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Dossier

: 555-Charlotte : Travail, famille, médias



Succès commercial annoncé, 5:55 de Charlotte Gainsbourg tire son thème d'une nuit que l'on imagine facilement sans sommeil, à moins qu'à la manière des séries américaines, il ne faille lire dans ces trois 5 l'indicatif fictif d'une conversation téléphonique impossible.

Rarement campagne de promotion aura été aussi obscène. Sur TF1, on se dit que c'est une seconde nature, surtout aux heures de grande écoute. Dans les colonnes du très respecté journal Le Monde, cela devient plus intrigant, pour ne pas dire inquiétant.




Ainsi, dans son entretien pleine page avec Charlotte Gainsbourg (Le Monde du samedi 6 septembre 2006, p. 27), ayant expédié les questions musicales, Véronique Mortaigne s'attaque-t-elle au vif du sujet : "Avez-vous l'impression de combler un manque, celui de votre père, omniprésent ? - S'il y a un vide, ce n'est pas moi qui vais le combler !". Insatisfaite, elle renchérit : "Votre album doit-il davantage à votre père ou à votre mère ? - Je ne me suis pas préoccupée de cela, j'ai pris partout." L'affaire est close, n'est-ce pas ? Non. "Avez-vous cherché à reproduire les sons, l'atmosphère de L'Histoire de Melody Nelson, l'album concept de votre père paru en 1971 et arrangé par Jean-Claude Vannier ? - Non".




Que dire encore de la remarque d'un journaliste du New Musical Express qui souligne que 5:55 est "plus incestueux que Serge ne l'a jamais été" ?




On savait la critique musicale nécrophile, mais tout de même, ici, on ne suggère plus, on n'enquête même pas, on trouve derrière la figure peut-être trop lisse de l'ex-jeune fille Charlotte la trace d'un père qui pèse encore lourd sur le monde de la musique.




Et, quand ce sont les capacités vocales limitées de la chanteuse qu'on évoque - un peu comme si l'on affirmait, affectant de le découvrir, que la terre tourne - alors que c'est le présupposé le plus évident de 5:55 de jouer sur le timbre et la texture de la voix ainsi qu'avec sa non-résonance -, ce n'est jamais que pour souligner que "le charme opère pourtant, comme avec maman" (Stéphane Davet, Le Monde, ibid.).




Le devenir-people du monde médiatique - ou plus exactement, son être-people, puisque cette mutation est désormais achevée - n'est pas en soi une découverte. Ce qui l'est peut-être plus, c'est le fait que les journaux les plus sérieux s'y adonnent désormais sans hésitation, ni pudeur ni retenue. La musique n'y est que le prétexte à l'inquisition de la vie privée des vivants avec, en ligne de mire, les morts plus célèbres et plus captivants que leur progéniture. Aussi, les vivants finissent-ils par intéresser moins par leur personnalité que par leur capacité à évoquer le souvenir des morts ou des absents et à les convoquer parmi nous.




Pour ses auteurs et son interprète, 5:55 est peut-être une métaphore de la nuit ; pour ses critiques, c'est surtout un moyen de communiquer avec dieu le père : pour joindre Serge, composez le 555-CHARLOTTE.




Le disque de Charlotte n'est pas immortel - loin s'en faut - c'est un disque de pop agréable. À qui en revient le principal mérite : son interprète ou ses auteurs-compositeurs-producteurs? La réponse ne va pas de soi. On peut dire toutefois avec une certaine assurance qu'il n'intéresserait pas autant et qu'il ne se vendrait pas aussi bien si Charlotte en était le seul sujet.




Si Charlotte en avait été le seul sujet, on aurait pu parler (de la) musique



par Jérôme Orsoni
le 11/09/2006

Tags : Dossier

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