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Les Georges Leningrad

: Sur Les Traces De Black Eskimo



sortie : 2005
label : Tomlab
style : Rock pétrochimique

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Tracklist :
1/ Missing Gary
2/ Sponsorships
3/ Black Eskimo
4/ Nebraska's Valentine
5/ Umiarjuaq
6/ Wunderkind #2
7/ Supa Doopa
8/ St-Mary's Memorial Hall
9/ Pekin Pekin
10/ Richard
11/ Fifi F.
12/ Comment Te Dire Adieu ?

La musique de Les Georges Leningrad est un art brut, et réalise en quelque sorte un rêve de rock'n'roll, ce que cette musique est en puissance, son horizon final. Quelque chose d'à la fois parfaitement naïf, profondément sauvage et régressif, coloré, drôle et avenant mais totalement primordial. Ce rock là n'appartient à aucune culture rock, et même à aucune culture musicale, il s'agit de post-music, quelque chose qui excède les sphères de la musique pour approcher le cri et le bruit. Et pourtant, les filiations, qu'il serait vain d'énumérer, existent : Suicide, le punk, Einstürzende Neubauten, The Residents… Tous ces groupes qui ont finalement peu à voir avec la chose rock et pratiquent un son minimal et industriel. Mais le rock industriel, Les Georges Leningrad y échappent encore, eux qui s'autoproclament "rock pétrochimique". Vanité aussi que d'expliquer les paradoxes d'un rock primordial aux ascendants repérables ; le résultat est là : un objet brut. Sur Wunderkind # 2, quand Bobo Boutin entonne "One, two, three, four…", c'est en hurlant, pour un morceau rockabilly et garage désaccordé au bord du cri. Du rock pétrochimique, donc.

Cet objet qui nous renvoie à un imaginaire proto-industriel, boueux, puant et gluant comme une marée noire, manifeste donc un sens aigu de la dérision, meilleure arme pour tout décloisonner, se soustraire au connu et gagner au pas de course l'inconnu : en atteste le dialogue qui ouvre Missing Gary, où une voix anglophone à l'accent chinois affirme s'appeler Ming et nous entraîne dans un délire verbal pour le moins difficile à cerner, ou ces voix québecquoises hilarantes entonnant une leçon de philosophie de haute volée sur la place de l'homme dans la nature sur Richard.

Le rock de Les Georges Leningrad, en dépit de ses rêves de pétrochimie, n'est pas raffiné pour un sou : il se situerait plutôt en amont de la raffinerie. Umiarjuaq est un enchevêtrement informel de sifflements de tuyauteries, de sons électroniques saturés, de bout de métal qui s'entrechoquent en guise de rythmique. La musique de Les Georges Leningrad n'est pas déconstruite, elle n'est tout simplement pas construite. Les Georges Leningrad, ou comment échapper à tout appareil conceptuel.

Que me reste-t-il alors pour parler de leur musique ? Des bribes de description qui tenteront de faire entendre sur le papier les cris et hurlements de ce terrassement musical. Au moins peut-on dire que, d'un morceau à l'autre, la musique de Les Georges Leningrad reste facilement identifiable : monorythmies obsessionnelles, binaires et frénétiques, percussions métalliques volontiers arythmiques lorgnant vers le free jazz, sons synthétiques ne formant souvent qu'une seule masse sonore avec la guitare et donnant ces étonnants effets de nappes plates. Voilà le noyau dur de la musique de Les Georges Leningrad. Quoi d'autre ? Rien du tout : cette musique n'est qu'un noyau dur. Elle est à la fois complètement primordiale et totalement achevée tant semble extrême le terme atteint, le lieu où elle se situe. Impossible d'aller en arrière – comment une telle musique pourrait-elle encore régresser ? – impossible également d'aller plus loin – comment une telle musique pourrait-elle être plus brute ? Quand un piano apparaît sur St-Mary's Memorial Hall, c'est pour être démonté au bout d'une minute dans un fracas bruitiste. Idem pour le saxophone de Pekin Pekin – à moins que ce ne soit un violon ? Impossible de savoir, tant le son est torturé !

Le plus étonnant reste sans doute de voir tout cela donner lieu à des chansons rock'n'roll échevelées et suantes : l'entraînant et dansant Supa Doopa et sa batterie presque swing, les basses saturées et "remuant-des-hanches" de Black Eskimo, les accents de blues de Nebraska's Valentine ou la rythmique punk de Fifi F. Et, cerise sur le gâteau, ovni à l'intérieur de l'ovni, centre vide en forme de pied de nez où vient s'abîmer toute la fureur sonique du trio, Comment te dire adieu ?, étrange comptine au glockenspiel à la beauté spéciale, certes bancale, brute sans contredit, mais où le silence et la retenue trouvent naturellement leur place, apportent une respiration, un espace, un peu d'ampleur presque inquiétante dans son calme. Silence…


Chroniqué par Mathias
le 03/07/2005

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