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Sage Francis

: Interview avec Sage Francis



Nous avons rencontré Sage Francis à Bourges grâce à la complicité de nos amis de Radio Campus Paris, et le moins qu'on puisse dire , c'est que l'entretien nous réserve quelques surprises : un ego comme on en trouve que chez les sévèrement burnés, quelques ragots pour ménagères autour d'une embrouille sur le concert dédié à l'album de Dj Signify, prétexte à un règlement de compte déguisé avec Buck 65. Pour finir, une immanquable séquence émotion avec ses premiers émois de Slam et des collaborations pour le moins inattendues... Mais avant tout il nous fait mieux comprendre toute l’ambiguité du personnage qu’il incarne sur scène, avec Xaul Zan. Personnage qui n'hésite pas, en concert, à dépasser les bornes du politiquement correct, quitte à ce que le public lui même en prenne pour son grade...

Pour commencer qu'est-ce qui t'as amené à signer le premier album de Non Prophets sur Lex records, pourquoi être parti de chez Anticon ?


Je ne suis pas parti de chez Anticon. Le deal avec Anticon, c'est qu'ils ne voulaient sortir qu'un seul album. On avait aucunement prévu d'avoir d'autres projets ensemble. Je n'ai jamais réellement fait partie du collectif, j'étais un membre en marge, j'étais juste pote avec eux. Ils avaient besoin de sortir un album qui aie une certaine popularité et mon travail avait pas mal de succès... De mon côté, sortir un album sur Anticon, qui s'était forgé un nom, c'était pas mal non plus, je pense que ça a bien marché dans les deux sens. Mais après ça, je n'avais pas l'intention de faire autre chose avec eux. En ce qui concerne Lex records, Tom Brown est venu me parler à Scribbled Jam (ndlr : Une conference Hip hop qui a lieu à Cincinnati tous les étés) et il m'a demandé de sortir un album des Non Prophets, mon projet avec joe Beats. Personne ne m'avait jamais demandé ça avant lui... Je n'avais jamais entendu parler de Lex. En fait, la société n'avait pas encore commencé ses activités... Je lui ai dit qu'on allait d'abord composer l'album, et que si ça lui plaisait, il pourrait le signer. Et c'est ce qu'il s'est passé, ça s'est fait très simplement. D'autant que je pense qu'Anticon n'aurait pas été le bon label sur lequel sortir un album des Non Prophets. Considérant le style de hip hop dans lequel verse ce label, Non Prophets est beaucoup plus proche du hip hop " traditionnel ". Je crois qu'Anticon a choisi un bon crédo en disant " on vient des traditions du hip hop " et de chercher à faire quelque chose de nouveau avec...


Tu as dit que tu pourrais signer sur une major s'ils te donnaient assez de liberté, mais que tu doutes qu'en te laissant cette liberté, cela soit très bénéfique pour eux. Tu penses encore la même chose, aujourd'hui ?


Oui et pourquoi ça ? Parce que je les vois pas accorder cette liberté à qui que ce soit où que ce soit. Les artistes que je respecte et qui sont sur des majors... je pense à Dylan ou Neil Young, c'était toute une époque. Ils sont resté sur des majors... Mais s'il devait y avoir un Dylan ou un Neil Young aujourd'hui, ils n'auraient jamais eu de soutien de la part de ces majors. Ils auraient représenté un investissement beaucoup trop risqué, par les idées qu'ils véhicule. Et leur musique n'est pas assez évidente ou prévisible, et c'est ce dont les majors se gavent : des titres formatés et prévisibles... Ce qu'il se passe pour moi en ce moment, c'est que j'ai signé avec Epitaph, qui est presque une major. Mais ils sont complètement indépendants. Il n'y a aucune autre major qui gère leur distribution ou aucune autre facette du business à part eux, à ce que je sache, et ils me donnent une liberté absolue sur ce que je fais. Donc pour répondre à ta question, oui j'ai signé sur une major, mais c'était sous ces conditions là, et parce que j'ai la possibilité de faire ce que je veux et qu'ils me respectent. Et je pense qu'Epitaph va en bénéficier au final, parce que chez eux, ce sont les artistes qui expriment ce qu'ils ressentent réellement. Et le public n'est pas dupe de ces artistes qui font toujours la même chose à cause de leur label. Je ne serai jamais quelqu'un qui fait toujours la même chose...


