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Florilège musicopathe

: #24 : Vagues



On rattrape dans ce florilège une poignée de belles sorties de cette rentrée, sélection d'artistes souvent défendus dans nos pages (Low, Tim Hecker) mais rejoints par quelques nouveaux venus...

Low - Hey What (Sub Pop)

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Le couple du Minnesota poursuit ici la recherche d'une nouvelle esthétique sonore entamée avec l'arrivée en 2016 du producteur BJ Burton derrière la console de mixage. Après le synthétique Ones & Sixes et la radicalité bruitiste de Double Negative, Hey What s'inscrit dans une sorte d'entre-deux empruntant au premier son mélodisme limpide voire libérateur et au second ses textures sonores abrasives parfois (volontairement) écrasantes. Low ayant parfois fonctionné par cycle dans sa dense discographie (leurs trois premiers albums slowcore, la parenthèse pop Secret Name / Things We Lost In The Fire avec Steve Albini...), on serait tenté de penser que ce Hey What boucle peut-être une trilogie placée sous le signe de l'hybridation et de l'expérimentation. Comme son prédécesseur, cet album chaud/froid se révèle au fil des écoutes et doit moins être perçu comme une collection de nouvelles chansons à écouter séparément que comme un ensemble cohérent d'humeurs mouvantes portées par quelques belles digressions electro-ambient (le noyau de l'album Hey et Days Like These) et par les magnifiques vocalises de Mimi Parker et d'Alan Sparhawk, encore et toujours.

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Quicksand - Distant Populations (Epitaph)

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Après les humeurs mouvantes de Low, aventurons-nous dans les "sables mouvants" de la formation new yorkaise culte Quicksand. Rappelons qu'avant ce nouvel opus, le quator n'a que trois albums à son actif, débutant dans les années 90 avec une fusion entre le grunge à grosses guitares de Nirvana et le post-hardcore furieux de Fugazi – l'implaccable Slip en 1993 et Manic Compression deux ans plus tard – avant d'éteindre les amplis pendant plus de 20 ans. Quicksand remet le pied à l'étrier en 2017 avec Interiors, belle réussite voyant toutefois le groupe calmer le jeu et s'ouvrir à plus de mélodisme dans des compositions enlevées louchant parfois vers le Deftones récent. Une évolution pas si étonnante lordque l'on sait que Sergio Vega a rejoint ces derniers après le décès de leur bassiste Chi Cheng et joue simultanément dans les deux groupes. Le groupe revient cette fois-ci en trio après l'arrestation du guitariste Tom Capone pour vol à l'étalage (sic) et resserre les vis pour nous offrir un des gros calibres de rock alternatif de cette année. Les morceaux imparables s'enchaînent et les riffs noisy fusent en pagaille sur ce Distant Populations lourd et et cinglant parsemé de quelques ballades bien senties (Brushed et Phase 90) servies par la voix impeccable de Walter Schreifels.

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Tim Hecker - The North Water (Lakeshore Records)

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On savait la frontière plutôt poreuse entre les musiques de films et les musiques dites ambient avec toutes les sous-catégories que cela contient. Il n'est donc pas suprenant d'assister à l'excursion de quelques figures majeures du genre dans l'univers de la bande son, y compris dans les séries. Après Ben Frost pour la série Dark (Netflix) ou encore Hildur Guðnadóttir pour l'excellente mini-série HBO Chernobyl, c'est au tour de Tim Hecker de s'atteler à l'écriture de la musique de The North Water, série qui paraît-il vaut clairement le détour. Si nous pouvions redouter dans ce type d'œuvres de commande un amenuisement de la puissance immersive des compositions de l'américain au détriment du cahier des charges à respecter, force est d'avouer que The North Water ne constitue en rien un objet mineur dans l'œuvre de Tim Hecker. Si l'album est certes plus décousu et fragmenté qu'à l'accoutumée, se pliant tout simplement aux exigeances de l'univers visuel et dramaturgique qu'il doit savoir accompagner, il n'en reste pas moins une belle expérience ambient rassemblant la plupart des obsessions sonores de son auteur et livrant in fine de grands moments extatiques.

