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Tortoise + Rob Mazurek + Kevin Drumm

: @ Cité de la Musique - 12/09/2008



Notre compte rendu

Il fallait y être pour entendre quelque chose de l'inactualité de la musique. Ou : Tortoise qui, depuis le début des années 1990, ne cesse d'évoluer, d'avancer, de continuer dans la rupture là où d'autres ne parviennent qu'à se reproduire et se dégénérer. Il fallait y être pour entendre une musique à la fois si proche de la perfection et si vivante qu'elle est comme totalement ouverte, immédiatement accessible. Il fallait y être pour éclipser des souvenirs de concert (celui de l'année dernière, par exemple) ou plutôt les surpasser, tant ici tout aura été spontané et maîtrisé, simple et produit jusqu'à l'excès. Ici, donc, tout aura été fait pour ravir.

Accompagné de Rob Mazurek (trompette) et de Kevin Drumm (machines), Tortoise a donné une performance dense et détendue, évoluant toujours entre le jazz le plus libre, la pop la plus binaire, les sonorités noise et les rythmiques superposées qui groovent et font danser les corps. Principalement construit autour de TNT et Standards, ce concert aura été le lieu d'expérimentations sonores destinées à articuler les pièces entre elles, comme cette improvisation libre au terme de laquelle — comme si ça allait de soi — le thème de Monica est exposé, le lieu de faire entendre à neuf les plus belles pièces de la discographie du groupe (I set my face to the hillside, Swung from the gutter) et encore : de pousser un peu plus loin l'expérience du disque, comme ce fut le cas sur Seneca et Salt the skies. Autant Seneca est efficace sur disque, autant je trouve Salt the skies (version It's all around you) poussive. À la Cité de la Musique, les deux titres auront été approfondis et intensifiés. L'introduction de Seneca donnant lieu à un déluge de roulements qui, repoussant les limites de l'audition — Rob Mazurek apportant un supplément de souffle, sinon d'âme — permet de saisir l'écart qui sépare les extrêmes au sein desquels Tortoise évolue. Et, Salt the skies qui, sur scène, prend tout son sens, toutes ses formes, devient en fait une véritable pièce, ample, contrastée. Là, le groupe est peut-être encore plus cohérent qu'ailleurs, sachant jouer lourd et avoir les pieds légers, marquer les accents et les laisser s'échapper, faire entendre une mélodie, la broyer et la rendre à l'auditeur qui n'en demandait pas tant.

Il est bon de s'apercevoir que tout ne passe pas nécessairement, que certaines choses demeurent. C'est rassurant, certes. Mais, lorsque c'est aussi enthousiasmant que Tortoise en concert, c'est aussi la source d'un authentique bonheur.

par Jérôme Orsoni
le 13/09/2008

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