C'est étonnant cette signature sur un label habituellement plus porté sur le punk, hardcore mélodique etc...


Oui, ils se sont ouverts à d'autres styles, je pense qu'il en allait de leur survie. Ils avaient besoin de se renouveler un tant soit peu de la routine punk, qui devenait, je pense, un peu répétitive...


Puis il y a un croisement des publics, beaucoup de skaters se mettent à écouter du hip hop après, ou tout en continuant à écouter du punk...


En effet, il y a définitivement un pont entre les deux cultures. Je ne sais pas pour l'Europe, mais aux Etats Unis quand tu viens à mes concerts, il y a un public punk-hardcore et ça depuis un bon moment, et j'étais surpris qu'Epitaph se mette à s'y intéresser. Mais c'est un label qui sait écouter ses fans, ils sont malins, ils connaissent leur boulot. Ils ne m'auraient jamais signé s'ils n'avaient pas eu la conviction que je pouvais vendre assez de disques. Mais bon , même tout seul je peux vendre assez pour vivre et faire vivre convenablement deux/trois personnes.


Comme autre artiste indé signé sur des majors, il y a Buck 65 signé sur Warner...


Oui mais sur Warner au Canada, ce qui n'est pas un vrai Warner (rires) Parce que tout ce qui a " Canada " après son nom est un produit plus petit, moins important et plus merdique. (ndlr : silence gêné de la part des intervieweurs, on sourit puis quand on dit " question suivante " , il précise... ) Non mais c'est pas à proprement parler Warner bros, c'est Warner Canada qui n'a pas particulièrement de distribution au States, je sais pas vraiment ce que cette compagnie représente. Ils ont leur propre petite version de Warner Bros au Canada.


t'as l'air de douter de la qualité du rap canadien...


Nan mais je fais mon taquin, c'est très américain de ma part de me foutre de la gueule du Canada (rires)


Oui, et les canadiens vous le rendent bien


Ouais je sais, je me dois d'y contribuer... (rires)


Tu possède ton propre label, Strange famous, j'aimerais savoir ce que tu cherches à proposer comme ligne artistique via cette structure...


L'objectif de ce label est d'arriver à sortir des productions que j'aimerais présenter au public mais à une plus petite échelle. Je ne propose pas beaucoup de travaux avec ce label. C'est destiné à des albums live que je veux vendre sur les concerts, ou à quelques freestyles que j'ai accumulés. C'est vraiment pour les collectionneurs. Si des fans en veulent plus, ils trouveront leur bonheur avec ce que je sors via mon label. Puis ça m'aide à apprécier le travail que font des labels comme Lex, Epitaph ou Anticon, qui s'occupent des albums que je ne veux pas sortir sur mon propre label. Parce que je peux très bien me payer le pressage de cds pour vendre à mes concerts et à certains distributeurs, mais je n'aime pas tout faire. C'est pour ça que j'ai signé avec Epitaph, je savais qu'ils allaient s'occuper d'un tas de choses, et me laisser me reposer de ces considérations là, pour me concentrer davantage sur la musique et sur ma vie privé.


Tu pratiques toujours le slam ?


Oui, d'ailleurs je viens de gagner un prix à Providence, ma ville d'origine. Je ne contribue plus autant à la scène Slam qu'avant mais je participe encore à quelques événements, et quand je me sens chaud je me lâche (ndt : en v.o : when I feel froggy, I jump ).


As-tu déjà fais du slam pendant tes concerts ?