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Grouper - Shade (Kranky)

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Liz Harris (a.k.a Grouper) est un personnage musical fascinant. Personnage dans le sens où l'identité musicale qui la constitue semble parfois provenir d'un monde fictif voire iréel, d'un songe ou d'un film de.. disons Kelly Reichardt, autant pour la merveilleuse épure de son art que pour l'état de l'Oregon dans lequel est aussi installé cette autrice compositrice à part pour ne pas dire hors norme. En effet, Liz Harris développe une œuvre interstitielle et gracieuse réduisant à peau de chagrin la frontière entre la folk intimiste, l'ambient granuleux ou encore la dream pop de Cocteau Twins. Si Grouper multipliait il y a quelques années les albums et autres collaborations (avec Xiu Xiu ou Jefre Cantu-Ledesma), ses sorties se rarifient avec le temps depuis le magnifique Ruins en 2014. Ainsi Grid of Points (2018) n'était qu'un mini-album et ce Shade reste une compilation de morceaux inédits issus de ces 15 dernières années dont certains peuvent évoquer Elliott Smith (Unclean Mind ci-dessous). Mais que l'on se rassure, c'est aussi et surtout cette esthétique vaporeuse de l'effacement qui donne à cette œuvre fragile toute sa beauté miraculeuse. Shade est un pur joyau nocturne déployant discrètement ses ailes dans un murmur.

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BRNDA - Do You Like Salt ? (Crafted Sounds)

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Est-ce que l'on aime le sel ? Pas tant que ça.. Si l'on met un tel exhausteur de goût dans un plat, ça en dit long sur la fadeur de celui-ci. Mais le plat que nous sert le jeune et flamboyant groupe BRNDA (prononcez Brenda) n'en aura nullement besoin tant leur musique respire la fraîcheur et l'explosion de saveurs. BRNDA a sorti cette année un nouvel album (leur troisième) hélas passé relativement inaperçu alors que le rock virevoltant qu'ils jouent, quelque part entre l'énergie biscornue du post-punk, l'efficacité mélodique de l'indie-pop et les approximations touchantes de la lo-fi, a tout pour faire parler de lui en ces temps éternellement revivals. Si le quator est originaire de Washington DC, on pense cependant moins à la scène du label Dischord qu'à des groupes comme les Breeders (notamment sur les morceaux chantés par la batteuse Leah Gage) ou plus récemment Parquet Courts. Do You Like Salt ? est donc un album revigorant, un peu slacker sur les bords et fort sympathique qui mérite pleinement à se faire connaître. Vivement la suite.

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Various Artists - La Ola Interior : Spanish Ambient & Acid Exoticism 1983​-​1990 (Les Disques Bongo Joe)

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Fouiller dans les disquaires a toujours du bon. Une pochette intrigante, un titre original ("la vague intérieure") et une présentation annonçant un programme fort alléchant, il n'en faut pas plus pour tenter le coup et s'immerger dans un pan inconnu de la musique expérimentale, à savoir la mouvance ambiante espagnole des années 80. Distribuée chez les Disques Bongo Joe (Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, La Tène ou les débuts d'Altin Gün) et initiée par Loïc Diaz Ronda, cette anthologie plonge dans la fameuse música discreta, creusant le sillon théorique de Brian Eno qui parlait lui-même, au sujet de l'ambient, d'une musique "que l'on doit pouvoir ignorer autant que s'y intéresser". Et si on décide de s'y intéresser, il faut bien dire que la diversité des nombreux artistes présents sur cette compilation propose une expérience sensorielle "intérieure" multiple, méditative mais également accessible. Celle-ci renvoie aux musiques électroacoustiques, à la kosmische musik et à certaines sonorités ethniques comme sur l'orientalisante Malagueñas 2 de Javier Segura, sorte de prémice au Pyramid Song de Radiohead. Un très beau disque.

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Karen Peris - A Song Is Way Above The Lawn (autoproduit)

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Nous avions débuté ce florilège par le couple Low, nous bouclons la boucle en l'achevant sur un autre couple américain, de Pennsylvanie celui-ci. Karen et Don Peris ont formé The Innocence Mission en 1985, autre formation discrète, autre discographie remarquable gardant encore aujourd'hui toute sa pertinence. Les deux derniers albums du groupe – Sun On the Square en 2018 et See You Tomorrow en 2020 – faisaient même partie de leurs plus beaux. A Song Is Way Above The Lawn sort cette année sous le nom de Karen Peris telle une œuvre solitaire, il est pourtant difficile d'y distinguer une différence tant Karen, très majoritairement chanteuse autrice et compositrice de The Innocence Mission, reste quoiqu'il arrive le cœur de ce projet. L'album fait ici la part belle au piano, quand il n'est pas appuyé par les arrangements subtils et épars de son mari ou de ses enfants. Karen Peris nous offre ici une nouvelle collection de chansons folk et chamber pop de haute volée, destinées cette fois-ci aux enfants, ce à quoi sa voix singulièrement douce et enfantine ne peux être qu'en accord. Chef d'œuvre pour petits et grands.



par Romain
le 03/11/2021

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