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Robert Pete Williams

: Free Again



sortie : 1961
label : Prestige Bluesville
style : Blues

Tracklist :
01/ Free Again
02/ Almost Dead Blues
03/ Rolling Stone
04/ Two Wings
05/ A Thousand Miles From Nowhere
06/ Thumbing A Ride
07/ I’ve Grown So Ugly
08/ Death Blues
09/ Hobo Worried Blues
10/ Hay Cutting Song

Le blues c’est quoi ? Un noir et une histoire à chanter.

Robert Pete Williams a eu une histoire comme seul le blues peut en inventer.

Il voit le jour en Louisiane en 1914, au sein d'une famille de métayer. Il restera toute sa vie dans sa région de Bâton rouge, la Mecque du peuple du blues, dans l'ombre de ses ainés : Slim Harpo, Henry Gray ou Kenny Neal.

En 1956 le brave Robert bute un mec dans une boite de nuit. Légitime défense plaidera-t-il, mais à cette époque, être noir, pauvre et buter un mec, c’était un aller simple pour la chaise. Et si le mec était blanc (ce que l’histoire ne dit pas, et ce dont je doute vu le lieu du drame), le noir avait de la chance d’avoir un procès avant d’être six pieds sous terre, ou pendu à un arbre.

Direction la prison Angola pour Robert, le centre pénitentiaire de Louisiane, appelé ainsi car il abritait dans ses murs presque uniquement des noirs. Autant dire un centre d’esclavage institutionnalisé, une des pires prisons du pays, et la seule équipée pour la peine de mort.

Bon, j’entends déjà le taulier de dMute sortir la carabine et charger ses cartouches, donc parlons un peu musique.

Arrivèrent les années 60 et le Blues Revival: on redécouvre la musique noire, on la reprend, on s’en influence, et on l’étudie. La popularité des genres musicaux issus du blues auprès du public est telle qu'un retour aux racines devient vite nécessaire. On déterre les vieux Bluesman des années 30 et 40. Eric Clapton des Yarbirds ou The Animals reprennent des classiques de l’autre côté de l’océan Atlantique. Or il est intéressant de voir qu’en dehors de cette période, et sans les deux curieux qui vont suivre, Robert Pete Williams aurait servi de fusible sur la Mercy Seat.

Un folkloriste, le Dr. Harry Oster et un historien du Jazz, Richard Allen, entendent parler d’un musicien à Angola, et décident de se dépêcher de l’enregistrer, vu sa situation précaire. Ils reprennent ainsi la méthode d’exploration du folklore du Sud établie par le grand Alan Lomax, ethnomusicologue bien connu, qui fut le premier à étudier les racines du blues.

Miracle des miracles, les deux compères, impressionnés par la musique de Robert, obtiennent sa grâce en 1959 et le font sortir de prison en 1964… (Ça en dit long sur la qualité du dossier judiciaire…)

Free Again est le premier album de Robert Pete Williams, enregistré en 1961 par le label Prestige Bluesville. Dernière édition en date en 2011 sous l'égide des italiens de Doxy Music, spécialisés dans la musique américaine (folk, soul, blues et jazz) de la maison Abraxas.

Primo, c'est un blues pur, cristallin comme de l’eau de roche. C'est une définition. Robert est là avec sa guitare sèche pour tout accompagnement, et nous raconte sa vie d’avant, le purgatoire d'Angola et sa vie d’après.

On retrouve ici tous les éléments d’un bon blues des campagnes : la structure du question/réponse, les cris, les sujets de la dèche de tous les jours, et les paroles presque parlées.

Deuxio, et c’est paradoxal, quelques éléments notoires en font un blues assez unique et le distingue du swamp blues classique de Bâton-Rouge. D’abord son jeu à la guitare, très sec, parfois agressif, ne reprend pas la grille habituelle du blues. Il est plus obsédant, accompagnant merveilleusement des morceaux comme A Thousand Miles From Nowhere, petit chef-d’œuvre du genre. Mais Robert est aussi capable de fulgurances, comme dans Hobo worried Blues où ses cordes claquent comme des coups de fouets.

La deuxième chose qui fait l’originalité de ce blues, c’est son expérience dans le couloir de la mort d’Angola. Sujet qui revient très souvent dans les morceaux, les teintant d’une profondeur que tous les bluesmen ne sont pas capables d’atteindre. Et même quand, sur le morceau final (Hay Cutting Song), il parle de la tranquillité, on ne peut pas s’empêcher de prendre ses paroles pour ce qu’elles sont, celles d’un type qui est revenu de loin…

Free Again est un album sec et dur, à la fois classique dans la forme et le fond, mais original quant à l’histoire du musicien et sa maîtrise de la guitare. Un blues pas vraiment abordable pour un néophyte, un blues aride, originel, mais tellement solide et inscrit dans la grande histoire par l’histoire intime de Robert Pete Williams.



Chroniqué par Vieux Singe
le 19/10/2013

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