Je le fais à chaque fois, et je crois que c'est ça qui a fait que mes concerts ont gagné en popularité. Introduire du spoken words dans mes concerts, quand j'ai commencé à le faire, était totalement inédit. Qu'il y ait toute une partie sans musique paraissait vraiment curieux aux gens. Mais quand je faisais un poème à propos du hip hop, le public y était davantage ouvert. Une fois que je me suis créé un public qui appréciait la poésie et que les gens savaient à quoi s'attendre à mes concerts, je me suis mis à faire du spoken words au gré de mon set, à chaque fois que je le sentais. Quand je le faisais , ça avait un but précis, et depuis que j'ai commencé en 97-98, je le vois beaucoup faire maintenant dans les concerts de hip hop et ça me fait plaisir parce que les gens se concentrent de plus en plus sur les textes, (ndlr : phrasé : ) " It's not always just the rythm and the beat " mais il y a également un contenu. C'est dur d'entendre les lyrics en concert, il se passe trop de choses, il faut laisser l'opportunité aux gens d'entendre ce que vous dites, parfois.


T'as jamais eu envie de sortir un album de spoken words ?


Oui j'ai eu envie de le faire, j'ai failli, mais ça m'a passé finalement...


Et éditer un recueil de poésie sur papier ?


Ca je vais certainement le faire, mais concernant un album j'ai préféré en distiller au gré de ce que j'ai sorti sur mon label, c'est ce que j'ai toujours fait. Mais en faire un album entier, ça m'excite pas plus que ça. Peut-être si je me concentre plus là dessus, mais je me suis davantage intéressé à la musique ces temps derniers. J'aimerais apprendre à jouer d'instruments en fait, essayer d'apprendre à chanter sous la douche et enregistrer la douche.


tu as une approche poétique donc, mais tu aimes aussi jouer des clichés hip hop, comme quand tu dis que la côte Ouest n'a aucun style et que la côte Est pas beaucoup plus. Est-ce que ça ne fait pas bizarre ces clichés, à côté de cette approche poétique ?


Non, non, pas du tout. Si j'emploie des clichés hip hop des fois , c'est pour les mettre en lumière, les montrer, les sortir d'un contexte et en faire quelque chose de nouveau afin que le public se pose la question : pourquoi ce cliché existe-t'il ? Pourquoi a-t'il été si souvent utilisé, dans quel but...
Pour ce à quoi tu fais référence (East Coast got no style, West coast...) je veux dire... C'est vrai ! (rires), si je dis de ce côté là ça pue, et de l'autre côté tout autant, si tu veux jouer à ce jeu là, tu peux trouver un retour de manivelle de la part de n'importe quel sous-genre du hip hop. Certains représentants de la culture hip hop hardcore ont essayé de dire que je ne faisais pas partie de la famille du hip hop, et je peux être d'accord avec eux, si la majorité est d'accord avec eux, dans ce cas c'est vrai. Mais si mon public devient plus nombreux que le leur, dans ce cas c'est moi qui ai du style et pas eux ! Car c'est notre opinion qui compte. Ca ne devrait pas être à moi de dire des choses comme ça, j'aime juste faire le malin, pour préciser un fait : que celui qui contrôle la situation est celui qui a la voix qui porte le plus. Je n'ai pas l'ambition d'avoir ce genre de pouvoir. J'aime faire joujou avec le pouvoir et faire en sorte que les gens se questionne vis à vis de leur foi en certaines autres personnes.


ce serait donc une caricature du pouvoir que les rapeurs possèdent par leurs dires ?


Oui c'est une sorte de parodie, mais en même temps j'ai une très forte implication dans le monde du hip hop, j'ai grandi avec le hip hop, et ça m'a beaucoup appris.


En grandissant avec le mouvement hip hop et le slam, quel est le meilleur souvenir que tu en gardes ? Des gens que tu as rencontré etc...


En fait j'ai grandi qu'avec le hip hop, le slam n'est apparu dans ma vie que dans la fin des années 90. Et le slam m'a amené à m'intéresser davantage à la poésie, à écrire et lire davantage afin de devenir un meilleur artiste. C'était indispensable dans mon devenir en tant que personne et en tant qu'artiste... La première personne que j'ai rencontré dans la scène Slam était une femme, Patricia Smith. Elle écrit pour le Boston Globe ( ndlr : un quotidien d'information) et elle est venu faire une performance dans mon université qui m'a complètement retourné ! C'est depuis ce jour que je me suis mis à m'intéresser autant à la poésie. Ensuite j'ai rencontré des gens comme Taylor Mali, Saul Williams, et j'en passe, il y a eu un nombre incroyable d'écrivains qui m'ont fait vibrer. J'ai eu la chance de tous les connaître et je suis content de faire partie du même " groupe " qu'eux...


