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Daniel Menche

: Sleeper



sortie : 2017
label : Sige Records
style : Drone / Minimalisme

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Tracklist :
Disque 1 : Sleeper I / Sleeper II / Sleeper III
Disque 2 : Sleeper IV / Sleeper V / Sleeper VI / Sleeper VII / Sleeper VIII
Disque 3 : Sleeper IX / Sleeper X / Sleeper XI / Sleeper XII

Le visuel importe quelquefois beaucoup dans l'appréhension d'un album et de son contenu. Après les bourgeons ornant la pochette du dernier opus de Taylor Deupree (Somi, 12k records), c'est une autre image qui vient apporter une clé de lecture voire un sens clair à une musique qui en est parfois dépourvue. Ici, c'est une chute d'eau fendant en deux un paysage rocheux et légèrement boisé qui va nous apporter la clé en nous rappelant ces ruissellements ayant creusé la roche après des millénaires. Ces derniers décrivent une équation simple comme bonjour comprenant d'un côté une matière forte (la roche, robuste mais immobile), de l'autre côté une matière faible (l'eau, inoffensive mais en écoulement constant) et entre les deux le facteur temps qui, avec l'aide du mouvement, va lentement mais sûrement inverser les rôles du dominant et du dominé. Il faut ainsi bien mesurer l'importance qu'a le temps, ou plus précisément la durée, sur les forces qui régissent subrepticement les lois de la nature. Nous pouvons ainsi faire de ce constat un parallèle assez évident avec l'écoulement du son cher au drone et à toute cette école minimaliste prenant sa source chez La Monte Young et Eliane Radigue.

Le drone est à n'en pas douter une musique s'éprouvant elle aussi sur la durée, ne prenant d'ailleurs tout son sens et sa puissance sensorielle que sur la durée. Le drone est ainsi une musique de la disproportion, une double disproportion qui se joue autant dans la longueur excessive de ses compositions contemplatives que dans l'épure souvent radicale de son spectre sonore ne tenant qu'à un fil. La richesse de cette musique provient alors de cette fameuse durée qu'elle nous impose, procurant à ceux qui se laisseront porter tout un tas d'effets méditatifs que nous serions bien en peine de retranscrire par des mots tant ces derniers tirent sur chacun de nous une corde sensible différente. Et c'est peu dire que chacun de nous y trouvera son compte dans ces douze compositions de 2016 constituant ce triple album (3 CD pour 3 heures de son au total) de Daniel Menche, trouvant enfin ce mois-ci un support physique digne de leurs existences ainsi qu'un somptueux artwork cartonné signé chez Sige Records pour les accueillir chaleureusement.

On ne présente plus Daniel Menche, l'américain creuse son sillon dans le milieu depuis maintenant près de 30 ans et s'inscrit avec Kevin Drumm et d'autres dans cette famille emblématique du drone minimaliste. Comme son nom l'indique, Sleeper est destiné aux dormeurs, c'est-à-dire aux rêveurs, aux cerveaux en veille mais en marche, bref à tous ceux qui gardent les "yeux grands fermés" pour citer l'ultime classique de Stanley Kubrick. L'expérience sera donc onirique à sa manière, elle sera sensorielle et prolongera par sa musique prégnante nos pensées au-delà de ce que nous pouvons encore consciemment contrôler. Les compositions n'ont pas de nomination, seulement une numérotation. De Sleeper I et son atmosphère industrielle invoquant un autre chef d'œuvre cinématographique (Stalker d'Andreï Tarkovski) à Sleeper XII et ses 25 minutes de diffractions mélodiques renvoyant parfois au chant diphonique Mongol tout en passant par des morceaux engloutis par d'étranges rugosités électroniques ou de lentes déflagrations parasites, chaque composition ouvre en grand les portes vers autant de mondes qu'il faudra pénétrer tant bien que mal dans leur totalité intimidante. Il faudra ensuite trouver son chemin dans cette forêt de distorsions impériales. Il faudra enfin tenter de toucher du doigt la noirceur de ces gouffres sans fond pour y voir peut-être plus clair. Au terme de son écoute longue, méditative et parfois harassante, Sleeper nous aura finalement offert un billet pour l'un des voyages les plus passionnant et imprévisible que l'on peut faire : celui vers soi-même.



Chroniqué par Romain
le 18/06/2017

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