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Nils Frahm + Grey Reverend + Sleepingdog

: @ Café de la Danse - 17/02/2012



Notre compte rendu

En à peine quelques mois, Nils Frahm vient de placer au centre de l'attention Felt, son dernier album. Mais quoi d'étonnant à cela ? Il perpétue cette tradition très appréciée de la musique pop au piano qui a pour origine plus ou moins lointaine Erik Satie, Philip Glass,John Adams ou Steve Reich et est représentée aujourd'hui par des musiciens aussi différents que Sylvain Chauveau, Yann Tiersen, Dustin O'Halloran ou Eluvium. L'atout principal de Nils Frahm est cependant, sans commune mesure, d'assumer totalement l'aspect ludique de cette formule qui mêle sans aucun complexe romantisme, modernité domestiquée, thèmes cinématographiques et musiques nouvelles.

Il y a eu aussi ses concerts remarqués, d'abord à la Route du Rock (reportage sur Arte pour l'occasion) et à la Blogothèque (soirée ultra-secrète filmée également). Les vidéos de ces deux évènements ont fait le tour de la toile, le charme a opéré et le bouche à oreille, semble-t-il, a fait son travail. Résultat des courses, le nombre de ses suiveurs a augmenté significativement, et dépasse maintenant le cadre strict des amateurs de modern-classical. Bref, quatre mois après son passage aux Instants Chavirés et à la Blogothèque, le voilà donc propulsé tête d'affiche du classieux Café de la Danse. Il le reconnaît lui-même, en France du moins, il n'a pas l'habitude de se produire devant plus de 40 personnes (si la soirée est réussi). Il peut remercier la Blogothèque, dont les sbires paraissent avoir œuvrer en souterrain pour que cette soirée puisse avoir lieu (des indices sérieux nous le laisseraient penser…). Avouons simplement qu'une agence de com' n'aurait pas fait mieux que ces deux belles vidéos. Elles disent : "avec ce type derrière son instrument, vous ne vous ferez pas chier à un concert de piano solo". Ça a dû bouleverser la vision du monde de pas mal de gens…

A en juger sur pièce, ce vendredi 17 février, on ne nous a pas trompé sur la marchandise. Nils Frahm s'avère posséder un véritable talent de showman. En entrée, l'homme est seul derrière son micro, il nous parle lentement et à voix basse et installe une atmosphère des plus intimistes. Mais le ton est à l'auto-dérision, à l'humour désopilant : quoi de mieux que de partager ses petites douleurs humiliantes chez son dentiste pour créer un lien particulier avec son audience d'un soir ! Quelques pitreries savamment dosées seront aussi proposées, sans doute pour conjurer le décorum un peu austère de ce sempiternel grand piano attendant son serviteur au milieu de la scène, plongée dans une pudique obscurité. Encore une fois la mission est accomplie et nous en saluons la discrétion.
Quand la musique démarre, finalement assez rapidement, le spectacle ne s'arrête pas là. Mais cette fois l'ambiance change radicalement...Nils Frahm sait manier les contrastes. L'air grave, il se lance dans une danse incroyable derrière son piano et son synthétiseur. Accroché au clavier, secoué par un état de transe, l'homme saisi dans un effort titanesque, se vide de sa sueur qui vient maculer les touches de son instrument. Rarement un pianiste aura fourni un engagement physique aussi soutenu. Quand il quitte son piano, ce n'est plus Nils Frahm, c'est Mohamed Ali au bord de l'évanouissement après le combat du siècle. Ce type est un sacré personnage!

Je devine votre perplexité. A ce stade de mon humble report, on pourrait franchement se demander si la musique n'en était pas devenu secondaire ? Heureusement, je n'en ai pas eu l'impression. Même si il faut bien admettre que c'est en Klaus Schulze du XXIe siècle, version de poche, ou en Steve Reich dilettante que le pianiste allemand se montre le plus captivant. Dès que le rythme de ses frappes ralentit, bref, dès qu'il revient au romantisme poli de certaines de ses contines, la sauce est un poil plus laborieuse mais pas indigeste pour autant. Tout l'intérêt de sa musique réside aussi dans un jeu habile de montagnes russes selon qu'il passe de son grand piano au synthétiseur, se sert de boucles électroniques, revient à plus d'épure ou fait feu de tout bois, avec une maîtrise qui force à tout moment le respect. Les quelques problèmes techniques rencontrés par le musicien n'entameront d'ailleurs en rien son énergie et son enthousiasme à tout crin. Parmi les meilleurs moments de cette soirée, on retient le sublime morceau d'ouverture, dédié à la Blogothèque. Construit à partir d'une note frappée sans discontinuer, il fait s'enchainer les climats particulièrement dramatiques au piano puis au synthétiseur, dans la pure tradition répétitive d'un Steve Reich période Music for 18 Musicians. Enfin, l'interprétation de More, le morceau qui clôt Felt sur une apothéose, est tout aussi remarquable. Plus orageuse et tortueuse, la version donnée sur scène par Nils Frahm joue la carte de la grandiloquence et de l'intensité. On était alors plongé au cœur du cyclone.

A côté de ça, ses prédécesseurs sur scène n'auront pas laissé un souvenir impérissable. Nils Frahm était bien au-dessus du lot ce soir, n'en déplaise à Grey Reverend et aux duo Sleepingdog (qui compte pourtant dans ses rangs Adam Wiltzie, membre des Stars of the Lid ou d'A Winged Victory for The Sullen). Pas que leur musique soit d'un ennui mortel, mais disons que l'ensemble sonne un peu plus convenu. Pour Nils Frahm en live et en toutes circonstances, nous recommandons chaudement...

par Mickael B.
le 22/02/2012

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