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Immune

: Interview avec Immune




Entrons directement dans le vif du sujet : parmi vos influences, vous citez plusieurs artistes (Sigur Ros, Mark Hollis, Arab Strap, etc.). Qu'est-ce qui, selon vous, fait l'originalité d'Immune?

Nous citons souvent Mark Hollis, Arab Strap, Hood, Sigur Ros ou Matt Elliott, pour donner une idée de ce à quoi ressemble notre musique à quelqu'un qui ne nous connaîtrait pas. Mais donner nos influences est aussi un bon moyen de nous inscrire dans une lignée, une "famille" de groupes à laquelle nous pourrions appartenir. Mais nous ne sommes pas un Hood bis ou quelque chose comme ça. Nos influences sont maintenant digérées, et nous nous rapprochons de certains de ces artistes par certains aspects uniquement. Pour aller vite, nous pourrions dire que nous avons le côté dépouillée de Mark Hollis, la mélancolie de Hood, le chant bas d'Arab Strap. Aujourd'hui, je pense qu'avec le nouvel album sur lequel nous travaillons (qui sera certainement prêt au printemps), nous arrivons à proposer une musique originale qui se démarque pas mal de nos influences premières et de ce qui se fait actuellement. L'enjeu principal d'Immune jusqu'à présent était de composer une musique qui mêlerait pop organique et musique électronique de manière inédite. Beaucoup de groupes proposent ce genre de mélange, mais disons qu'il me semble que nos dosages ne sont pas les mêmes que les autres, et de ça, entre autres, naît notre originalité.

Vous décrivez votre musique comme de l' " electro-pop somatique ". L'expression m'intrigue et, pour tout dire, me laisse perplexe. Pouvez-vous nous en dire plus? Est-ce simplement un "genre musical" de plus ou cela implique-t-il un rapport spécifique à votre musique ?

Au départ, le terme " electro-pop somatique " est venu d'une blague de Martin. Souvent quand on nous demandait quel genre de musique on faisait, on ne savait pas trop quoi dire, comment expliquer vraiment. Mais heureusement, Martin face à ce problème de premier ordre, nous a sauvés en trouvant cette petite formule ! Désormais quand on nous demande " Quel genre de musique vous faîtes ? ", on peut répondre fièrement, de manière pédante et digne " De l'electro-pop somatique ! ". Mais au-delà de la blague, on a conservé le terme, car il intriguait pas mal les gens, et suscitait en eux la curiosité. D'ailleurs, pas mal de webzines qui ont chroniqué notre disque ont repris ce terme. De plus, l'expression " electro-pop somatique " définit assez bien notre musique : parce qu'elle contient nos aspirations (electro et pop), mais aussi parce que la particule "somatique" en dit pas mal long sur le caractère limite endormant de notre musique ! "Soma" se réfère au corps, au corps mort, au corps endormi. Electro-pop somatique signifie donc en gros : electro-pop planante, rêveuse, propice à l'état de veille. Ce n'est pas un nouveau genre, mais juste une manière de mieux définir notre musique rapidement, et de susciter l'intérêt. Pour notre recherche de label pour notre nouvel album, je pense d'ailleurs mettre en avant cette étiquette qui à mon avis est à notre avantage. Mais nous ne créerons pas de dogme en 10 points sur ce qui définit une musique dite " electro-pop somatique ", même si cela pourrait être très drôle !

Il y a donc deux tendances dans votre musique. À mon sens, elles vont jusqu'à créer une forme de tension entre des éléments "pop" et d'autres plus "expérimentaux", tension qui se remarque d'ailleurs nettement dans un morceau comme " Father's Falling ". Je mentionne " Father's Falling " parce qu'on y a l'impression que ces deux types d'éléments (pop vs. expérimentaux) y sont nettement distingués comme pour souligner le thème de la chute. Cela semble indiquer que le "mélange" que vous recherchez n'est pas nécessairement de l'ordre de la synthèse…

La tension dont tu parles est née naturellement, et c'est du coup assez difficile d'en parler. Quand nous composons et arrangeons un morceau, nous ne cherchons pas forcément à créer une telle tension. En général, nous écoutons les prémices du morceau, et au gré de ce qui nous passe par la tête, nous venons y ajouter une note de clavier ou un son que l'on imagine bien coller au morceau. Quand on arrange un morceau on recherche avant tout une sorte de beauté et d'harmonie. S'il n'y a pas de synthèse entre éléments "pop" et d'autres plus "expérimentaux", on peut peut-être plus parler d'harmonie, dans le sens où ce qui nous importe c'est d'établir un certain équilibre, créer un paysage sonore original et cohérent. Nous sommes expérimentaux seulement dans le sens où nous tentons de faire de la pop avec des instruments, des rythmes bricolés ou des sons.

