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Heliogabale + Tim + Emboe

: @ Instants Chavirés - 2016-03-19



Heliogabale, l'un des groupes cultes de la scène noise française, s'est rendu aux Instants Chavirés à l'endroit même où ils commençaient à donner des concerts. Il ne fallait pas louper ça. Notre compte rendu des points d'audition perdus.

En voilà une soirée noise qui s'annonce bien. Déjà pour le lieu: la petite salle mythique des Instants Chavirés. Puis pour la présence d'Heliogabale en tête d'affiche, groupe culte de la scène rock noise parisienne signé sur le non moins culte label Prohibited Records, label qui fêtait justement ses 20 ans l'année dernière.

J'arrive à 20h30 pétantes sur les lieux avec du Ithaca Trio dans les écouteurs. Pas sûr que cette musique légère et flottante me prépare à la déferlante de décibels qui va suivre.. Je croise sur place une vieille connaissance rencontrée lors de certains concerts rock, et pas des moindres (Don Caballero, The Jesus Lizard à la Villette Sonique...), il me dit que c'est lui qui organise la soirée. Carrément. On a pas mal de choses à se raconter mais dans le vacarme sonore du premier set qui a déjà commencé, on attendra plutôt les respirations du prochain entracte.

Je m'approche de la scène pour voir qui est à l'origine d'un tel boucan. Surprise: ce n'est pas un groupe mais un mec tout seul sur scène avec sa guitare. Emboe, diminutif d'Emmanuel Boeuf, superpose les effets de guitare et crée ainsi un son lourd et puissant que l'acoustique de la pièce rend tout juste acceptable, ce qui a un concert de noise est inacceptable. On est masochiste ou on ne l'est pas. Il est vite rejoint par Sasha Andrès (chanteuse d'Heliogabale) le temps d'une petite douceur électrique puis termine sa prestation en faisant subir tous les sévices à sa jazzmaster, la posant même à un moment en plein milieu du public, attendant peut-être de notre part une sorte d'happening qui n'arrivera pas. Broyés par le son crasseux de sa boîte à rythmes, les coups qu'il inflige à sa guitare ne sont pas sans rappeler le Sonic Youth d'une de leurs grandes époques, celle de 1995 et du génial Washing Machine. Et ce n'est pas si anodin car le dernier Ep d'Emboe reprend le fameux The Diamond Sea du groupe, Emmanuel Boeuf s'autoproclamant d'ailleurs fan inconditionnel du dit album. Comme sur le finale de ce morceau gigantesque, le guitariste va triturer son instrument dans tous les sens en mode Monsieur Bricolage, baguettes de batterie calées entre les cordes comme le faisait si bien Thurston Moore et Lee Ranaldo. La boucle est ainsi bouclée, merci Emboe pour ce plaisir masochiste retrouvé et les trois points d'audition que je viens de perdre sous cette véritable pluie de larsens.

Tim doit bientôt s'installer. Avec un tel nom j'imagine qu'un autre gars va se pointer seul sur scène mais ce sont finalement 6 membres qui déboulent. Deux batteries, deux basses, une guitare et une trompette. On sent que ça va poutrer. Bon, en effet ça poutre, mais je n'accroche pas plus que ça. Ni au son faisant trop primer une lourdeur plutôt mal rendue par l'acoustique de la scène, ni à leurs compositions manquant d'accrocs et de finesse. On a tendance à l'oublier mais derrière sa nuisance sonore apparente et ses violentes avalanches de distorsions, la noise est une musique sinueuse qui joue beaucoup de ses éraflures, de ses cassures et de ses tensions. Mais le groupe va progressivement interpréter quelques morceaux assez efficaces, moins bruts de décoffrage, moins étouffants aussi. Ils sont eux aussi rejoints par Sasha Andrès, reine des lieux toujours aussi classe dans ses robes noires, lors d'un final lyrique et tonitruant qui restera sûrement le meilleur morceau du set.

Ahh Heliogabale. Ce groupe possède une discographie si riche et variée qu'on ne sait jamais trop à quel concert on va assister, dans quelles ambiances vont-ils piocher. C'est finalement une double actualité du quartet qui guidera cette prestation. En effet, Heliogabale vient récemment de rééditer ses deux premiers albums - Yolk (1995) et To Pee (1996) - et s'apprête à sortir un nouveau disque. S'enchaîne ainsi de vieux classiques autour desquels viennent s'intercaler quelques morceaux plus récents tel My Happy Fly de l'excellent album Diving Rooms (2004), très certainement mon préféré. Rappelons aussi que c'est aux Instants Chavirés qu'Heliogabale se produisait à leurs débuts. Ce live est peut-être une façon de nous prouver qu'en plus de 20 ans, la passion qu'ils gardent pour la noise et quelques autres courants dangereusement alternatifs coule toujours autant dans leurs veines.

Le groupe nous présente également de nouvelles chansons comme autant de belles promesses pour ce nouvel opus dans les tuyaux. Le set est hargneux et sans répit, offrant même un rappel ultraviolent avec Mein Natur et Bone Structure Matters. Chez eux, la scène s'apparente à un ring ne gardant de la complexité de leurs chansons qu'un flot de rugissements permanent. Ce flot passe peut-être à côté d'une multitude de subtilités définissant leur musique mais livre par ailleurs une décharge électrique sans pareille. Dans les oreilles et dans les dents. Vivement l'album, je l'écouterai quand j'aurai retrouvé mes 6 points d'audition. Retour au bercail avec la suite de mon album d'Ithaca Trio qui vient doucement m'apporter du baume sonore à mes acouphènes.



par Romain
le 20/03/2016

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