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: Windsor for the Derby : Empathy for People Unknown



Retour sur Windsor For The Derby, groupe américain ayant traversé en sous-marin (comprenez : dans l'indifférence générale) les années 2000 avec une discrétion n'ayant d'égale que la belle inspiration de leur indie-pop faussement modeste.

The Emotional Rescue (2002)

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Windsor for the Derby a déjà quelques albums au compteur lorqu'il sort The Emotional Rescue. Les bizarreries instrumentales quelque peu nébuleuses emmenées notamment par la moitié de Stars of the Lid Adam Witzie ont laissé place à un nouvel agencement de la formation ouvrant la voie à une musique limpide aux desseins pop plus assumés. L'album arrivait peu de temps après le magnifique In The Afternoon de L'Altra sur le label feu Aesthetics, proposant après les teintes automnales du quator chicagoan une folk pop ouatée dans laquelle la guitare acoustique joue souvent le premier rôle (Now I Know the Sea, Indonesian Guitars). À l'instar d'un groupe tel que Hood, Windsor for the Derby se révèle moins pertinent dans son "songwriting" que dans son aptitude à créer des ambiances lancinantes, donnant ici à entendre non pas une collection de chansons mais plutôt un enchaînement d'humeurs tantôt lumineuses (The Emotional Rescue) tantôt ténébreuses (Fall of '68). La suite donnera raison à cette impression.

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We Fight Til Death (2004)

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Fixé autour de la paire Dan Matz et Jason McNeely, le groupe à géométrie variable basé au Texas franchi un cap avec ce nouvel opus que l'on peut aisément qualifier de sommet dans leur carrière. Avec We Fight Til Death - jeu d'acronymes sur le nom du groupe - Windsor for the Derby souhaite en effet en découdre et va se ressourcer dans la plupart des courants en marge qu'il affectionne tant. Si leur goût prononcé pour les motifs répétitifs pouvait atteindre une certaine limite sur The Emotional Rescue, il devient ici un formidable générateur à compositions, à la fois concises et percutantes. En puisant ainsi dans le passé de la cold wave (The Door Is Red), du garage (We Fight Til Death), du krautrock (For People Unknown) voire de la synth-pop (The Melody of a Fallen Tree, Logic and Surprise), l'album s'inscrit à sa manière dans cette scène revival qui secouait le rock au début des années 2000. Il en brosserait même avec le recul l'un de ses portraits les plus inspirés.

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Give Up the Ghost (2005)

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Distribué seulement un an après We Fight Til Death, l'album Give Up The Ghost semblerait être une sorte de petit frère. Petit par la durée certes (15 minutes de moins) mais néanmoins nourri des mêmes ambitions que son prédécesseur, à cheval entre indie-pop claire comme de l'eau de roche et expérimentations contenues. Que certaines approximations dans l'enregistrement assez lo-fi de l'album ou dans le chant parfois inégal de Dan Matz ne freinent pas l'auditeur pour si peu, ce dernier passerait à côté d'une pépite finalement très sympathique du groupe. Ou comment Windsor for the Derby arrive à extraire de quelques accords minimalistes des chansons qui font sens (Giving Up , Every Word you Ever Said et sa fin cristalline). On retrouve ici de fines percées new wave (Empathy for People Unknown, Praise) ou garage-rock (Gathering) qui ont fait les belles heures de l'album précédent mais Give Up The Ghost se veut plus planant et offre certaines compositions cosmiques du plus bel effet dans lesquelles l'acoustique revient à l'honneur (l'instrumentale The Front, la lunaire The Lights Is On ci-dessous). Un must.

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How We Lost (2008)

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Légèrement boudé par la presse et le public lors de sa sortie, le nom que donna le groupe à son septième album était finalement aussi prémonitoire qu'évocateur. "Comment nous avons perdu". Le succès (toutes proportions gardées), la reconnaissance, l'estime, un regain tardif d'intérêt, etc... Il faut dire que Windsor for the Derby s'emploie toujours dans sa musique à jouer la carte de la subtilité en brouillant les pistes et semble ne jamais vouloir exploiter pleinement le potentiel tubesque de certaines chansons. Plus ouvertement pop (Hold On et ses chœurs), How We Lost est peut-être l'autre sommet de leur discographie et rappelle par moment le meilleur de Yo La Tengo par certaines aspérités doucement shoegaze (What We Want, Good Things nous ramènerait presque à l'époque de l'album Painful) ou par son efficacité (Maladies, Fallen of the Earth). Là encore le groupe reste maître dans l'art de la création d'atmosphères addictives : la lente introduction cotonneuse de Let Go (ci-dessous), le finale en apesanteur de la belle Spirit Fade. À bien des égards How We Lost est l'un des beaux disques oubliés de l'indie-pop de la décennie prédécente.

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Against Love (2010)

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Dernier album en date des américains avant un hiatus à durée indéterminée, Against Love ne change en rien à la recette clairement attachante que l'on connaît d'eux mais s'impose toutefois comme leur disque le plus accessible soit une porte d'entrée idéale pour le néophyte qui souherait découvrir le groupe. Cette œuvre particulièrement soignée accueille d'emblée l'auditeur dans un sauna de vapeurs ambient, s'en suivra une flopée de chansons autour de la thématique des amours déchues oscillant entre dream pop (Autumn Song, Queen of the Sun), folk sans fioriture (After Love ci-dessous, Our Love's A Calamity, Dull Knives) et un certain intimisme mélancolique (Cursed Ages). Hormis quelques magnifiques interludes (Singer 1968, Hips), Windsor for the Derby embrasse ici pleinement son rôle de formation indie-pop de haute volée toujours sur le fil entre ombre et lumière, entre mélodisme et expérimentation, entre modernité et nostalgie. Le groupe laisse à n'en pas douter derrière lui un silence discographique fort regrettable.



par Romain
le 17/04/2020

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