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Sufjan Stevens

: @ Grand Rex - Le 9 septembre 2015 -



On n'imaginait pas le jeune génie de la folk américaine Sufjan Stevens remplir à ras bord la salle du Grand Rex deux jours consécutifs. En tout cas on y était nous aussi, hélas en haut du dernier balcon. Compte-rendu sans jumelles

A vrai dire, je m'étais un peu éloigné de Sufjan Stevens ces dernières années, la faute à des albums légèrement boursouflés ne m'ayant que moyennement convaincu après son magistral Come on feel the Illinoise de 2005. Cet album clôturait prématurément ce projet fou qu'il avait commencé à entreprendre à l'époque, à savoir celui de composer un disque (ou une oeuvre) pour chaque état des Etats-Unis. Le jeune Sufjan avait la folie des grandeurs mais hélas cela ne dura qu'un temps et il laissa tomber le projet dès son second chapitre. C'est aujourd'hui un Sufjan Stevens intimiste et creusé par le deuil qui refait surface. Nous n'en avions pas parlé sur le site mais son dernier album est de ceux qui vous touchent en plein coeur, un album aux mélodies enveloppantes offrant un cocon cher au recueillement des âmes abymées. Voir l'américain défendre ce magnifique Carrie & Lowell presque Elliott Smithien dans l'âme dans le cadre somptueux du Grand Rex valait forcément le déplacement mais soulevait aussi une crainte: est-ce que l'épure des nouvelles compositions de l'américain n'allait pas être dénaturée par un show grandiose ?

J'arrive légèrement à la bourre en parfaite compagnie, nous entrons dans la salle vers 20h et nous nous installons là où il reste de la place c'est-à-dire tout en haut du dernier balcon du Grand Rex qui pour le coup n'aura jamais aussi bien porté son nom. De là où nous sommes placés, la scène ressemble à un théâtre miniature et les musiciens sont réduits à de lointaines silhouettes. La première partie est un duo folk offrant un agréable fond sonore à nos récits de vacances mais ne marquant pas plus que ça. Extinction des feux première: ça y est ça commence. Nous distinguons au loin 6 musiciens, Sufjan compris, qui vont se montrer particulièrement polyvalents tout au long du concert, jouant aux chaises musicales entre différents postes attribués et de nombreux instruments présents sur scène (guitares, ukulélé, trompette, pedal steel, banjo, percussions etc). Clairement, la star ici n'est pas Sufjan Stevens mais ce collectif de musiciens multi-instrumentistes se passant le relai et dont le modeste américain ne se présentera jamais comme le leader mais plutôt comme un membre à part. La symbiose agissant entre eux va littéralement porter les chansons ouatées de Carrie & Lowell dans cette gigantesque salle. L'album est ici joué quasiment dans son intégralité, alternant entre interprétations fidèles et sensibles lors des chansons les plus intimes et exécutions au forceps pour les autres.

Cette manière de revisiter l'album en y insuflant une certaine ampleur propre à la scène va souvent nous emporter et rarement nous décevoir. On regrettera toutefois quelques effets d'échos dispensables sur la voix du chanteur et un final trop électrique sur Forth of July laissant la beauté flottante de la fin du morceau - un des plus beaux de l'album - se faire assommer à coups de massue. Mais on peut voir dans cette version plus énergique de ce memento mori (ce "We're all gonna die" répété plusieurs fois) une volonté de ne pas se laisser abattre par le deuil et combattre ainsi la perte d'un être cher par un sursaut de vie. Si une partie du charme vaporeux de la chanson originale disparaît, comme sur certains autres morceaux revisités façon big band pour le live, une certaine émotion de victoire sur la vie affleure lors de ces moments plus enlevés. Aux grandes scènes les grands moyens, Sufjan Stevens et sa troupe ont finalement réussi à transformer la salle géante du Grand Rex en ce même cocon enveloppant que propose son dernier album.

Quelques anciens morceaux s'invitèrent aussi à la représentation: la montagne russe inversée Sister du très beau Seven Swans (2004) ou encore Vesuvius d'Age of Adz (2010) et ses variations du meilleur effet. Retour au dernier album avec un Blue Bucket of Gold qui clôture le show avec un final dantesque de plus de 10 minutes que l'on attendait pas tant il tranche avec le reste du concert. De cette montée plus proche du post-rock de Mogwai que de son univers folk de chambre joué près du feu de cheminée, on pourrait penser que terminer de cette façon est une facilité qui aurait pu être évitée. Cependant une vraie puissance hypnotique va se dégager de ce final servi par des jeux de lumières classieux lui donnant des airs de light show psychédélique.

Extinctions des feux deuxième, standing ovation méritée, on attend impatiemment le rappel avec des étincelles dans les yeux et les oreilles. Le groupe revient en mode détente donner une demi-heure bonus faisant la part belle à quelques vieux classiques d'Illinoise: Concerning the UFO que Sufjan, casquette vissée sur le crâne, semble foirer quelques notes derrière son piano mais on le pardonne, l'inévitable John Wayne Gacy Jr, Casimir Pulasky Day et forcément Chicago. Extinction des feux, troisième et dernière. On sort de la salle bouche bée et le sourire aux lèvres en se disant que le concert aurait pu durer toute la nuit. En se disant surtout que le bonheur se joue à peu de choses, c'est-à-dire à des mélodies simples et évidentes que quelques silhouettes lointaines viennent de jouer à l'horizon et qui, de là où on était, ont quand même su nous emporter plus que jamais. Loin des yeux, proche du coeur, il semblerait que la musique touchant au sublime de Sufjan Stevens possède une portée tenant parfaitement la distance.



par Romain
le 14/09/2015

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