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Godspeed You Black Emperor

: @ Trianon - 2016-08-17



Les mythiques Godspeed You Black Emperor se produisaient dans la salle du Trianon. Sans surprise le set était dantesque, sans répit, mémorable. Notre compte rendu sans boules Quies...

Il y a des groupes qui marquent une adolescence, Godspeed You ! Black Emperor est de ceux-là. Avec le recul je comprends mieux ce qu'ils ont eu de transitoire dans mon jeune rapport à la musique. Le collectif était en soit le prolongement moderne du rock progressif dans lequel j'ai en partie baigné dans mon enfance (Pink Floyd, King Crimson...) et ouvrait au-delà de ça une porte vers la plupart de mes découvertes musicales à venir. Un album polymorphe comme Lift Yr Skinny Fists like Antennas to Heaven (2000) ouvrait d'ailleurs plusieurs portes: musique de chambre, noisy rock Sonic Youthien, ambiances crépusculaires, spoken words etc.. Godspeed sortait à cette époque une poignée d'albums magnifiques comme autant de manifestes appelés à vite devenir les fers de lance du post-rock des années 2000, avec ce que ça inclue ensuite de bonnes et mauvaises pioches.

Malgré cette haute estime que j'ai d'eux, c'est ce soir la première fois que je les vois en concert, partagé entre l'émotion de découvrir sur scène un des groupes cultes de mes jeunes années et la crainte de voir un mythe s'effondrer, ou du moins s'effriter quelque peu. Il faut dire que le groupe s'est vu rattrapé par une horde de suiveurs plus ou moins talentueux et par une reformation dantesque ayant écrasé le genre pour toute la décennie: Swans.

Kevin Doria, membre du groupe Growing éclairé sur scène d'une simple poursuite, a déjà ouvert le set avec une sorte de drone ambient plongeant la salle dans un mur de guitares shoegaze. Le terme shoegaze prend d'ailleurs avec lui tout son sens, le garçon ne cessant jamais de fixer des yeux ses pédales d'effets delay, assis sur une chaise et tête baissée. L'acoustique est bonne, la composition est immersive, elle installe l'auditoire dans une sorte de messe méditative qui par son ambiance ouvre parfaitement la voie au fameux groupe qui suivra. Néanmoins je ne peux m'empêcher de penser qu'aujourd'hui il doit en exister à la pelle des gars comme Kevin Doria, c'est-à-dire des gars avec une guitare électrique, des pédales de distorsion ou de delay et d'énormes tours d'amplis. Une première partie planante quoique légèrement impersonnelle.

C'est au tour de GY!BE d'entrer en scène, la violoniste Sophie Trudeau accompagnée d'un contrebassiste lancent les premières notes et viennent chauffer le bois. Ils sont rejoints par le reste de la bande, je ne me souviens plus du nombre exact. Sept, peut-être huit au total. Je reconnais Efrim Menuck et sa masse capillaire imposante mais les autres têtes m'échappent. Il faut dire que le groupe a toujours agit dans l'ombre des médias et la seule photo "presse" que l'on a d'eux est celle-ci, ce qui n'aide pas. Le groupe est installé et au complet, une introduction provenant des ténèbres fait progressivement vibrer le sol. Je suis rassuré de voir que mes chers Godspeed gardent à mes yeux cette même intensité électrisant leurs albums. Tremblez mortels ! Les projections sont lancées sur la grande toile du fond: le mot "Hope" s'y inscrit en gros (comme c'est souvent le cas lors de leurs concerts ai-je pu lire). C'est peu dire qu'il nous en faut de l'espoir en cette ère troublée. La musique de Godspeed s'offre encore à nous comme une expérience cathartique dans laquelle peuvent peut-être cicatriser les blessures de notre temps, et près de 20 ans plus tard le mot "espoir" sait encore résonner de tout son poids symbolique.

Les canadiens enchaînent sur deux compositions marathoniennes: Mladic (anciennement Albanian) et son lent crescendo bruitiste et arabisant ainsi que Behemoth, pièce en trois mouvements constituant la totalité de leur dernier album Asunder, Sweet and Other Distress. L'éxécution est massive, elle ne laisse aucun répit et encore moins d'espoir. Les projections à l'arrière plan deviennent de plus en plus fragmentées, les images sont exclusivement en noir et blanc, comme si la couleur ne pouvait convenir aux compositions charbonneuses du groupe.

C'est une nouvelle composition qui succède à cette première heure de set (déjà). Le morceau est tout aussi massif mais plus mélodique, presque "pop" pour du Godspeed, perçant le ciel ombrageux d'un éclairci plutôt bienvenu. La projection révèle alors des images d'immeubles en construction et de friches industrielles filmées par une grue ascensionnelle, s'élevant ainsi jusqu'au ciel. Les images ne sont jamais inutiles au show, elles apportent au contraire une métaphore et un complément visuel à ce que donne à entendre Godspeed dans sa musique, soit des compositions souvent ascensionnelles elles aussi, mais surtout fragilisées par des lacunes qui chez eux n'en sont pas. Technique de jeu parfois approximative, minimalisme mélodique, des sentiments vite balayés par ces poings maigrelets ("Skinny Fists") sachant construire modestement de beaux monuments avec si peu, des monuments que l'on prend plaisir à revisiter.

En parlant de monuments, arrive ensuite la sublime BBF3 qui clôture le set. Cette composition en forme de rollercoaster me rappelle à quel point les accalmies du groupe ont autant d'importance que les explosions soniques. C'est même un aspect qu'ils travaillent peut-être de plus en plus dans leurs morceaux là où les crescendo et decrescendo obéissent à un mécanisme déjà plus éculé. Ces moments de flottement ou de guitares agonisantes sont souvent ce que je préfère, et c'est aussi le cas sur scène. Fin du set, les membres du groupe quittent la scène un à un, laissant leurs instruments bouillants consumer leurs dernières flammes dans un dernier drone assourdissant. On le sait: Godspeed You ! Black Emperor n'est pas du genre à faire de faux rappels comme le font 99% des artistes. Non, si on veut un rappel de Godspeed il faut aller le chercher, quand bien même la lumière se rallume peu à peu. Alors on crie, tout le monde crie, longtemps.. Ils reviennent, avec la mythique Moya et ses enchevêtrements de guitares. Dernières explosions, d'électricité, de joie et finalement d'espoir. "Hope"



par Romain
le 18/08/2016

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1 commentaire

par Kalu (le 31/08/2016)
Chouette CR
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