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Four Tet

: Interview avec Four Tet




Tout d'abord, comment fais-tu pour t'exprimer sur scène, ta musique étant faite de samples ? Quand j'ai commencé à faire de la musique électronique, beaucoup de gens ont pensé que je devrais me dégoter un groupe. Mais je crois que c'est un pas en arrière vis-à-vis de ce que j'essaie de faire. La musique que je fais sur disque ne peut pas être jouée par un humain. D'autre part, je suis un grand amateur de free jazz et de musiques improvisées, c'est un peu l'esprit que je voulais apporter à la musique électronique. Je ne voulais pas que tout soit dans le temps, super propre mais plutôt que ce soit direct, émotionnel et puissant. Je pense que ce n'est pas facile, parce que chaque artiste qui fait son set électronique a ses propres recettes.C'est tellement quelque chose de nouveau, tout le monde cherche la meilleure façon de procéder. J'aime beaucoup faire des lives et partir en tournée, et je crois que le public essaie de comprendre un peu mieux ce qui se passe sur un set Mais sinon quels instruments utilises-tu ? Principalement un ordinateur portable. Je n'utilise ni mixettes, ni effets externes. J'ai un contrôleur qui lance les mélodies de lead, comme les harpes, les guitares ; et l 'autre gère les rythmes et les séquences principales et le "processing" et les deux modules sont dirigés vers un sampleur en temps réel qui a un compteur de bpm. Ca me permet d'associer les boucles, et de changer le format des chansons selon l'inspiration. Je peux faire durer un même titre de 3 minutes à 20 minutes, tout est possible ainsi ! Et tu utilises le même procédé dans tes DJ sets ? Non, dans ces cas-là je joue la musique des autres. Ce que j'aime faire quand je suis DJ, c'est animer, que les gens s'amusent... Le public qui vient à mes lives sont des gens qui s'intéressent à ma musique, qui veulent entendre ce que je fais. Tandis que quand je suis en DJ set , je ne veux pas que les gens viennent me voir mais qu'ils s'éclatent à danser sur de la bonne musique. Ce que je préfère c'est jouer dans des clubs ordinaires un samedi soir et voir tout le monde passer du bon temps et danser. C'est important pour moi de sortir et passer des disques, de savoir ce qu'est la musique, de me souvenir de ce que ça représente de voir des gens réagir en un instant, sur le plan physique, ou émotionnel sur un morceau de musique. J'aime poser un disque et puis me demander ce que les gens vont en penser... En ce qui concerne ma musique, c'est à peu près la même chose, je veux qu'elle soit directe et émotionnelle. J'aime avoir différents profils de gens qui aiment ma musique, de l'amateur de musiques électroniques à la ménagère qui l'écoute en passant l'aspirateur... Peux-tu nous parler de ton prochain single "As Serious as Your Life" ? Ce sera un 12" avec un remix de "As Serious as Your Life" et une version live sur l'autre face de plus de 33 minutes. Et il y aura aussi un 7", avec le remix plus une autre version sur l'autre face, mais celui-ci sera en édition très limitée, pour les "superfans" (rires). Et je prépare aussi un album de remixes hip-hop avec Jay D qui devrait sortir en 12" aussi. Comment se fait-il que tu aies remixé Radiohead et Bonobo, c'est à partir d'une rencontre ? Ce sont des gens avec qui j'ai fait des tournées, donc je les connais bien. Au moment de la sortie de leur nouvel album, les membres de Radiohead ont voulu que je leur fasse un remix. Bonobo, je l'ai rencontré il y a deux ans environs. On s'est bien entendu et lui aussi a voulu que je le remixe donc je l'ai fait. As-tu déjà pensé à faire un "side project" avec ton pote Dan Snaith de Manitoba ? On nous a posé la question hier, et je pense que peut être que nous ferons quelque chose ensemble un jour. Mais nous sommes tous deux très occupés en ce moment. Ca fait longtemps que je ne me suis pas retrouvé dans la situation de me demander ce que je vais faire par la suite, parce que la somme de tous les remixes et ce que je fais pour ma propre musique me prennent tellement de temps ! Mais je pense que ça pourrait être sympa de faire un truc ensemble un de ces quatre, et écouter ce que