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Frank Riggio

: Interview avec Frank Riggio



Frank Riggio, c’est son nom. Amon Tobin c’est son idole, son métronome. En octobre, le Toulousain sortait , son deuxième album, clairement influencé par le maître brésilien. Qu’est ce qui différencie le petit poucet du géant Tobin ? La notoriété bien sûr, mais aussi le style, moins évasif et plus ciblé que le protégé de Ninja Tune. Le talent. La folie en moins. Rencontre avec ce passionné de 28 ans qui tire son nom de ses origines siciliennes.

Depuis quand es-tu dans la musique ?

Depuis très jeune. Je me souviens m'amuser avec une boîte à rythmes pourrie alors que je n'avais que 12 ans. J’ai sérieusement commencé à 16 ans en tant que DJ, je mixais de l'acid. Très vite, je me suis penché vers la production. La musique qui m’intéressait était la hardtekno underground, à fond les bpm, et monsieur kick en chef d’orchestre. J'étais dans le milieu des rave party, le coté free me plaisait beaucoup. En 1999, avec l’aide de Raph, un ami et musicien, nous avons fondé notre propre label « Sagaloops. » Nous avons sorti une quinzaine de maxis, mais j'ai vite été lassé du milieu et surtout par le côté répétitif de cette musique. Début 2006 j’ai décidé d’arrêter le label pour commencer un nouveau projet musical, le projet Frank Riggio.

Tu pratiques certains instruments ?


Non. Quoique je dois avouer m’être récemment acheté des guimbardes « dan moï. » J’aimerais apprendre à jouer de la contrebasse aussi, c’est dans mes projets. Mais je ne me considère pas du tout comme un musicien, j’essaie de produire une musique organique mais je pense être plus un programmeur et sound-designer. Si tu me parles de solfège je suis perdu, par contre si tu me parles de controllers, de time strectch, de compresseur ou de flanger, là je me sens à l’aise.

La musique électronique, tu en écoutes depuis longtemps ? Quelles ont été tes influences ?

Oui depuis mon enfance, j’écoutais beaucoup d’acid, des trucs comme Acid Fever, Brain ou Communiqué, mais la première musique que j’ai affectionné c’est le hip-hop, Iam, NTM, Beastie Boys, Public Enemy, Cypress Hill… J’ai grandi dans  le milieu du basket-ball, le hip-hop y est lié.

Maintenant, j’écoute de tout. Il y a du bon partout ! Dans mon style et pour ne citer que mes favoris, je dirais Amon Tobin, Squarepusher, Aphex Twin, Dj Shadow, Massive Attack, Xploding Plastix, plus récemment Flying Lotus ou d’autres musiciens moins connus comme Syl Kougaï. J’adore les musiques de films comme Angelo Badalamenti, Ennio Morricone ou Eric Serra. Cela reste une grande influence pour moi.

Quelles difficultés as-tu rencontré pour produire ce second album ? Quels enseignements avais-tu tiré du premier album Visible in Darkness ?
 
La difficulté première que j’ai rencontré sur Anamorphose était de rester focalisé sur le but que je m’étais fixé : ne pas m’égarer comme je l’avais fait sur le premier album. On tire tous des leçons des erreurs que l’on fait, surtout quand on est autodidacte. C’est ce qui te permet d’apprendre.

Sur ce premier album, j’ai produit les 12 morceaux sans vraiment réfléchir à un concept bien précis, j’ai juste pris du plaisir. Je crois que Visible in Darkness est avant tout une régurgitation de mes influences, surtout celle d’Amon Tobin.

As-tu eu un sentiment de progression ? De choses qu'il fallait améliorer ?

Avec Anamorphose, j’ai essayé de produire un LP qui pourrait se rapprocher d’une BO de film futuriste et dark, 14 titres qui forment une unité de sons, une couleur, un album cohérent où chaque piste créée une scène différente. Je voulais un résultat qui fasse appel aux images, que l’on puisse imaginer son propre scénario.

Je trouve la production bien plus mature et maîtrisée sur Anamorphose. Donc oui, j’ai un sentiment de progression, j’espère progresser musicalement et humainement tout au long de ma vie.

On sent clairement l'influence d'Amon Tobin sur tes morceaux. C'est un choix assumé ? Pourquoi ?

Ha ha ! La question à 10 000 dollars ! Bien sûr que c’est un choix assumé, jen suis même très fier. Etre comparé à un tel artiste c’est plus que gratifiant. Je suis littéralement tombé amoureux de son album Out from out where, qui reste à ce jour, toutes musiques confondues, mon album favori. Je suis le fan qui imite son idole. Je ne cherche pas à être unique. Je sais que je vais progresser vers quelque chose de plus personnel, il faut juste prendre le temps, mais ça ne hante pas mes nuits.

« Amon Tobin, Aphex Twin, Squarepusher… J’aimerais leur dire merci d’exister. »

Pour revenir à Amon Tobin, j’adore sa façon de mélanger les émotions, il arrive parfaitement à trouver un « juste milieu » dans ses productions, complexes mais pas prise de tête, dark mais  pas déprimant, du pur esthétisme… C’est quelqu’un qui possède un vrai univers avec beaucoup de choses à raconter. Il apporte tellement a notre milieu, au même titre qu’Aphex Twin ou Squarepusher. J’aimerais leur dire merci d’exister.