Et tu as eu l'opportunité de revoir Patricia à nouveau quand tu es devenu plus connu ?


Oui, je lui ai rappelé la fois où je l'ai vue pour la première fois, quand je lui ai acheté un livre, que je lui ai fait dédicacer et que je me suis penché vers elle pour lui dire : " Je vais faire ce que tu fais un jour ". Et je l'ai remercié. Deux ans plus tard on était dans le même avion pour Austin au Texas pour le National Poetry Slam, et je lui ai raconté ce que je lui avais prédit à l'époque en lui disant : " je suis dans le même avion pour le NPS " ... J'étais mon propre prophète, c'était beau (ndlr : petit rire ému) .


Tu es dans un état d'esprit différent selon que tu sois Sage Francis ou Non Prophets en live?


Les sets de Sage francis et de Non Prophets sont identiques, il n'y aucune différence. Pour mon concert à Bourges c'est juste moi et un lecteur cd, et ce sera un mélange de Non Prophets, de Personal Journals, et de trucs plus anciens. Je ne voudrais pas faire exclusivement du Non Prophets. J'aime que les deux existent, parce qu'il y a un équilibre, entre une sorte de musique au cœur léger, accrocheuse et amusante et une autre plus sérieuse et personnelle. Si je n'en faisais qu'une je ne pense pas que ce serait un spectacle entier, ce ne serait pas représentatif de qui je suis en tant que personne. C'est pour ça que j'aime introduire un peu de chaque projet dans mes concerts. Quand je me met dans la peau de Xaul Zan, je me met dans un autre état d’esprit, juste pour ces chansons. C’est comme après la naissance, tu sais, comme quand une femme donne la vie à un bébé, et qu’il y a des trucs qui viennent après le bébé, c’est ça Xaul Zan. C'est pas le genre de trucs avec lequel t'as envie de jouer, que t'as envie de cajoler... Mais des fois t'es obligé de le faire.


Pourquoi joues-tu avec, si c'est sale ...


Nan mais tout va bien si c'est sale ! (rires des intervieweurs)


Oui, mais quelle genre de saleté ?


Quelle genre de saleté ? La saleté la plus crade dont j'ai pu être témoin dans ma vie. Tout ce résidu de mon âme que tu ne présentes pas toujours au gens, parce que ça n'est pas acceptable... Donc des fois ça passe, si tu utilises la scène comme une fenêtre sur ces réalités de la vie si dégueulasses. Et je le fais d'une manière où il y a un certain sérieux dans tout ça, parce qu'il y a un peu de sérieux dans toutes les blagues, c'est ce qui les rendent drôles. On verra comment ça va passer, j'essaie de pas trop en faire, ça vient quand ça vient et puis c'est tout.


As-tu pour projet d'apprendre le Djaying ?


Je sais utiliser des platines en fait...


Mais tu t'en sers pendant tes sets ?


Nan mais quand je tournais avec un Dj, je m'amusais à aller scratcher, pour doper le public et leur montrer que je savais le faire quand c'était assez nouveau. J'ai aussi fait des tournées avec un groupe, à deux reprises. Mais à chaque fois que je venais ici, en Europe, je voulais venir avec un DJ ou avec un groupe et ça n'a jamais marché. Mon ancien Dj était occupé, le groupe avec lequel je bossais aux USA pour ces tournées s'est séparé. C'est devenu trop risqué de déprendre d'un certain nombre de gens pour pouvoir faire mes concerts , alors que je sais que je peux tout faire tout seul. Je peux pas toujours être à 100% sûr que les autres suivent. C'est même arrivé aux USA, on devait faire une tournée de quarante jours qui s'appelait " Fuck Clear Channel ", le groupe s'est séparé et je suis resté sans rien. Donc j'ai du revenir à mon lecteur Cd pour faire mes chansons de la manière dont je sais les faire. Et ça m'a contrarié parce que pour des fans qui sont venus à mes concerts, ça pouvait faire la différence qu'il y ait un groupe en plus, ça pouvait le rendre meilleur ou plus intéressant, mais fuck it , je n'ai besoin de faire un meilleur concert que par mes seules compétences à présent. Je veux voir comment je peux me débrouiller juste par ma seule présence sur scène, sans aucune autre distraction, sans dépendre de qui que ce soit, ni partager l'énergie sur scène avec qui que ce soit. J'aime assez pouvoir aller de haut en bas, de droite à gauche, sans avoir à considérer ce que quelqu'un d'autre fait. Je sais quel titre je veux faire après, je ne veux pas avoir à expliquer à quiconque ce que je fais et pourquoi je le fais, et c'est ce que tu dois faire quand tu as un Dj ou un groupe. Tu peux pas communiquer par télépathie à tous les autres ce que tu veux faire et de quel humeur tu es. Il y a beaucoup d'avantages à faire ça par soi même, comme il y en a d'autres à le faire avec un groupe. Je ne pense pas que quand je suis seul, ça en fasse un moins bon concert. J'ai juste besoin d'apprendre à le rendre aussi bon que possible.


