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Non Stop

: Road Movie en béquilles



sortie : 2005
label : Ici d'ailleurs
style : Hip Hop désespéré

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Tracklist :
01. devant ma nuque
02. ça m’arrive
03. idiot cherche village
04. toujours du vent sur les ponts
05. faut pas rester là
06. le vent ne tournera jamais
07. coeur dans le dos
08. on me dit jamais rien à moi
09. rien dans la culotte
10. s’en sortir

« J’suis pas dingue j’suis vigilant : quand je dors j’ronfle pas je grince des dents. » Phrase paranoïde semi-consciente qui résume à merveille l’univers textuello-sonore de Non Stop : au bord de la folie, Frédo Roman entraîne son auditoire bon gré mal gré (et c’est dans la violence qui force l’auditeur à suivre le rhapsode que réside l’intérêt de ce disque) dans son univers nihiliste, surréalisant, désespéré et où l’humour, au contraire de celui que pratique Fuzati (un humour qui, à la manière de Woody Allen, contrebalance la noirceur du propos et de la vision) ne fait ici qu’aggraver le tableau, rajoute des couches de carbone sur ce dessin au fusain déjà bien chargé, plus noir que blanc.

Chez Non Stop, il n’y a plus qu’un désespoir brut de décoffrage, propulsé avec une force inouïe par l’humour et l’accent toulousain de l’homme, à coups de punchlines enchaînées les unes après les autres jusqu’à laisser l’auditeur hagard. Rage d’une masse musculaire qui se bat sans même l’espoir de s’en sortir, de gagner le combat, mais comme par fatalité, parce que la vie en quelque sorte impose l’affrontement, la fureur lancée à la face de l’adversaire, et qu’importe le résultat. Et c’est sûrement ce désintérêt implicite de Non Stop quant à la réception de ses assauts répétés, cette ostentation du désespoir qui ne se préoccupe ni d’autocensure ni des bienséances, qui assurent à Road Movie en béquilles son authenticité, et donc sa force de frappe, et la boucle est ainsi bouclée. On est donc pas loin de Programme et de Diabologum, et c’est d’ailleurs Arnaud Michniak qui a produit l’album. D’où sûrement la proximité de ce disque hip hop avec un format chanson, tant les textes priment la musique dans la définition des contours de cet univers, la musique venant en quelque sorte charpenter le tout, offrir une forme, un cadre, un ensemble de structures où le tout viendra prendre sa tournure définitive.

On aurait tort de croire pourtant que la musique de Non Stop s’efface derrière le texte : au contraire elle est bel et bien là, présente, avec une autonomie réelle et une force d’invention suffisamment convaincante pour être appréhendée indépendamment du texte. Elle donne sa chair à cet univers de la parano et du désespoir, son ensemble de sensations et d’impressions imprononcées, et sa couleur (teintes rouge sang et noires privilégiées) au tout. Sonorités industrielles, progressions robotiques, sonorités pâteuses, poisseuses, où l’électronique et le digital deviennent analogiques à force d’être gluants, collants. Et de fait, chacun de ces treize morceaux est un cercle dans cet Enfer qui mène tout droit le pèlerin au beau conte fantastique conçu sous la forme d’un journal, Le Fils du soldat inconnu, où s’énonce la morale, ou plutôt la clé de cet univers (car ce monde vide de sens que montre Non Stop n’admet bien entendu aucune morale) : « Le désert est toujours le plus fort ». Frédo Roman ne vous laissera pas sortir la tête du sable.


Chroniqué par Mathias
le 31/10/2005

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3 commentaires

par Steph (le 01/10/2009)
Le dernier album de Nonstop "j'ai rien compris mais je suis d'accord" est à écouter d'urgence! Il est sorti il y'a quelques mois dans l'indifférence alors que c'est un chef d'oeuvre! Etonnant d'ailleurs qu'il n'y ait pas eu de chronique ici...

par nikkus (le 02/12/2008)
Cet album, à priori très abrupt, avec des arrangements frôlant parfois la cacophonie, avec ses sonorités indus et l'accent très présent de Fred Roman, peut laisser sur le carreau un bon paquet d'auditeurs lors de la première écoute. Et ça serait vraiment dommage de s'en arrêter à ça. Car c'est réellement un pur bijou du style hip-hop d'anticipation qui s'immice dans vos synapses, un peu à la manière du projet futuriste Gravité Zéro de Delleck et le Jouage, en nettement plus sombre, voir proche de la folie. On notera la fantastique chanson du Fils du Soldat Inconnu, voyage initiatique et chamanique, qui vous fera vivre une expérience auditive et fantasmatique très puissante. A réécouter de nombreuses fois en tous contextes.

par Jon Pol !! (le 15/05/2007)
Un album à découvrir au plus vite car il en vaut vraiment la peine ;)
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