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Calibre

: Interview avec Calibre



Interview réalisée dans les backstages de la soirée I Love Jungle

Petit éclairage sur un des Djs les plus prolifiques de la scène Drum’n’Bass anglaise

Est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, comment tu as commencé la musique ?


Le violon. Ca a été mon initiation à la musique. Quand j’étais gamin à l’école ils nous ont fait passer des tests et j’ai pas mal réussi le test d’écoute musicale je crois enfin je me rappelle même plus ce que j’ai fait ; mais ils m’ont sorti de la classe pour jouer du violon.
Mais je trouvais que tout ce truc autour de l’école de musique, cette approche officielle à la musique métronomique était vraiment oppressant et j’ai perdu ce sentiment seulement quand j’ai été bien plus âgé ; je jouais de la musique irlandaise dans un groupe, j’étais au violon et au tin-whistle (NDLR : sorte de flûte traditionnelle qui ressemble un peu au fifre) et là j’ai commencé à trouver une sorte de liberté dans la musique, je jouais parfois avec des joueurs de musique irlandaise connus qui venaient à l’école.
J’ai senti que je devais dessiner ou écrire la musique, et durant mes années de « College » j’me suis vraiment décidé. La musique c’était une forme d’art plus spontanée pour moi.
Mais bon voilà comment j’ai commencé : je jouais du violon dans un endroit bizarre à Belfast.


Et quand est-ce que tu as commencé la musique électronique ? Parce qu’après le violon tu as fait du rock aussi non ?


Oui. J’avais commencé la batterie quand j’étais ado et j’étais fou de ça, j’ai toujours eu de la sensibilité pour les éléments percussifs quand j’étais plus jeune; à chaque fois que j’écoutais de la musique irlandaise je me concentrais sur le bodhran (NDLR : tambour traditionnel irlandais), ça m’a toujours attiré. Et aussi bien sûr en Irlande du Nord tu as les défilés qui sont très percussifs, les musiciens qui marchent et les lourdes percussions. Donc tout était déjà là, c’était juste une question de temps et quand la musique électronique est arrivée après le Rock’n’Roll ça m’a plutôt ouvert les yeux sur une certaine façon de composer, plutôt que d’aligner des beats. Il y avait quelque chose de différent dans la musique électronique : tu as l’indépendance de ta composition et tu as le contrôle de tous les éléments, ce que tu n’as pas nécessairement dans un groupe de Rock.


Et tu as commencé comme Dj ou compositeur ?


Par l’écriture. Je me suis mis au Djaying sérieusement seulement depuis peut être 5 ans et j’ai appris devant le public, ce qui parfois est le meilleur apprentissage. Tu dois sortir l’énergie et avoir la tête claire.


Tu as commencé par la D’n’b ?


Non. J’allais aux soirées du Sugar Sweet à Belfast organisées par David Holmes et Anderson, je sais pas si le lieu existe encore où si les Djs y tournent encore. Mais enfin quand j’ai commencé à composer de la musique électronique, j’avais un clavier sur lequel je pouvais enregistrer et jouer mes sons, j’improvisais les arrangements et quand j’allais dans ce club c’était dans ce quoi j’étais : la Techno et la mixture des musiques qui tournaient à l’époque, je crois que c’était plus métissé et moins définissable il y avait beaucoup de croisements. Ca m’a fait une bonne introduction à la musique électronique, j’essayais de composer pas mal de trucs différents.


Oui et en fait en parcourant ta discographie on trouve la D’n’B qui est peut être ce pour quoi tu es connu le plus mais il y a aussi de la Deep House. Et tu utilises aussi ta voix n’est-ce pas ?


Oui. La première fois c’était sur Deep Everytime, c’était une commande. Mais j’avais tellement honte de ma voix que j’ai détruit le morceau, j’ai gardé le master mais j’ai détruit le morceau, les voix enfin tous les arrangements et là Fabio m’a appelé en me disant qu’il voulait me signer sur son album et qu’il y a avait du potentiel sur ce morceau. Je sais que Everything but the Girl voulait le remixer. Ils aimaient vraiment le morceau et malheureusement ça n’a pas pu se faire parce que j’avais bazardé les parties du morceau et il était pas question que je rechante à nouveau. Mais c’est vrai, j’utilise ma voix.


Avec ce fond musical riche, la musique classique et le rock, tu savais comment trouver l’accroche d’un bon morceau quand tu t’es mis à la D’n’B ?


En fait tu sais je pense pas que j’ai considéré le problème dans ces termes. Je l’ai fais juste par amour de la musique. Quand je m’y suis mis j’ai fait 12 ou 20 morceaux rapidement, puis j’ai ralenti la cadence. Je compose toujours beaucoup mais il y a de grands espaces maintenant entre les compos à cause du Djaying. Mais tu sais tu n’as pas cette idée quand tu te lances, même si le résultat est là. J’aime vraiment ce que pensait Cage sur les concours de circonstances.


