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Chris Watson

: In St.Cuthbert’s Time



sortie : 2013
label : Touch
style : Field recording

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Tracklist :
01/ Winter
02/ Lencten
03/ Sumor
04/ Haerfest

Après avoir parcouru le monde en quête de lieux et de sons insolites, Chris Watson propose ici un voyage dans le temps, à la recherche du paysage sonore de l’île de Lindisfarne tel qu’il se présentait au VIIème siècle.

Un des objectifs principaux du field recording est de capturer le paysage sonore, le son de l’environnement, en tant que biotope, en tant que milieu sonore dans lequel la vie des hommes, des animaux, des plantes se déroule, évolue. Ce milieu est à la fois le décor de leur activité, et le résultat de cette activité. Il l’influence, la conditionne parfois, mais est aussi constitué en retour par la vie qui s’y développe. Les chasseurs de sons se préoccupent donc pour une importante part de géographie. Les uns donnent à entendre des lieux, parfois banals, comme l’environnement urbain, la vie de tous les jours, le quotidien, d’autres des coins du monde plus exotiques, plus reculés, presque toujours étrangers au public auquel les captations sont destinées, quelquefois situés à l’écart de toute présence humaine. Les premiers veulent refléter un environnement commun à l’artiste et à ses auditeurs, comme une documentation à long terme, pas forcément objective. Ils savent que ce que le microphone capture est séparé de la réalité sonore telle qu’elle est perçue dans la vie courante. Ce qu’ils offrent est un point de vue distinct, une vision artistique, décalée, superposée à la réalité. Les seconds chercheurs se veulent au contraire explorateurs, ramenant de leurs périples des paysages que ne peut connaître le public, des événements qui ont eu lieu loin de lui et qui ont été fixés en son absence.

Depuis les premiers travaux artistiques comme scientifiques sur le paysage sonore, cette vision spatiale, topographique, a également comporté une part temporelle, historique. L’enregistrement est un moment dans le temps qui est figé pour une contemplation ultérieure, c’est déjà un souvenir, et sa fonction est celle d’un témoignage, d’un compte-rendu. Pour les premiers théoriciens du genre, de R.Murray Shafer à Barry Truax, le paysage sonore enregistré n’est toutefois pas un simple instantané d’un moment passé, destiné à ne plus jamais revenir. Il comporte des éléments permanents - ou qui se reproduisent de manière régulière - qui définissent un lieu, qui lui confèrent une personnalité unique. Ces éléments, que Schafer nommait des soundmarks, des marques sonores, sont des signaux qui sont partagés par tous les habitants de l’endroit, qui ont pour eux une valeur spécifique, et les déterminent culturellement. Ce sont ces sonorités locales, récurrentes, qui fondent pour Barry Truax une communauté acoustique, une collectivité qui se reconnaît dans le mélange unique formé en cet endroit par le bruit des éléments, de la faune, de la flore et de l’activité des hommes, qui se définit à travers lui, et peut associer à ces signaux une signification particulière, une indication temporelle, marquée par le labeur des jours, rythmée par le passage des saisons. L’enregistrement du paysage sonore peut alors témoigner du changement comme de la permanence, avec ou sans nostalgie, et faire le lien entre les époques, entre une région et son passé.

Depuis son premier album en solo, Stepping Into The Dark, en 1996, Chris Watson a toujours eu une grande attention pour l’atmosphère d’un lieu, pour sa couleur sonore, pour ce que le son peut raconter sur la vie d’une région, sur l’activité animale (depuis son départ de Cabaret Voltaire puis de l’Hafler Trio, il travaille comme preneur de son pour les documentaires animaliers de la BBC) ou humaine qui s’y déploie. Qu’il s’agisse d’un volcan islandais, d’une journée au bord de la rivière Mara, au Kenya, ou du dernier voyage d’un train sur la ligne qui traversait la cordillère des Andes, ses enregistrements ont tous une histoire à raconter, et Watson en assure la mise en scène. Ce disque est né d’une invitation de l’Institute of Avanced Studies de l’Université de Durham, au Nord de l’Angleterre, qui lui a commandité une installation sonore célébrant l’exposition des Evangiles de Lindisfarne dans la cathédrale de la ville en juillet 2013. Ce manuscrit historique, richement illuminé, réalisé aux alentours de l’an 960 par un moine nommé Eadfrith, tire son nom de l’île de Lindisfarne, siège du monastère du même nom fondé au VIIème siècle par des moines irlandais et qui fut le centre de l’évangélisation de l’Angleterre, avant d’être détruit par un raid Viking, et transféré à Durham. Ce monastère est placé sous le patronage de St.Cuthbert, ancien prieur de Lindisfarne qui y a introduit la liturgie romaine avant de se retirer pour vivre seul, dans une grotte, à partir de 676. De son vivant il avait institué des lois particulières sur les îles Farnes, afin de protéger les oiseaux qui venaient y nicher. Ces lois qui sont parmi les premières lois au monde sur la protection des oiseaux, visaient notamment les canards Eider, typiques de la région.

Partant de ces éléments, Watson a décidé de réaliser un portrait de l’île telle qu’elle était à l’époque de St.Cuthbert, et d’en reconstituer le paysage sonore tel qu’il a pu être vécu jour après jour par les moines. Leur vie était rythmée quotidiennement par l’alternance des tâches domestiques et des activités religieuses, et leur environnement était celui d’une île isolée. Il changeait imperceptiblement au fil des saisons, qui modifiaient le caractère de la mer qui l’entoure et de la faune qui l’habite. Chris Watson a reproduit ces saisons dans les quatre parties de son installation - Winter (l’hiver), Lencten (le printemps), Sumor (l’été) et Haerfest (l’automne) – à travers le chant des oiseaux caractéristiques de chacune, le ressac des marées, le tumulte du vent, réduisant la présence de l’homme au seul son de la clochette qui appelait jadis les moines à la prière à intervalles réguliers. Sa composition fait le lien avec l’amour de St.Cuthbert pour la nature et les oiseaux et tente de reproduire un environnement sonore qui n’a pu qu’influencer, trois siècles plus tard, la vie des moines absorbés dans la réalisation des manuscrits de Lindisfarne.

Chroniqué par Benoit Deuxant
le 27/07/2013

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