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Captain Beefheat & His Magic Band

: Trout Mask Replica



sortie : 1969
label : Zappa Records
style : Free-rock / Rock psychédélique

Tracklist :
01/ Frownland 02/ The Dust Blows Forward 'N The Dust Blows Back 03/ Dachau Blues 04/ Ella Guru 05/ Hair Pie: Bake 1 06/ Moonlight On Vermont 07/ Pachuco Cadaver 08/ Bill's Corpse 09/ Sweet Sweet Bulbs 10/ Neon Meate Dream Of A Octafish 11/ China Pig
12/ My Human Gets Me Blues 13/ Dali's Car 14/ Hair Pie: Bake 2 15/ Pena 16/ Well 17/ When Big Joan Sets Up 18/ Fallin' Ditch 19/ Sugar'N Spikes 20/ Ant Man Bee 21/ Orange Claw Hammer - - > 28/ Veteran's Day Poppy

Tom Waits est une entité à part dans mon panthéon de la musique. Un personnage superbe, un univers torturé, sorti de nulle part, sombre, bordélique, excellent. Captain Beefheart était pour moi un inconnu…Mea culpa, mea maxi culpa! Sanctifier Tom Waits et ne pas connaître Captain Beefhearth, c’est connaître Jésus sans savoir qui est Dieu, c’est suivre le prophète sans avoir entendu parler d’Allah! C’est écouter Tom Cruise sans croire aux extraterrestres!

Captain Beefhearth, Don Van Vliet de son vrai nom, était un esprit foutraque qui a décidé avec ses acolytes du Magic Band dans les années 60-70 de tout simplement atomiser la vieille histoire quelque peu dogmatique du Rock. Blues band d’origine, Captain Beefheart & His Magic Band ont un jour pété les plombs et suivi leurs idées d’éclate musicale, de déconstruction et de mélange des genres. En l’an de grâce 1969 sortit leurs chef d’œuvre Trout Mask Replica, produit par l’ami Franck Zappa et sa maison de disque Straigth Record. Réjouissez vous chers frères, car cette évangile selon Saint Beefhearth est rééditée en 2013 par Zappa Record, pour notre salut à tous!

Il faudrait une thèse de psycho et une bonne dose de champignon pour analyser à fond cet album, et d’autre l’ont surement déjà fait. Pour faire simple, Beefhearth reprend les principes du Free Jazz et les appliquent au Blues, au Jazz, au Rock, et même à la Soul. Mais là ou le mouvement du Free Jazz se voulait complémentaire à un mouvement sociétal de retour à la terre africaine des musiciens blacks, avec déconstruction des morceaux et des rythmes occidentaux, Trout Mask Replica n’est complémentaire à aucune revendication, à aucun dogme si ce n'est à l’esprit déjanté de son auteur.

Absolument tout cavale sur cet album : les musiciens semblent courir comme des dératés derrière leur leader. Les cinq octaves de la voix du Captain crissent et déclament des textes incroyablement foutraques. Les notes dévalent des escaliers inversés en dérapant dans les étages. Les saxophones crient leurs souffrances à la face du ciel sous les coups de fouets de leurs bourreaux. Les cordes de guitares semblent être sur le point de céder à tout instant! Derrière ce bouillonnement créatif a lieu la déconstruction des rythmes, visible même sur l’enchaînement décadent des morceaux (28 pistes sur 1h20 d’album!).

De cette cornue d’alchimiste zinzin sortiront des monstres comme Tom Waits ou The Clash, et une tripoté d’autres groupes inspirés de cette pierre philosophale musicale. Des vapeurs de ce chaudron sont issus les bases du Punk, du Post-Punk, de l’indie Rock et d’autres musiques avant-gardistes.

Il est indéniable quand on y pense qu’une part de parodie et de désacralisation par la satyre fait partie intégrante de la création de l’auteur. On sent presque le plaisir que Beefheart a eu à bousculer les candélabres en argent poussiéreux du Rock, du blues et du Jazz à papa et à se servir du saint suaire de la Folk comme serviette de plage. Faire bouger les lignes de cette musique en les transformant en rire sans tomber dans l’irrespect des idoles, voila le tour de force du Captain !

Mais la réalité est plus complexe que ça. Car derrière l’aspect déconstruit et transfiguré des morceaux, on suit une pensée, celle d’un artiste complet qui suit son idée, son univers, jusqu’au bout, jusqu’à l’extrémité. A bien y réfléchir - car cet album fait réfléchir - on se pose une question : pourquoi? Qu’est ce qui fait qu’un jour on a envie de sortir d’un carcan et de s’enfoncer aussi loin dans quelque chose d’inconnu? Qu’est ce qui fait qu’un peu plus de dix ans plus tard, le Captain abandonna la musique pour se consacrer à la peinture? Une peinture d’où l’absence de ligne, de construction et d’influence fait furieusement penser à Trout Mask Replica! Comme si l’artiste avait changé d’outil pour l’expression d’un même message qu’il avait essayé de faire passer dix ans plus tôt sous forme musicale!

On le sent dans l’écoute, le groupe est dans l’exploration de sa propre création. Acteur et inventeur à la fois, et c’est ce qui fait la profondeur de la chose. L’album forme un tout. Difficile d’en détacher des morceaux en particulier tellement l’objet semble former quelque chose de fini, de total. Essayer d’appréhender l’œuvre de Beefheart, c’est comme regarder droit au fond des yeux de l’être supérieur, au risque de finir la cervelle carbonisée! Mais les prophètes furent par la suite assez nombreux à distiller cette sainte parole pour que le peuple d’en bas puisse profiter de choses plus structurées, plus mélodiques et moins psychédéliques qui n'aurait pas été sans Trout Mask Replica.

Amen.



Chroniqué par Vieux Singe
le 23/11/2013

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