Avec ses chansons à tiroirs parfaitement exécutées et ses arrangements aux petits oignons mêlant soigneusement l'intimisme de la folk, l'énergie du rock et les disjonctions du jazz, la maturité musicale de ce premier long format de l'artiste rennaise
Vicky Veryno a clairement de quoi impressionner. Imaginez
Talk Talk faire directement ses premiers pas avec un album du niveau de
The Colour of Spring, avec déjà cette même sophistication présente dans les moindres recoins ou encore cette même importance accordée aux silences et à la symbiose entre les instruments. Rien n'arrive en fait par hasard puisque cette autrice compositrice interprète sillonne les routes en quatuor ou en solo depuis une bonne poignée d'années déjà, soit le temps certainement nécessaire pour peaufiner ce disque lumineux qui traite pourtant de sujets graves tels que la maladie mentale ou l'anxiété sociale. Cet album ne cesse en tout cas de révéler à chaque écoute de nouvelles saveurs, à commencer par celle du "revenez-y".
L'une des grandes qualités d'
Hitchhike ("faire du stop" en anglais) serait d'abord de jouer sur plusieurs contrastes à la fois, et le faire avec beaucoup de justesse et d'assurance. Les compositions de cet album oscillent ainsi aisément entre une mélancolie rêvasseuse et une énergie conquérante; et leur enchaînement déjoue souvent les attentes en bousculant nos sens. Neuf chansons à mi-chemin entre l'acoustique et l'électrique suffisent alors à faire d'
Hitchhike une remarquable traversée en forme d'ascenseur émotionnel, ce dernier étant porté de bout en bout par une voix ayant déjà tout pour elle, rappelant ici l'infiniment regrettée
Mimi Parker de
Low (
Hitchhike) ou là
Kate Stables des excellents
This Is The Kit (
Industry). L'autre grande qualité serait enfin de savoir concilier la pop moderne via une production bien ancrée dans notre époque (
I Failed) et la pop d'un autre âge que l'on situerait parfois dans les années 70, la décennie de
Fleetwood Mac et autres
Steely Dan que la chanson fleuve
Social Mishmash semble d'ailleurs convoquer par ses envolées endiablées subtilement teintées de soul-jazz. Mais
Vicky Veryno ne regarde pas tant que ça dans le rétroviseur et préfère se concentrer sur la route qu'elle a devant ses yeux. On espère que celle-ci sera très longue.
Chroniqué par
Romain
le 14/03/2026