C’est intéressant parce que si on choisit par exemple Don’t Watch This qui est sur ton dernier album qui a un beat magnifique et qu’on le compare à Drop It Down que tu as joué ce soir. C’est des morceaux totalement différents. Et il y en a pas mal d’autres en comptant tes collaborations sur d’autres labels comme le morceau qui est sur le CD mixtape de RAM Records, ou le remix que tu as fait pour Roni Size. Tout ça est très différent mais il y a une petite touche qui séduit l’oreille.


J’essaie seulement de m’éclater quand je compose ces choses, tu vois ?
J’ai pas de grand schéma ou de pensée préméditée, je me lance dedans parce que j’aime ça. Ca sort tout seul et quand c’est comme ça, je le fais avec amour et avec un peu de chance quelqu’un appréciera le morceau.


Et en ce qui concerne les labels tu n’as rien non plus en tête ? Tu produis ton son et ensuite tu laisses les labels choisir ?


Oui, c’est plutôt ça. Les gens aiment et – en général je passe les morceaux à des gens qui les aiment vraiment, qui les mettront en avant. Mais je ne fais pas de musique pour les labels ça marche dans l’autre sens, les labels sont là à cause de la musique.


Et qu’est ce qu’il en est de la scène. Comment tu construis ton set ? Tu as quelque chose en tête avant de monter sur scène ?


Parce que la musique que je joue a beaucoup de notes, c’est très riche musicalement, je ne planifie pas un set mais j’ai des passes qui, je le sais, vont bien coller. C’est évident que tout le monde le fait ; tout le monde prémédite et produit durant une performance suivante une passe qui a bien collé. J’essaie juste de mettre les choses ensemble, mais je le vois comme ça -, avec le temps on repère les cuts, la musique va faire ceci et je vais pouvoir la changer un peu – avec la musique que je joue les gens trouvent peut être ça bizarre parce que c’est de la D’n’B -, mais c’est supposé te faire sauter sur place et c’est ce que j’essaie de faire. Mais bon, je peux pas faire plaisir à tout le monde.


Tu te verrais – sans quitter le monde de l’électronique -, faire quelque chose qui s’apparenterait par exemple à ce que Dj Shadow fait ? Un mélange de choses très dansantes avec des atmosphères très aériennes. Enfin quelque chose qui s’apparenterait presque à une pièce de théâtre avec ses climax et ses moments de recueillement ?


Je sais pas. J’ai toujours eu très peur de la scène. Je trouve difficile de monter sur scène parce que je suis de nature timide et l’idée d’être debout devant des gens – je l’ai fait quand je jouais dans mes groupes -, est particulièrement angoissante. En fait les deux ou trois premières années où j’ai été Dj, il y avait peu de gigs où je vomissais pas avant de monter sur scène, tellement j’étais nerveux, mais c’est un truc bizarre tu sais. C’est comme le Roller Coster, tu sais que tu vas te chier dessus mais tu sais aussi que tu vas adorer. Je pense que c’est quelque chose que je veux faire, c’est quelque chose de génial pour les artistes de pouvoir se réinventer, de pouvoir réinventer ses sons et prendre une direction différente – la beauté de pouvoir créer quelque chose. C’est une option pour moi, c’est quelque chose que je veux faire.


Comment tu vois l’avenir de la D’n’B ? Dans 5 ou 10 ans par exemple ?


(il prend une grosse voix) Je hais cette question ! (rires).


Ca a commencé dans les années 90 et là on est en 2005…


Je pense… C’est bizarre… En fait si je pouvais te dire ce qu’il se passerait dans dix ans, je serai pas là à discuter (rires). Je serais sur une putain de publicité - ou un truc du genre - à faire « désape toi ! » (rires)
Je sais pas. A l’évidence il faudra que ça se diversifie au fur et à mesure que ça se répand dans le monde, ça a déjà commencé et ça va continuer pour chaque nouvel endroit parcouru, donc je sais pas ce qui va se passer. J’aimerais voir quelque chose de clean, profond et crédible - comme le Hip Hop - se mélanger ou quelque chose de très vocal pas nécessairement mainstream. Je pense que les paroles actuelles passent mal sur la D’n’B. Je ne veux pas les entendre sur des lignes de basse surpuissantes, parfois c’est ok mais ça serait sympa d’avoir quelque chose qui vienne du cœur. Donc voilà je peux te dire ce que j’aimerais voir, je sais pas pour ce qui se passera, mais si c’était comme ça, ça serait plutôt cool. Ca serait sympa de retrouver cette musique dans dix ans. Tu sais les musiques comme la House ou la Techno font des cycles donc peut être qu’on fera un retour au début des années 90.


Oui ça commence. Pas mal de morceaux qui ont cartonné ressortent, ce qui est chouette, parce tout va tellement vite, en une semaine tu as une sortie et puis le morceau devient introuvable.


Oui, il faut être mobile, il faut savoir reculer pour avancer, c’est comme ça que marche le monde et ça vaut pour la musique aussi.



Interview par Pikachu
le 23/12/2005

Tags : Calibre

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