Tu mentionnes un côté "dépouillé" de votre musique. Ce côté dépouillé, ou épuré, est assez sensible. Comment êtes-vous parvenus à l'obtenir ? Est-ce quelque chose qui vous vient naturellement lorsque vous jouez ensemble ? Est-ce quelque chose qui demande un travail spécifique au niveau de la production ?

Pour commencer, nous ne composons jamais tous ensemble. De 2001, date à laquelle Immune s'est formé, jusqu'à l'automne dernier, nous nous étions vu tous ensemble 3 ou 4 fois ! Pendant ces 3, 4 ans, nous fonctionnions un peu à la manière de Labradford. La création d'un morceau se déroulait en gros, en 3 temps. 1/ Je commençais un morceau seul dans mon coin (à Dijon ou à Lyon), en posant les fondations (rythmes, mélodie principale, ligne de chant), 2/ Martin me rejoignait à Dijon pour définir la structure du morceau et pour l'arranger, 3/ Puis seulement après, Gary venait me rendre visite à Dijon ou à Lyon pour poser sa voix sur le morceau, rechantait la ligne de chant que j'avais faite ou en trouvait une autre. Le premier album " Immune " s'est déroulé comme ça pour la plupart des morceaux du disque (excepté pour " Hundred leaves " qui est quasi entièrement un morceau de Martin).
Le côté dépouillé de l'album est né sans doute de cette manière de faire où tout s'est fait par petites touches successives. Quand j'apportais un morceau à travailler à Martin, nous ajoutions ses parties (arpèges, ondes de guitares, sons, etc.) avec parcimonie, avec le souci du détail. Martin et moi voulions ouvertement privilégier l'épure et le dépouillement au sein de nos morceaux. On ne voulait pas en faire trop. On recherchait à ajouter juste ce qu'il fallait et pas plus. Aujourd'hui, par rapport à tout ça, nous sommes un peu en mutation, car le fait de jouer sur scène pour la première fois depuis cet automne a changé un peu la donne. Désormais, Gary et Julien sont plus impliqués dans le groupe qu'auparavant, et nous fonctionnons de plus en plus comme un "vrai" groupe. Même si Martin et moi sommes toujours un peu les piliers d'Immune du fait que c'est principalement nous qui écrivons les morceaux du groupe, Gary trouve désormais ses lignes vocales seul, Julien se met à composer, et les deux ont une place plus importante dans nos choix artistiques. Mais le côté épuré et dépouillé demeure encore aujourd'hui dans nos nouvelles compositions, même si c'est peut-être dans une moindre mesure. Nous tenons à rester sur la tangente plutôt que de tomber dans la "surexpression".
Au niveau de la production, nous cherchons à conserver un son assez fin, qui ne soit pas "boosté". Nous ne sommes pas en recherche d'un gros son. Nous aimons notre son, fait à l'ordinateur chez nous. Le côté artisanal reste pour nous important. Le caractère, la spécificité du son sont des éléments aussi importants que la composition ou l'originalité d'un son de guitare. Nous aimons tout pouvoir contrôler, de la composition à la production, maîtriser notre son.

Le home studio semble constituer pour vous le modèle du travail d'enregistrement ? Pourrait-on ainsi parler d'une certaine "idéologie" du home studio (même si le terme "idéologie" est peut-être un peu fort) comme un moyen d'échapper au formatage croissant de la production musicale ?

