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Luigi Archetti / Bo Wiget

: Low Tide Digitals II



sortie : 2005
label : Rune Grammofon
style : Lo Wave Poetry

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Tracklist :
01/ Stück 12
02/ Stück 13
03/ Stück 14
04/ Stück 15
05/ Stück 16
06/ Stück 17
07/ Stück 18
08/ Stück 19
09/ Stück 20
10/ Stück 21
11/ Stück 22
12/ Stück 23

Une fois n'est pas coutume, Rune Grammofon ajoute une nouvelle pierre à son laboratoire, avec ce travail du guitariste Luigi Archetti et du violoncelliste Bo Wiget. Objectif de la rencontre, improviser à partir de ces deux instruments pour obtenir une matière sonore qu'il s'agira de retraiter jusqu'à la rendre méconnaissable, ou presque.

Travail d'une grande rigueur ouvert avec Low Tide Digitals, auquel fait suite cet album qui reprend les expériences dans l'exacte continuité de l'opus précédent : au Stück 12. Liste de titres qui suffit à juger de l'extrémisme minimaliste de la démarche, et qui place ce travail dans la lignée d'Oren Ambarchi pour l'improvisation instrumentale, d'AMM pour le bruitisme, de Fennesz, pour la séduction, de La Monte Young aussi pour cette capacité à étirer le son, à créer de la durée qui n'en finit pas de s'écouler, à ajouter du temps au temps. Ici pourtant, le duo a choisi de se concentrer sur les basses fréquences, dans ce qui fait dès lors figure d'art poétique de l'infrabasse. Exploration laborantine s'il en est, mais non dénuée de poésie, de sensibilité et d'attrait.

Et certes, les basses fréquences ne sont pas les seules présentes ici, mais tout, en quelque sorte, vise à les magnifier, les célébrer, les mettre en valeur, les faire sonner différemment, de manière nouvelle. Comme sur Stück 14, où les nappes de guitares servent d'écrin à des pulsations homéopathiques. A d'autres endroits, la basse s'impose souverainement, de manière conquérante et presque terrifiante, comme dan Stück 13, machine à faire vibrer le plexus, à faire se déplacer d'invisibles masses à l'intérieur du corps. Et quand les hautes fréquences ont la parole, comme dans la pluie grésillante de Stück 15, il semble qu'elles visent à rendre tangible l'absence de basses.

Le tout ne serait probablement qu'un énième essai d'improvisation alliée au sound-process si certains titres ne se chargeaient d'instiller d'inquiétantes atmosphères en noir et blanc, en aigus et graves (Stück 16, le violoncelle que l'on reconnaît encore, avant qu'il soit défiguré, oblitéré, biffé par le silence, sur Stück 19). Pas de notes ici, ni de mélodies, ni d'harmonies, mais comme la tentative de bâtir la musique sur des rapports d'une abstraction extrême : non plus rapports des notes entres elles sur un axe vertical ou horizontal mais rapport de fréquences, rapport des graves avec les aigus, selon une gamme à la fois large et restreinte de possibles. Rapport de valeurs sonores, comme le noir entretient des rapports avec le blanc. La liberté à l'intérieur d'un cadre strict (Stück 20). Carré noir sur fond blanc, et quelque chose de l'ordre d'une angoisse de la page blanche, comme si cet album déplaçait le problème du rapport son / silence au profit d'un rapport grave / aigu (Stück 21, Stück 18).

En son terme et de manière insidieuse, inattendue, ce disque cérébral qui se donnait de prime abord comme une pure expérience de physique sonore, dérive lentement vers une angoisse sourde, une peur primordiale, celle du vide, de la nuit après le jour, de la blancheur d'une page qui ne s'écrit pas.

Chroniqué par Mathias
le 23/09/2005

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