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Nocturne

: Hypnose Générale



sortie : 2017
label : Art Schock
style : Indus

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Tracklist :
1/ Confused 2/ Si tu passes 3/ Les villes 4/ Hypnose générale 5/ Made in asile 6/ Persistance & Résistance 7/ Stay alive 8/ The more I see 9/ Rappel 10/ Derrière la porte 11/ Noize against democracy 12/ Perception du réel

Dernier album en date de Nocturne, Hypnose générale, sorti en 2017, est le disque du renouveau. De la veine industrielle tirant vers l’ambient ou plus orientée noise, et majoritairement instrumentale, qui a caractérisé le projet lors de ses premières années, Nocturne a désormais évolué en direction d’une musique plus rythmique, où les vocaux ont également acquis une place prépondérante.

Jusque-là, Saphi était seul aux commandes des productions de Nocturne, mais sur ce disque le projet s’incarne désormais en un duo, avec la collaboration de Cécile, sa partenaire de concert depuis une décennie déjà. Saphi est aux machines et aux synthés analogiques, ainsi que l’auteur de la grande majorité des textes, et Cécile tient le violon, deux textes étant par ailleurs signés de sa main. Les compositions se développent tout en progression électronique, avec l'utilisation de nombreux effets de modulation et d'arpegiattor, complétés par l'apport singulier du violon. Mis à part sur les deux derniers titres, la majorité des rythmiques sont en mid-tempo. Quant aux paroles, elles expriment des chroniques d’humeur, des états d’âme, ou se font l’écho de voix intérieures.

Certains morceaux explorent le thème d’une humanité tourmentée, n’ayant aucune issue à son mal-être existentiel. L’humain y est décrit comme désemparé et socialement emprisonné, inadapté à ce monde qui de toute façon le rejette. La voix déploie une large palette d'émotions : désorientée sur Confused, lassée sur Made in Asile, magnétique sur Hypnose générale, introspective sur Rappel, désespérée sur Les Villes, ou carrément possédée sur Perception du réel.

Dans les villes le désespoir envahit tout, il est partout : « Un tranquillisant, et je suis tranquillement tranquillisé. C’est mon suicide à moi. D’un coup sec, j’y ai pensé, mais je ne peux pas. Il faut bien vivre pour mourir. Mourir de vivre. » Un rythme lancinant, un tapis de noise abstrait et un violon, d’abord mordant puis tout en nappes angoissantes, constituent l'essence de Les Villes. « J'en ai marre de me dire que ça ne va pas, mais que demain ça ira. Demain ça n'ira pas, et ça je le sais déjà. » Un morceau à la tension permanente, dont on ressort en proie au doute et rempli d'appréhension.

Deux titres relèvent davantage d’illustrations sonores, avec par ailleurs une oralité des paroles sensiblement différente des autres chansons du disque. L'anxiogène Persistance & Résistance, sur lequel Saphi déclame un discours de manière distanciée, dépeint la coercition étatique sécuritaire et psychologique opérée sur l’individu. Dénué de rythmiques, l'atmosphérique Rappel s’apparente à une sorte de field recording teinté d’electronica. Secondées par un violon profond et délicat, les paroles intimistes décrivent une contemplation amoureuse étrange : « Dans la brûlure du ciel, je t’aime toujours. Je me consume, je souffre, j’attends le dernier moment ».

Les deux textes signés par Cécile ont une teneur très distincte de ceux de Saphi, plus narrative et moins dans le ressenti. La transe poétique et syncopée de Si tu passes interroge notre propre identité : « Pose-toi la question. Cette question. Est-ce qu’ils ont raison ? », « Pose-toi la question. Réfléchis. À quoi tu crois, toi ? », « Pose-toi la question. Cette question-là. Est-ce que c’est toi qui régis ta vie ? ». Sur l'inquiétant Derrière la porte, c’est un personnage féminin énigmatique qui se trouve au centre du propos. Le texte est une évocation indirecte du traitement institutionnel de la dépendance des personnes âgées et, porté par l’intériorité et la théâtralité de la voix de Cécile, il diffuse une sensation d’angoisse sourde tout au long de ce morceau extrêmement immersif.

Présenter la démocratie comme délibérément hostile à l’épanouissement personnel pourrait apparaître trop facilement provocateur. C’est pourtant le thème du véhément Noize Against Democracy, dont la prose particulièrement agressive est en parfait accord avec le caractère oppressif de la musique : « This is the end of reality. This is the end of freedom. Your freedom. You know. I know. Wait and see the future. Noise against democracy. Noise against humanity. You’re walking alone. You hate everything. Everything hates you. Destroy whatever you want. Destroy whatever you think. Destroy whatever you choose. Destroy whatever you do. »

Perception du réel conclut l'album sur une rythmique effrénée et des paroles froides et intériorisées : « Je souffre d’incompatibilité globale, mais je n’ai pas appris à me révolter. Alors je suis dangereusement gentil. Méfie-toi, c’est le silence des insoumis. La dictature du bien me veut du mal. Et moi j’attends en silence. Silence contre nourriture. Fallait pas me laisser m’adapter au monde civilisé. C’est pour cela que je suis sans aucune pitié. Perception du réel. Angoisse du réel. » Bilan sans appel, l’humain présenté comme aliéné et à genoux sur la majorité des titres, se relève et se révolte : « Le monde va mieux quand je suis furieux. »

Remerciements à Éric Duboys



Chroniqué par Cyril Adam
le 30/08/2020

Tags : Nocturne | indus

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