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Benoît Delbecq

: Pianobook



sortie : 2005
label : Plush
style : Musique pour piano solo assisté par ordinateur

achat/téléchargement

Tracklist :
01/ Line 1
02/ Line 2
03/ Line 3
04/ Line 4
05/ Line 5
06/ Line 6

Le Pianobook, comme on parlerait d’un carnet de notes, bloc de papier brut dans lequel viennent s’entasser des morceaux hétérogènes de phrases, de pensées, de schémas, de départs : le lieu d’une écriture en équilibre instable, toujours inchoative, échange patient entre avancées minutieuses conquises sur le silence et libre élan de l’improvisation : le carnet est le laboratoire où se distille l’art de celui qui le tient, et le réceptacle destiné à tout accueillir.

Ce Pianobook de Benoît Delbecq est pourtant l’exact contraire d’un fourre-tout dans lequel il aurait fait entrer ses brouillons : au contraire, il s’agit plutôt d’une version étonnamment épurée, où l’on distingue le passage d’une sélection drastique, de ce qui a pu être son carnet de notes. Les trente-trois minutes de l’objets attestent ainsi de l’opération de distillation et de raffinage qu’ont subi les supposés carnets : rien que le strict nécessaire, et qui fait de ce disque une épure, modèle d’équilibre entre liberté du geste musical et vigilance avec laquelle ce geste est contrôlé, rectifié, révisé, retouché.

Le line-up est simple : Benoît Delbecq au piano préparé, Steve Arguëlles aux machines ; son rôle étant celui d’une « assistance électronique ». Dans ses phrases en suspension entre improvisation et écriture, Benoît Delbecq insère des fragments de hasard, avec les minuscules objets placés sur ses cordes, origines fortuites de bruits parasites, de micro-percussions, de vibrations et de bourdonnements métalliques. De quoi ébranler un peu plus, mais toujours subtilement et au risque de la vacillation puis de la chute, la position limitrophe du pianiste entre harmonie et dissonance. Notre homme marche le long de six lines, timelines des morceaux ramenés à l’abstraction de leur déroulement, à la simplicité de leur existence (laquelle suppose, la démonstration ici est magistrale de facilité, du temps – Delbecq fait entendre le temps silencieux du morceau, celui où le morceau prend place, duquel il émerge, avec lequel il danse, auquel il retourne quand il touche à sa fin), ou fil sur lequel le funambule avance, entre aisance du pas et inquiétude dissimulée du déséquilibre fatal, cela est tout un pour qui conçoit son Pianobook comme un exercice d’équilibriste mettant au défi le déséquilibre lui-même, inventant une rivalité tacite et fertile entre la stabilité et ce qui la menace, concevant lui-même la précarité architecturale et l’inéquation pondérale de l’ensemble qui s’ouvre sur un morceau de neuf minutes et qui en compte de bien plus courts par la suite.

A ces irrégularités de l’écriture s’ajoutent celles, infinitésimales, des machines d’Arguëlles : bousculer le rythme, étirer ou compresser le temps dans de courtes interventions, permuter les accords, les démultiplier le long d’échos incertains, troubler l’harmonie, confondre et perturber la mélodie, répandre ici et là des promesses de bouleversements, une once d’émoi et de désordre. Les transparences architectoniques de ce carnet n’ont pas fini de semer le trouble : une réussite !


Chroniqué par Mathias
le 25/10/2005

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