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Aoki Takamasa + Tujiko Noriko

: 28



sortie : 2005
label : Fat Cat
style : Post-Urban-Glitchtronica

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Tracklist :
01/ Fly2
02/ Vinyl Words
03/ When the night comes
04/ Doki Doki Last Night
05/ Fly Variation
06/ 26th Floor
07/ Alien
08/ NOLICOM

Rencontre attendue entre deux figures prolifiques de l'underground electronica japonais. 28 vient sceller la collaboration de ces deux artistes tout juste âgés de 28 ans, collaboration entamée en 2002 entre Paris et Osaka par l'envoi de CD-R. Un minutieux et très lent travail d'échange attesté par l'unité organique de cet album et l'intrication naturelle des apports de chacun.

A l'image de la longue gestation du tout, chacune de ses parties évolue et éclot lentement comme une délectable fleur électronique. Légèreté et sérénité caractérisent cet album dont la délicatesse est le fruit d'un patient travail de construction : chaque cut, chaque glitch glisse sur ses voisins, s'y accouple, disparaît, reparaît, le tout en une texture mouvante, douce, électrique et cotonneuse, bel ouvrage de micropaysagiste où bulbes et racines deviennent pulses et beats, comme sur Fly2. L'outil informatique est parfaitement maîtrisé, comme en atteste la précision sonore des boucles de Doki Doki Last Night, où chacun des sons entre en résonance avec tous les autres. Nos deux jardiniers informatiques se montrent experts du geometric landscape, option microculture biologico-sonore et cut up vocal.

L'album oscille donc entre deux directions complémentaires : pop électronique (et même J-Pop), sur des titres comme Fly Variation ou Vinyl Words (dont la mélancolie séduira ou irritera), electronica pop quand la part belle est faite à l'instrumentation de synthèse, comme sur Doki Doki Last Night ou 26th Floor. Cela dit, les vocaux restent toujours discrets, installés au fond du mix (Fly2), découpés et remontés de sorte que chaque syllabe forme un son ponctuel plutôt qu'une continuité chantée (Doki Doki Last Night) ou perdus à l'intérieur de chœurs circonspects (When the night comes) ; en somme, ils fonctionnent toujours bien davantage comme instruments à proprement parler que comme voix, tant ils se fondent à l'intérieur des différentes strates sonores (Alien) et revêtent une fonction davantage sonore que mélodique, comme en témoignent les accents modaux de Fly Variation ou le spoken words accompagné de beats minimaux de 26th Floor.

La part belle est donc faite aux machines et au travail sonore, cause parfois d'une certaine froideur dans un album qui n'oublie pourtant ni d'émouvoir ni de distiller les atmosphères étranges et hypnotiques. C'est qu'on a trop souvent le sentiment que cet album a surtout et avant toute chose ses seuls outils de production informatique à offrir. Outils qui, maîtrisés avec une telle perfection, semblent avoir pris le pas sur les compositeurs, ce qui n'est pas un mal en soi et pourrait donner lieu à de troublantes expérience auditives – qui n'adviennent pourtant pas ici. Dans sa neutralité chatoyante et hi-tech comme une tour de verre et de métal en plein Tokyo, où se niche le spleen des grands centres urbains et des lumières artificielles, cet album oublie un peu de surprendre pour nous installer dans sa mélancolie de carte postale pour executive woman post-karaoke, solitaire mais équipée comme il se doit du laptop sur lequel il conviendra d'écouter ce 28. Impression d'avoir déjà parcouru ce paysage, ce genre de clichés gris sur bleu.

Un peu dommage : il aurait fallu un peu plus d'audace, de surprise, de piment, d'excitation, de rouge et de feu dans le bleu pour faire de l'objet un véritable bon album. Au lieu de cela, on tient un album pas mauvais mais qui peinera sans doute à séduire au-delà du cercle d'amateurs de musique laptop.


Chroniqué par Mathias
le 19/08/2005

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