ça donne. Il joue très bien du clavier, ce que je ne sais pas faire du tout, donc ça serait intéressant. Vous habitez toujours dans la même rue ? On vit à 10 minutes à pied ! On a voyagé ensemble et on est devenu très bons amis... C'est toi qui l'as "découvert" et l'a fait connaître, n'est-ce pas ? Ses parents vivent à Londres et il est venu leur rendre visite un été. Je jouais avec mon groupe "Fridge à The Big Chill. Il s'est présenté à moi et m'a envoyé par la suite une démo que j'ai trouvée bonne alors je l'ai faite suivre à Leaf Records. Il programmait aussi dans un club à Toronto. Il m'a invité à venir faire des DJ sets là bas et je suis resté au Canada pendant 10 jours. J'ai aussi rencontré un mec qui s'appelle Kevin et qui joue dans Broken Social Scene. A l'époque, il jouait dans un groupe qui s'appellait K.C. Accidental. Il a appris que j'étais à Toronto et il était fan de ce que je faisais, alors il m'a appellé ! Et je l'ai revu hier, pour la première fois depuis ce jour là (NDLR : nous sommes à la Route du Rock). Tu es très influencé par le jazz, quelle est ta culture dans ce genre ? Tu nous a parlé de free jazz tout à l'heure... Si je dis Coltrane, ça paraît évident, mais c'est un génie qui m'a emmené dans d'autres sphères. Mais je dirais aussi Don Cherry, Herbie Hancock, Julian Priester. Je pense qu'il y a une période fin 60's début 70's où le free jazz s'est inspiré des tensions politiques noires, des Black Panthers, des temps de turbulences aux Etats-Unis et s'est mélangé aussi au mysticisme oriental avec les religions hindoues. Quand ces deux choses là se sont mélangées, c'est devenu très puissant. Ce que je préfère, c'est quand les sonorités sont devenues plus hippies, et les rythmiques plus lourdes, c'était fantastique. Et je pense que Coltrane faisait tout ça ! Tu as aussi mentionné Jim O'Rourke par le passé, tu as eu l'opportunité de le rencontrer ? Je l'ai rencontré un jour où nous faisions tous deux des DJ sets au festival Sonar. Il a entendu du bien de moi, on s'est dit bonjour, et j'étais là : "mon dieu c'est Jim O'Rourke ! ! !". C'est vraiment un de mes modèles, un des producteur les plus talentueux du monde. J'adore comment il peut à la fois créer des morceaux extrêmement expérimentaux et bizarres et d'autre part sortir des album de rock incroyable et ensuite rejoindre Sonic Youth. Il a fait tellement de trucs incroyables... Tu l'imagines en train de produire le prochain album de Fridge ? J'adorerais ! ! ! S'il y a une opportunité que ça se fasse je foncerais, bien sûr. Avec Fridge on a l'habitude de bosser tout seul, mais si c'est quelqu'un comme Jim O'Rourke... Quelle importance accordes-tu aux visuels ? J'ai beaucoup bossé avec un photographe qui s'appelle Jason Evans qui est un bon ami à moi. Il fait toutes les couvertures d'albums et les images. C'est très important pour moi, tu sais. J'adore les vinyles, J'achète beaucoup beaucoup de disques tout le temps. Quand tu rentres dans un magasin de disques, des fois il y en a qui sortent du lot par leurs graphismes, qui ressortent plus que d'autres. Je pense que comme des enfants, avec la même excitation je veux dire, les gens qui cherchent un disque se disent "tiens celui-ci à l'air cool, je devrais l'essayer". J'aime acheter des disques dont je n'ai jamais entendu parler par personne, et je me fie juste à la couverture, en me disant que l'artiste te met sur la voie. Ensuite je rentre chez moi, je le mets et effectivement c'est de la bonne came. J'ai été très satisfait avec les pochettes de mes disques, je pense qu'elles sont vraiment différentes, particulièrement dans la musique électronique. Les pochettes y ont toutes les mêmes méthodes de design graphique, tu peux tout de suite dire que c'est un album d'électro. J'avais envie de faire des pochettes qui soient plus originales. Pour finir on s'est tous demandé ce que pouvait être ce jouet que tu samples sur le dernier morceau de Rounds... Je ne sais pas ! J'ai récupéré ça sur un disque. Mais ça doit être le genre de jouet que tu donnes à un chien et qui fait "pouet" (rires).



Interview par Antoine
le 18/08/2003

Tags : Four Tet

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