En parlant de groupe, est-ce que c'était le cas avec Art Official Intelligence (ndlr : c'est aussi le nom d'un important album de De La Soul)


Art official intelligence est le premier groupe avec lequel j'ai joué, il s'est formé en 1996, on se connaissait de la fac... J'ai commencé à bosser avec un groupe parce qu'il n'y avait personne autour de moi qui savait faire des rythmiques, aucun producteur. Aujourd'hui, tout le monde fait des beats. Avec les programmes informatiques tout le monde peut être producteur. Mais en 1996, il te fallait un sampler, il fallait savoir se servir d'une MPC ou un Sp 1200, et ce n'était pas le cas de mon entourage., personne ne savait le faire. Et quand bien même ils savaient le faire, il ne m'aimaient pas ! Ou il n'aimaient pas le genre de hip hop que je faisais. Ils voulaient quelque chose de plus proche du hip hop " traditionnel ", et c'est pas la direction que je voulais prendre. Alors quand le groupe m'a contacté et qu'ils m'ont dit qu'ils voulaient faire du hip hop, j'ai dit oui. Je voulais pas vraiment travailler avec un groupe mais ok, " si vous pouvez faire les beats sur lesquels je veux raper, ok ". J'avais un catalogue de chansons qui n'avaient pas encore de son. Tout ce qu'ils avaient à faire était de composer la musique, les chansons étaient déjà écrites. On a réglé tout l'enregistrement en 3 sessions de studio, et on a eu des concerts à Rhode Island et Boston. Mais on a pas fait grand chose au delà de ça. Et par la suite, Joe Beats a commencé à produire du son pour moi, et j'ai commencé à voyager, juste avec lui ou avec un Dj, plutôt que d'avoir tout un groupe... Parce qu'on ne gagnait pas d'argent à ce moment là, et tout le monde avait un boulot à côté, et il y avait toujours une bonne raison pour qu'un membre du groupe ne vienne pas aux concerts, ce qui a rendu les chose plus compliquées comme je viens de l'expliquer. Mais j'ai eu de la chance de pouvoir rencontrer des gens qui me fournissent des beats, de pouvoir presser des vinyles... Mais c'est pas allé plus loin avec le groupe, on s'est officiellement séparé en 2001, si ma mémoire est bonne.


Et que penses-tu aujourd'hui de ce que tu faisais avec AOI ? Tu as laissé cette époque derrière toi ?


