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Dj Spooky

: Optometry



sortie : 2002
label : Thirsty Ear
style : Cybernetic jazz

achat/téléchargement

Tracklist :
01/Ibid, désmarches, ibid
02/Reactive switching strategies for the control of uninhabited air
03/Variation cybernétique rhythmic pataphysic
04/Asphalt
05/Optometry
06/Sequentia absentia
07/Rosemary
08/Dementia absentia
09/Parachutes
10/Absen

Les Blue Series de Thirsty Ear ont réussi en quelques années à se tailler une solide réputation d'exigence et de qualité à la fois chez les amateurs de free jazz et de musique électronique, et chez tous les amateurs de son neuf et hybride : on se souvient qu'une de leurs premières sorties, Masses, était due à la rencontre de Spring Heel Jack et du groupe de Matthew Shipp. Pour ce disque, le pianiste free retrouve ce même désir d'explorer les marges de genres a priori éloignés et s'associe à Paul D. Miller aka DJ Spooky. Optometry est tout simplement une de leurs meilleures productions à l'un comme à l'autre.

Le projet est simple : mêler l'improvisation free au deejaying. Le disque est donc traversé par une double dynamique : d'un côté la liberté complète de l'improvisation, de l'autre la volonté du DJ de structurer l'informe chaos sonore produit par le groupe. De ces tensions entre des architectures complexes et une énergie musicale qui ne saurait s'accomoder d'aucune structure imposée viennent tout l'intérêt et la beauté d'Optometry. Spooky, qui aime comparer le deejaying à un travail d'historien et d'exploration sans frontière de l'histoire musicale, officie plutôt en architecte, ou comme il le dit, en sculpteur : les samples urbains (bruits de circulation dans New York) qui ouvrent l'album viennent ainsi rappeler que, loin d'ajouter quelques beats ou scratches sur des morceaux jazzy, la fonction du DJ est ici comparable à celle d'un démiurge dont le travail se nourrit de toutes sorte de sons. Et il y a de quoi faire : l'album est long et dense. A côté du quartet de Shipp (piano, contrebasse, trompette et batterie) viennent s'ajouter le violon de Daniel Bernard Roumain, la kalimba et la contrebasse de Miller lui-même, et les claviers de Billy Martin : les sonorités de l'album naviguent donc entre free jazz, musique tribale et morceaux plus proprement hip hop avec les featurings de Napoleon du groupe Iswhat sur Parachutes et de High Priest d'APC sur Absentia Absentia. Hétérogénéité et exploration sont les maîtres mots de cet album, qui n'en dégage pas moins une impression de grande cohérence, tant est perceptible la qualité du jeu collectif et des réponses entres musiciens.

Pour déceler le travail de reconstruction, l'auditeur doit néanmoins tendre l'oreille et en est réduit à avancer des hypothèses : le collectif a pris le parti de brouiller les pistes entre sons live, acoustiques et électroniques, et les machines en somme plus transparentes qu'exhibées. Au jeu répétitif de Matthew Shipp se joignent les riffs et les vamps mis en boucle du saxophone ou de la trompette de Joe McPhee sur Ibid, Désmarche, Ibid, tandis que la section rythmique s'emploie à faire monter le groove selon un lent crescendo. Les improvisations passent de l'harmonie à la dissonance au gré de breaks soigneusement ménagés, tandis que la rythmique maintient toujours une cohérence globale et évite aux morceaux de s'essouffler. Spooky ménage également de larges intermèdes arythmiques, où la kalimba prend le dessus, comme sur l'ouverture du morceau éponyme, Optometry, ou sur Variation Cybernétique : Rythmic Pataphysic, Pt1. C'est surtout dans ces moments presque ambient, où le DJ retrouve les sons de ses premiers LP, que la différence entre les différentes sources sonores s'estompent ; ailleurs certaines parties instrumentales sont dédoublées en échos, et des samples très ponctuels d'instruments ou de sons divers viennent opérer des ruptures à l'intérieur des structures soigneusement agencées, comme si le collectif décidait de déconstruire sa musique après l'avoir organisée, pour lui laisser du jeu et la maintenir dans son chaos originel. L'improvisation et l'expérimentation ne sont jamais ici synonymes de complication hermétique : au contraire, les breaks fréquents, la rythmique musclée, le sens du groove immédiatement séduisant, l'intelligence des mélodies relancent en permanence l'attention de l'auditeur. Saluons donc ce LP dont l'exigence d'expérimentation se conjugue avec brio à la vitalité musicale d'un collectif hors-pair !


Chroniqué par Mathias
le 26/04/2005

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