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Grizzly Bear

: Painted Ruins



sortie : 2017
label : RCA
style : Pop

Tracklist :
01/ Wasted Acres
02/ Mourning Sound
03/ Four Cypresses
04/ Three Rings
05/ Losing All Sense
06/ Aquarian
07/ Cut-Out
08/ Glass Hillside
09/ Neighbors
10/ Systole
11/ Sky Took Hold

On évoque souvent dans le milieu de la pop l'étape du second opus car c'est certainement à ce moment que se décide les volontés sincères d'un groupe après un premier effort prometteur. Deux choix s'offrent alors à la formation: soit essayer de préserver une certaine intégrité musicale quitte à brosser sa fanbase dans le sens inverse du poil, soit s'embourber dans les facilités d'une pop sans saveur calibrée pour la bande fm et le remplissage de stade. Bien sûr ces deux choix sont deux formes d'absolu situées à deux extrémités l'une de l'autre mais il est toujours intéressant d'oberserver à quels degrés certains groupes au succès grandissant aiment placer le curseur au fil des années, et constater à quel point ceux-là dosent leur authenticité artistique face à cette tentation du pacte faustien.

Le dernier album de Grizzly Bear est arrivé dans les bacs quelques semaines après celui d'Arcade Fire, groupe ayant lui aussi démarré dans la sphère indé au début des années 2000, et ces deux disques résolument pop permettent de mesurer assez justement ce fameux dosage. Là où l'album Everything Now des canadiens propose une resucée de disco cheap et ABBAesque dans des morceaux pour la plupart insipides, le Painted Ruins de Grizzly Bear continue quant à lui d'arpenter cinq ans après Shields une pop accrocheuse mais pas tant que ça puisque souvent foisonnante, accidentée et libérée des codes du genre. Le résultat n'est ici pas toujours pleinement convaincant mais il y a encore chez ce groupe un soin remarquable apporté à l'écriture et aux arrangements. Il faut dire que les chansons des américains sont de véritables marches funambules cherchant l'équilibre entre d'une part des compositions sinueuses aux structures aventureuses et d'autre part une richesse sonore à la densité quasi bourrative.

Le talent de Grizzly Bear consiste alors à dégrossir ce qui menace depuis l'album Veckatimest (2009) de sombrer dans une pop baroque clairement indigeste et pour le coup très éloignée de ce qu'était la musique du groupe à ses débuts. Rappelons que Grizzly Bear est un projet ayant démarré en solitaire dans une chambre de Brooklyn, celle du compositeur ermite Edward Droste, avant de devenir un duo folk psyché en marge (l'excellent lHorn of Plenty en 2004) puis un quator lo-fi enregistrant un fabuleux second album dans la maison de la mère de Droste (Yellow House en 2006). Que de chemin parcouru depuis ces deux œuvres fragiles et singulières. Mais vers quelle destination ?

Pour leur première signature chez la grosse major RCA après trois albums chez Warp, Grizzly Bear ne change finalement en rien sa recette sur ce Painted Ruins, le quator préfèrant même creuser la symbiose de ses sonorités plurielles dans des morceaux moins évidents de prime abord. L'album est tout autant que ses prédécesseurs rempli de complaintes à tiroirs telles des divagations décousues puis recousues où seraient convoqués le dépouillement de la folk 60's, un lyrisme classieux, celui du chant impeccable d'Edward Droste, les orchestrations de cuivres et de cordes chatoyantes évoquant les productions vintage de Phil Spector, les synthétiseurs analogiques so 70's lors de certains passages kosmische music. Faire du neuf avec de l'ancien ou comme le souligne le titre de ce cinquième album : "peindre des ruines" avec ses propres couleurs, voilà ce que font tous les groupes et artistes plus ou moins inconsciemment mais Grizzly Bear semble s'efforcer à chaque nouvel album d'y apporter une touche particulière de modernité et de la camoufler dans des chansons à la simplicité seulement apparente.

Si tout ce qui fait la finesse du quator est parfois noyé dans une artillerie plus lourde qu'auparavant (Aquarian, Cut-Out ou Losing All Sense et ses vocalises rappelant Queens of the Stone Age), Painted Ruins reste toutefois, pour sa cohérence et son ambition, loin au dessus de la mêlée. Il faut écouter cette première moitié percussive emballante (l'enchaînement Mourning Sound et ses influences synth pop, Four Cypresses et Three Rings), ces trouées oxygénantes bienvenues dans un album laissant peu de répit (l'ouverture Wasted Acres ou la lumineuse Systole) ainsi que ces belles fulgurances (les deux joyaux clairs obscurs Glass Hillside et Sky Took Hold). Alors c'est ainsi et c'est tant mieux : Grizzly Bear n'a pas encore cédé à la facilité et reste un grand groupe pop sachant maintenir son niveau d'excellence.



Chroniqué par Romain
le 25/08/2017

Tags : Grizzly Bear | RCA | Pop

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