Disons que c'est différent, je peux l'écouter aujourd'hui et voir de quoi nous manquions et à quel moment. J'aurais aimé qu'on le fasse mieux à certains égards, mais j'appréciais ce qu'on faisait. Et j'avais un bien meilleur flow en ce temps là ! Ma voix était meilleure aussi, et ça me permettait de faire beaucoup plus dans les compos que ce que je peut faire aujourd'hui. Je pense que tout ce qui manquait au niveau musical ou au niveau de l'écriture, était compensé par de bien meilleurs styles que je serais incapable de reproduire à l'heure où je te parle. Donc je suis vraiment content que ça existe sur support audio. Ca montre un début, ça montre d'où je viens en termes de techniques et de genres, et ce que je pensais avoir à faire pour m'attirer un public. Et c'est étrangement ce qui a un petit peu perverti la musique à certains égards... En parlant de clichés, dans l'album de Non Prophets, je n'évoque pas que cela, ils ont leur objectifs effectivement, mais dans l'album d'AOI c'était presque une manière de s'attirer un public qui s'était familiarisé avec le hip hop. Et ça me faisait du bien, parce que c'était comme si je me validais comme un artiste hip hop à part entière. J'avais d'abord à leur montrer que j'étais capable de produire le rap auquel ils étaient familier, avant de pouvoir aller dans une quelconque autre direction. Et au final, ça ne m'a rien apporté en terme de popularité. Aoi n'a pas vraiment marché, mon spoken words a mieux marché que la musique que nous faisions à ce moment là. Et c'est pour ça que j'ai commencé à faire du spoken words à des concerts, parce que ça parlait à un certain nombre de gens. Et aujourd'hui, rétrospectivement, on me parle d'AOI, et de nos titres, ça me fait marrer. Personne n'aimait en ce temps là et maintenant vous voulez entendre ce que ça donne, ok...


En parlant de live, tu apparais sur l'album de Dj Signify, et je crois savoir qu'il y a un concert qui devait avoir lieu à New York, qui a été annulé. Ce n'est que partie remise ?


Il n'y a aucune chance que ça aie lieu à nouveau. Ça a eu sa chance, mais ça a été gâché, donc ça n'aura plus lieu, c'est dommage. J'ai accepté comme tout les autres de faire ce concert, et il n'a pas eu lieu, pour je ne sais quelle raison, et je n'accepterai jamais plus d'y participer... (ndlr : malaise...)


Ce sont des raisons personnelles ?


Non, tu sais, Signify m'a demandé d'être sur ce projet, j'ai accepté, j'y ai mis beaucoup d'effort, beaucoup de moi-même, peut-être même plus d'émotion ancrée au plus profond de ma carcasse sur toute cette section à laquelle j'ai participé... Et pour rien ! Parce que c'est pas mon projet, c'est pas quelque chose sur lequel j'ai un quelconque contrôle. Je l'ai un peu offert comme un cadeau de moi à lui, parce que j'appréciais ce qu'il me montrait dans notre amitié... Et je sais qu'il voulait que le concert aie lieu, il me l'a proposé, c'était juste après ma tournée, et je voulais pas vraiment y participer, parce que j'étais un peu claqué mais potentiellement j'ai vu ça comme une bonne chose. C'était un concert unique pour cet album, ça avait quelque chose d'unique en soi. Donc j'ai dit " ok, je vais le faire , t'as même pas besoin de me payer, t'as qu'à me faire venir à New York et on fera en sorte que ça se passe ". Il y a eu beaucoup de pub autour de ça, et tout à coup Buck 65 s'est rétracté. On m'a jamais dit pourquoi, donc je n'accepterai plus jamais de faire un concert sur cet événement en particulier. Parce que j'ai déjà offert ma venue, et tu sais... C'était pas très professionnel de leur part... Et on ne m'a jamais donné les raisons concernant l'annulation, donc j'estime que je n'ai pas à me justifier sur les raisons pour lesquelles je n'envisage plus aujourd'hui de refaire ce concert avec eux.


Quels sont les Djs ou Mcs que tu admires aujourd'hui ?


C'est une question difficile, en fait, parce qu'il y en a tant que je respecte. Et honnêtement je n'écoute jamais de hip hop, de Djs ou de MCs. J'ai pas mal d'amis qui le font, ils me filent des albums et je les écoute une ou deux fois, et ça peut me plaire mais c'est pas là que je tire mon inspiration, et c'est pas ce qui me fait me sentir bon, donc j'ai tendance à passer à côté de cette musique pour l'instant. Je pense être trop impliqué dans cette scène pour vraiment apprécier la chose comme les autres. Je connais trop en détail tous les petites astuces de style que tout le monde utilise, j'ai pas vraiment envie de rentrer là dedans...


j'ai entendu une rumeur comme quoi tu prépares une collaboration avec Will Oldham...