C'est vrai que le home studio est un peu pour nous un modèle de travail. Toutes les phases de création apparaissent pour nous en même temps, et s'enregistrer à la maison permet de ne pas faire de distinction entre ces phases souvent scindées : 1/ la composition, 2/ l'enregistrement, 3/ le mixage. Par exemple, l'enregistrement et le mixage apparaissent dès le stade de la composition et ça, c'est l'une des chances qu'offre le home studio. Il n'y a pas réellement de démos de nos morceaux. Bien souvent, la plupart des éléments enregistrés au stade de la composition demeurent au mixage final, sauf si le son et l'interprétation sont trop mauvais.
Le grand avantage du home studio, c'est aussi que l'on enregistre quand on a envie. En général, on ne fait pas de réelles séances d'enregistrement - sauf quand il le faut, comme en ce moment où nous réenregistrons ce qui sonne mal. Tout fait se naturellement, et s'insère totalement dans notre quotidien, et nous aimons ce mode de fonctionnement.
Et puis le troisième grand avantage, c'est que nous contrôlons totalement notre son. De A à Z, nous prenons toutes les décisions, et c'est un bon moyen d'échapper au formatage dont nous pourrions être victimes si nous passions par un studio. Nous ne sommes pas contre le fait d'aller en studio, bien au contraire, mais nous n'en sommes pas là pour l'instant. Pour l'instant nous désirons maîtriser totalement notre son, avant de soumettre nos morceaux à quelqu'un d'extérieur. À l'avenir, l'expérience sera intéressante, mais pour enregistrer en studio, il faut du temps, et donc de l'argent pour travailler correctement, et nous n'en avons pas ! Mais nous ne nous débrouillons pas trop mal seuls, même si nous sommes par exemple contraints de mettre plus de boîtes à rythme sur le disque parce que l'on a pas le matériel pour enregistrer une batterie. Mais le côté artisanal de nos enregistrements nous plaît bien, et ça nous force à être peut-être plus inventifs. Nous n'enregistrons pas de manière académique, et je pense que ça se ressent sur certains morceaux. Par exemple, nous enregistrons directement les guitares sans passer par des amplis, les captations de batterie se font par un vieux micro de caméra super-8. Petit à petit, on a trouvé des techniques qui nous sont propres et que l'on arrive à bien maîtriser. Je ne sais pas si on peut vraiment parler d'une "idéologie" du home studio, mais ce modèle d'enregistrement nous plaît beaucoup !

Vous êtes actuellement en période d'enregistrement. À quoi ressemblera votre prochain album ? Dans quelle direction vous orientez-vous ? Sans le dévoiler, peux-tu nous dire quelles seront les différences notables par rapport au premier album ?

En fait, nous sommes en train d'enregistrer le dernier morceau de l'album, mais nous sommes actuellement plus dans une phase de mixage. Martin et moi avons quasiment terminé le mixage des 12 autres morceaux. L'album que nous préparons sera notre deuxième disque, et notre premier véritable album, étant donné que le précédent atteignait à peine les 40 minutes. Cet album comprendra 13 titres dont 5 tirés du premier disque - mais un peu remaniés - et 9 nouveaux. Ce sera une sorte de compilation des meilleurs morceaux que l'on a composés depuis nos débuts. Le "very best of" d'Immune ! Ce disque sera aussi beaucoup plus diversifié que le précédent. Il contiendra des morceaux plus pop, plus rythmés, plus intenses, mais on retrouvera aussi le côté plus expérimental, mélancolique, plus froid d' " Immune ". Cette synthèse me paraît bonne, et met bien en valeur l'originalité de chaque morceau. Ce disque sera vraiment pour le coup " electro-pop somatique ", les nouveaux morceaux correspondant bien à cette étiquette. Dans l'ensemble, les 9 nouveaux titres sont plus ouverts dans tous les sens du terme. Nous nous sommes un peu plus lâchés, et n'avons pas eu peur à certains moments d'aller vers des choses plus expressives et plus lyriques. Je suis vraiment fier de l'album que nous sommes en train de faire, et nous espérons bien cette fois trouver un label !
Mais, nous pensons déjà à une suite, un album plus sombre et plus acoustique, voire jazzy, mais nous n'en sommes pas là. Entre temps, nous allons enregistrer un mini album quasiment entièrement composé au piano. Tous les morceaux sont composés, donc normalement tout ça ira vite.


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