. Quand Scalde m'a ensuite expliqué qu'il s'agissait d'un projet de Demis Roussos et que le disque avait failli ne pas sortir, ça a été une vraie joie de l'inclure dans le mix.
Toujours dans cet optique de terrain vierge, j'ai organisé avec Julien d'InFiné un petit "contest" sur Soundcloud pour dénicher des perles rares, l'idée était que chacun puisse soumettre des morceaux non publiés pour ma compilation et qu'on sorte sur disque par la suite l'heureux élu. J'en ai reçu plus de 1000, dont certains excellents! Je suis très fier du choix du groupe polonais The Same, ainsi que d'une dizaine de morceaux totalement exclusifs dont quelques perles de Kid A, Manvoy de Saint Sadrill ou encore Jozif.
La préparation a donc été assez longue, plus de cinq mois juste pour avoir une sélection la plus excitante possible et ensuite un mois pour "clearer" les morceaux et un mois pour enfin faire les deux mixes.


Du coup, dans quel état d'esprit te trouvais-tu lors de la préparation ? Déjà, psychologiquement, tu étais dispo, pas d'autres projets sur le feu ?

Je sors d'un break créatif en tant que producteur de disques électronique assez long. Entre la musique du film Go Fast et les joies et difficultés d'avoir un petit label naissant à gérer avec mes comparses Alex, Yannick et Julien, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour travailler sur mes propres morceaux. L'idée de ce mix est venu assez naturellement pour me remettre en bleu de travail. Je suis aujourd'hui sur les rails et prêt à me remettre en studio activement.


Avais-tu déjà une petite idée ou le "concept" de chaque mix t'est-il venu au fur et à mesure ? En somme comment tout ça s'organise-t-il ? Matériellement et dans la tête ?

L'idée autour de la balance est venu naturellement une fois la sélection faite. Devant tant de matériel, aussi divers, personnel et parfois barré, j allais devoir trouver la bonne synthèse, le nom de la série aidant, la notion d'équilibre m'a paru assez évidente mais intéressante. L'équilibre est souvent assimilé à une notion médiane alors que pour moi il est la perfection. Je n'ai évidemment pas l'arrogance de dire que je l'ai trouvé mais j'ai essayé d'être le plus proche possible de cette ligne ou l'équilibre est vrai et bon.


Tu as utilisé plusieurs façons de mixer, en piochant dans tout un tas de styles. Comment se prépare véritablement un tel voyage ? Comment choisis-tu les morceaux que tu vas éditer, ceux que tu laisseras tels quels, ceux que tu vas "dépiauter" ?

L'enregistrement du premier jet est très important. Je fais en amont un pré-tracklisting idéal que j'enregistre dans les conditions du direct pour avoir le flow du mix. A l'inverse d'une session live qui est totalement improvisée, une compilation mixée est très proche de l'écriture d'un scénario. J'aime l'idée que le story-board soit un mur peint de pochettes placées dans le bon ordre et que les mixs finaux correspondent au jeu des acteurs.
Ensuite c'est une histoire d'intuition et de travail, le premier jet enregistré donne la direction, la fluidité, il faut ensuite adapter, corriger, s'inscrire dans la durée du format cd et donc ne pas dépasser le temps imparti. Il est vraiment question d'équilibre, parfois il faut laisser un morceau seul pendant quelques minutes pour poser une ambiance et préparer le terrain pour la suite des événements (comme avec le remix de Tadd Terje pour Felix Laband sur le CD1 qui permet de temporiser avant de redescendre plus aisément) ou alors de superposer plusieurs morceaux pour accentuer l'intensité ( comme avec Libellules + Gadi Mizrahi + Marc Antona + Avril qui montent en intensité jusqu'à l'envolée de French Kiss sur le CD2), ou encore de saupoudrer le mix de quelques apparitions pour donner du cœur et du sens ( comme avec le morceau de Sylvain Chauveau).