Oui, ça se gère via Lex en fait. Je sais pas , j'ai entendu qu'il appréciais ma musique, ce que je ne crois pas une seconde. On est tous les deux embarqué dans un truc où quelqu'un lui a dit que j'aimais sa musique et où quelqu'un m'a dit qu'il aimait la mienne, ce qui nous a rendu curieux l'un vis à vis de l'autre. Et on a écouté chacun la musique de l'autre, on s'est échangé des emails où on a convenu de travailler ensemble sur un morceau. Alors il m'a envoyé de la musique sur laquelle travailler, et j'écris en ce moment des textes à poser dessus . Ca me plaît assez, mais je suis assez prudent vis à vis de ça. Je veux que ce soit un titre intéressant, je veux que ça sonne assez naturel. Parce que parfois quand les gens ne travaillent pas ensemble de manière physiquement proche, ça devient plus difficile. Je reçois la musique par la poste, donc il me faut identifier ce qu'il veut de moi, et je dois, espérons-le, le laisser faire le même genre de compromis sur ce que je lui envoie, simplement pour composer un titre. Je sais pas si on arrivera à se voir physiquement pour collaborer, ce serait cool mais bon, de toutes façons, je ne fais pas ça souvent. Quand je rentre chez moi, je préfère rester seul pour faire ma musique, j'aime pas particulièrement qu'il y ait quelqu'un dans les parages.


Comment avez-vous prévu de l'éditer ?


Ca va sûrement paraître sur le prochain single de Non Prophets, sinon sur mon album solo sur Epitaph, si ça devient le titre que j'aimerais que ça devienne. Car je doute qu'il veuille un titre de rap sur un de ses albums (rires) , ça fait un peu éloigné de son style... Par contre je fais une apparition sur le dernier album de Bad Religion, qui fait du punk... Ca fait bizarre, on ne les imagine pas avoir un rap sur leur album, mais ce n'est pas vraiment un rap, je ne fait qu'une brève apparition sur le titre " Let them eat war " sur l'album "The empire strikes first ". Ca me fait vraiment plaisir d'y apparaître ; j'aime collaborer avec des gens qui n'ont rien à voir avec le hip hop. Je pense que c'est là que quelque chose de vraiment spécial peut se passer.


Et tu as eu le temps de poser quelques mots sur un titre de 2 minutes ? Car c'est souvent le cas sur les titres de Bad Religion...


(rires) Non, là c'est un titre un peu plus long, ils l'ont étendu pour moi. Mais ma partie est vraiment courte, mais comme j'aime beaucoup Bad Religion, je trouve ça vraiment cool.


Qui s'est occupé du graphisme de l'album des Non Prophets ?


Il s'appelle Ehquestionmark, c'est un graffeur anglais qui fait toutes les couvertures d'albums de Lex. Je ne sais pas qui il est, je ne l'ai jamais rencontré. Il est un peu bizarre, on s'est un peu embrouillé...


Tu es impliqué dans le graphisme ?


Oui , il a dessiné à partir d'une idée à moi, et ça rend pas mal. J'ai pas trop aimé au début, parce que ça ressemblait pas vraiment à ce que j'avais en tête. C'était beaucoup trop propre, je voulais quelque chose qui ait l'air un peu plus sale, mais ça avait l'air d'un truc sous photoshop... Mais maintenant j'aime beaucoup, je trouve ça très cool.


C'était quoi ton idée à la base ?


Le Christ crucifié sur une ancre de marine, avec des étoiles autour. C'est un détournement de l'emblème de Rhode Island, ma ville d'origine. (rires) Le mélange de l'imagerie religieuse, et de l'emblème territorial...


Après Bourges, qu'est-ce qui t'attend ?


Je vais en Californie pour le festival Coachella, avec les Pixies, Kraftwerk, Radiohead , The Cure à l'affiche. Et après je rentre à la maison et j'enregistre l'album pour Epitaph que j'ai commencé à écrire avant le Lex tour. Ensuite je prépare ma prochaine tournée aux USA qui aura lieu cet automne.



Interview par dClem
le 15/04/2004

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