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Bill Wells & Aidan Moffat

: The Most Important Place In The World



sortie : 2015
label : Chemikal Underground
style : Post-rock / Jazz / Slowcore

Tracklist :
01/ On The Motorway 02/ VHS-C 03/ Lock Up Your Lambs 04/ This Dark Desire 05/ The Tangle Of Us 06/ Any Other Mirror 07/ The Unseen Man 08/ Vanilla 09/ Street Pastor Colloquy, 3am 10/ The Eleven Year Glitch 11/ Far From You 12/ We're Still Here

On le dit souvent mais c’est vrai : Aidan Moffatt pourrait nous lire le bottin téléphonique, on trouverait cela toujours aussi bon. C’est le problème des grands interprètes, je parle de ceux qui ont ce talent inné. Celui qui ne se travaille pas vraiment. A ne pas confondre avec la technique évidemment. C’est d’ailleurs pour cela qu’on dissocie l’artiste de l’artisant. Le premier maîtrise son art, quand le second la technique. Aidan Moffatt fait partie de la première catégorie. Au point de lui avoir finalement pardonné la séparation d’Arab Strap.

D’ailleurs il a semblé nécessaire pour le crooner écossais à la gouaille hypnotique de se réconforter dans les bras d’un autre. Et dans le rôle du chevalier servant, pour la seconde fois consécutive, on y découvre l’inattendu Bill Wells. Ce musicien de jazz, qui faisait déjà partie de l’entourage d’Arab Strap, aura donc réussi à ramener Moffatt sur le terrain de jeu préféré de ce dernier : celui du binôme. En effet cette nouvelle collaboration fonctionne semble-t-il de la même manière que le précédent : une voix et un orchestrateur. Avec évidemment quelques variations, Moffatt apportant sa touche personnelle sur le terrain de l’homme-orchestre.

C’est dire aussi qu’il y avait de quoi attendre le retour de ce nouveau couple. Leur premier galop d’essai fut aussi inattendu que réjouissant. A juste titre ce premier album appelé Everything's Getting Older fut sacré album de l’année en Écosse. Quoi de plus étonnant que de le voir donné en 2011 dans une Flèche d’Or quasi déserte. De quoi donner le sentiment d'une fin de règne, la présence des musiciens sur scène aussi frais qu’un car de centenaires ne faisant que compléter ce tableau un peu surréaliste. Toutefois le résultat fut à l’opposé de cette vision de décadence, grâce aux prestations captivantes et magnifiques de ces musiciens, à l’instar d'un Robert Henderson, trompettiste au visage d’indien, véritable sosie d’un Chet Baker qui n’aurait pas eu le besoin de voler de ses propres ailes un soir de 1988 à Amsterdam. Un moment sublime et crépusculaire, beau et triste à la fois.

C'est ce qui ressort de cette nouvelle collaboration avec Bill Wells. Certes Aidan Moffatt, au contact de cet incroyable nounours, n’a pas pour autant changé son fusil d’épaule. Quelque chose a pourtant bougé. Si, en effet, l'on retrouve des compositions toujours aussi minimalistes, marquées par l'utilisation de la boîte à rythme et de certains claviers, une absence déstabilise véritablement l’auditeur : celle de la guitare. Il s'agit en outre de celle de Malcom Middleton. Une guitare minimaliste, tendue et incisive. Sans fioritures. Une guitare qui faisait mouche. Une guitare qui ne faisait pas dans la démonstration mais qui au contraire démontrait encore une fois que le principe Less is more est la règle, celle qui s'appliquera à des générations d’auditeurs et de musiciens, moi-même n'en faisant pas l’économie.

Bill Wells est un musicien de jazz et ça se sent. Qui plus est un jazzmen dans l’esprit de la scène britannique. Avec cette caractéristique déstabilisante pour l’amateur de musiques plus rentre-dedans de faire dans un phrasé et un touché tout en retenue. De quoi donner l’impression de flirter avec l’easy listening. Mais cela n’est pas inhérent à Bill Wells en particulier mais seulement à l’ensemble d’une scène qui n’a pas dans la culture de se fracasser les mains pour donner plus de forces à leurs compositions. Et cela n’est pas la faute du jazz à proprement parler car n’oublions pas qu’il s’agissait d'une musique de caves (à prendre dans les deux sens du termes) avant d’être assiégée par la musique classique et d’être victime de sons aseptisation et de devenir parfois bon qu’à sonoriser un moyen de transport vertical destiné à nous transporter d’un étage à l’autre.

Là où Arab Strap œuvra dans un genre incisif et puissant, ce nouveau duo propose une évolution toute en retenue et une ambiance de fin de siècle. Une atmosphère vaporeuse d’un lendemain qui déchante. Grace à cette manière de flirter avec une forme plus légère voire dans un genre proche de la muzak, la musique de ce nouvel album à l'instar du précédent, brosse le tableau fascinant d’une décadence magnifique et fascinante. Une belle réussite qui nous laisse, à l'image du gospel Street Pastore Colloquy, 3am, dans un état de réelle béatitude. A l’instar d’un concert donné un soir de mars 2011 dans une salle appelée la Flèche d’Or.



Chroniqué par Guillaume C.
le 14/04/2015

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