Qu'est ce qui te différencie de lui ?

Euh… Le nombre d’auditeurs sur Last.fm ? Il en a environ 300 000 de plus ! Plus sérieusement … Je sais pas trop, peut-être au niveau des ambiances, son passé jungle et jazzy que je n’ai pas, nous avons un parcours carrément différent. C’est dur de répondre, de porter un réel jugement sur sa propre musique… C’est aux auditeurs de nous différencier.

Comment procèdes-tu pour créer ta musique ?

La méthodologie reste toujours la même pour chaque morceau, mais le travail de texture et de composition change très souvent, j’ai pas envie de rentrer dans une routine de production qui pourrait nuire à ma santé mentale à la longue… Avant de produire un album, il me faut énormément de matière, donc j’écoute beaucoup de musique, peu importe le style, jazz, rock, blues, BO, musique orientale, musique psyché...

En règle générale, j’ai une idée bien précise de ce que je veux faire.  Etre « homme orchestre » c’est éprouvant pour le cerveau donc je prends beaucoup de notes, pour économiser des neurones. Ensuite, j’essaie de me rapprocher de mon fantasme, car il faut bien l’admettre ça ne sonne jamais exactement comme tu veux. Le plus souvent, je commence par chercher un sample que servira de colonne vertébrale. Une fois que j’ai trouvé mon bonheur, je le modifie un minimum, cut up, reverse, pitch, time strech ou je le découpe en petits bouts pour inverser le sens des notes.

« Je cherche vraiment une émotion »

Des fois, je prends un petit bout d’un sample pour le lier à un petit bout d’un autre pour ne faire qu’un, un vrai travail de fourmi. Il faut vraiment être patient et sûrement un petit peu "fou" pour travailler le son de la sorte. En règle générale, je répète ce processus pour tous les échantillons, avant de composer la rythmique. Parfois c’est l’inverse, je commence par une grosse rythmique, puis je greffe les samples sur celle ci, comme pour le morceau Derdra Silodar.

Est-ce toi qui enregistre tes samples comme le fait Tobin ?
 
J’utilise près de 800 samples pour un album. J’en enregistre pas mal moi-même, plus particulièrement les percussions. On peut tirer un son dit « percussif » sur n’importe quel objet en le faisant tout simplement communiquer avec un autre. Les combinaisons sont infinies, c’est passionnant. Quand j’en ai l’occasion, j’enregistre des musiciens, mais cela représente une infime partie de ma matière. 70 % des samples que j’utilise viennent des sources sonores qui passent entre mes mains : vinyl, cd, dvd, k7…

Ce deuxième album est moins diversifié que le premier en terme de style, est ce un choix de se spécialiser ? Si tu devais définir ton style musical ?

Oui et non, je ne veux pas me spécialiser, j’essaie de proposer quelque chose d’un peu différent sur chaque album. Je ne voulais pas faire un « Visible in Darkness 2 », et le 3e album sonnera différemment des deux premiers. J’aime avant tout me foutre des frissons tout seul dans mon studio, être le spectateur de ma musique. Je cherche vraiment une émotion, une qualité de son. C’est pour ça que j’adore les BO de films : la qualité sonore est magnifique et on y trouve de vraies situations acoustiques. L’espace stéréo est utilisé au possible, haut-bas, gauche-droite et devant-derrière, ça change des trois quarts des mix commerciaux compressés au maximum où le vumètre varie qu’entre 0 et -1db.

Ma musique est basée sur le sampling avant tout, d’une certaine façon, je dépends du choix des samples, donc de leur propre style. Si on voulait mettre ma musique dans une case, on pourrait la mettre dans l‘électro cinématique.

As-tu déjà joué en live ?

Non je ne fais pas de live avec le projet Frank Riggio. Je suis focalisé sur les productions studio uniquement. De plus, je pense qu’un live tout seul de ma musique sonnerait bien trop "stérile" voire pathétique. Peut-être que je me pencherai sur la chose plus tard, mais pour l’instant c’est vraiment pas une envie. Je ne crache pas dessus, mais venir présenter ma musique en faisant juste "play" je vois pas l’intérêt.

Après l'épreuve délicate du second album, quels sont les projets pour l'avenir ?

Je viens de terminer mon 3e album, qui sortira en 2009. Si tout se passe bien il sera dispo en vinyl et mp3. Sinon je travaille actuellement sur un EP, qui sortira sous le label Omelette Records. J’ai décidé de le proposer en free download début 2009 avant la sortie du 3e album. Quelques remixes en vue aussi. J’essaie de rester productif. J’aimerais également travailler dans le milieu du cinéma, mais malheureusement ça ne tient pas qu’à moi. C’est plus une ambition qu’un projet.

Pourquoi un EP en free download ?

Pour être franc, c’est avant tout un coup promotionnel. J’ai aussi envie de faire plaisir aux gens qui aiment ma musique, ce ne sera pas du tout un EP b-side, ce genre de morceaux ni trop nuls ni trop biens dont on ne sais pas quoi en faire. Je travaille sérieusement dessus, c’est un vrai projet. N’étant pas signé sur un gros label, je fais ce que je peux pour faire connaître ma musique, et je trouve qu’actuellement, c‘est une bonne chose de proposer du son en téléchargement libre.

Merci à toi et bonne chance pour la suite.



Interview par Camille
le 14/12/2008

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