D'un côté on trouve un mix très posé, où tu sembles laisser libre court à quelques rêveries. Et un autre qui colle plus à l'image que l'on se fait de toi - surement à tort d'ailleurs - avec des ambiances 4/4 plus enlevées.
D'abord, es-tu d'accord avec ce ressenti ? Qu'en-est-il vraiment ? Quelles couleurs as-tu voulu donner à ces deux parties ?


Il est logique que les gens aient une image assez dancefloor de moi. Tous les week-ends je suis convié à faire danser les clubbers un peu partout dans le monde. Même le week end dernier pour ma Balance Release party à Paris où j ai invité Pantha Du Prince je ne pouvais pas trop m'aventurer à jouer des morceaux rêveurs car il était 3h du matin et Pantha Du Prince avait fait un live en assez grande partie proche de son album en finesse electronica. Le public avait besoin de transpirer un peu plus. Je comprends et ne suis pas dérangé par cette étiquette 4/4 même si mes albums assez éclectiques et mon label hors tendance œuvrent à mon sens pour une polygamie des styles et donc de mon image !
Evidemment si je jouais pendant trois mois uniquement dans des biennales ou des musées d art contemporain les critiques penseraient à l'inverse que je suis devenu un artiste cérébral qui renierait ses racines techno, c'est ainsi !
La transversalité est difficile à étiqueter. Je crois que mes compilations représentent toute la musique que j'aime alors que mes sessions nocturnes sont la facette la plus festive. Je réserve très souvent des surprises dans mes sets comme le fait de jouer The XX, Francesco Tristano ou encore Aphrodite's child le week end dernier, tout dépend de l'heure, du public que j'ai en face de moi, et de ma forme du soir.


Pourquoi, les avoir intitulées de la sorte : "Aller/Retour" et "Rising Sine" ?

Le Cd1 est un disque cyclique, on est dans un petit train sur son circuit. Mon ami Francesco Tristano m'a fait la remarque que pour la première fois un mix cd n'était plus linéaire mais circulaire. C'est très vrai.
La musique a parfois une approche très mathématique, ici le mix commence et fini avec les mêmes morceaux, le climax est exactement à la moitié du mix, l'écoute peut s'effectuer en boucle, tout en douceur, sans ruptures. Le Cd2 me donne plus l'impression d'être sur un bateau, cherchant la ligne de flottaison, au sommet puis au creux des vagues, tout en s'approchant du rivage…. tout un programme!


As-tu des "modèles" de Dj qui ont pu t'inspirer dans ta démarche ? Des références même, auxquelles tu t'abreuves ?

Les djs qui m'ont donné envie étant jeune de faire de la musique ont été Jeff Mills et Laurent Garnier pour les plus connus mais aussi Miloch, Freddy J et Patrice Moore pour ceux qui m'ont localement beaucoup apporté. Miloch a eu une influence toute aussi grande que Daft Punk dans l'éducation électronique d une génération, je pèse mes mots en disant ça. Il a été un grand monsieur de l'électronique en France et j'espère qu'un jour on aura l'occasion de le célébrer.
Par contre, n'écoutant quasi jamais de compilation mixée, je n'ai pas vraiment eu de répères ou influences quant à ce double cd, ça a bien plus été un travail d'introspection.


En fin de compte comment qualifierais-tu ce genre de disque ? Est-ce vraiment une compilation mixée ?

Oui car je me sers de nombreuses sources sonores qui ne sont pas personnelles. Je crois simplement que les compilations mixées ont trop souvent resservies les mêmes recettes, jusqu'à uniformiser leur classification, et à les rendre très semblables les unes des autres. Il s'agit bel et bien d'une compilation mixée ici mais avec une approche conceptuelle et un travail de recherche et de préparation proche de celui d'un album.


Pour finir, quelles sont les prochaines échéances pour toi ? Tes projets à venir ? Un scoop ?

Je suis en train de travailler sur mon album et j'espère le sortir en fin d'année…
D'ailleurs cette interview finie, je retourne en studio pour mixer mon prochain single Grande Torino qui sortira avant l'été. !


merci pour cette interview !!!!!

De rien !



Interview par Yvan
le 11/03/2010

Tags : Agoria

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