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Kendrick Lamar

: To Pimp A Butterfly



sortie : 2015
label : Interscope Records
style : Rap

Tracklist :
01/ Wesley's Theory 02/ For Free? (Interlude) 03/ King Kunta 04/ Institutionalized 05/ These Walls 06/ U 07/ Alright 08/ For Sale? (Interlude) 09/ Momma 10/ Hood Politics 11/ How Much A Dollar 12/ Complexion 13/ The Blacker the Berry ft. Assassin 14/ You Ain't Gotta Lie (Momma Said) 15/ I 16/ Mortal Man

To Pimp A Butterfly, troisième album de Kendrick Lamar, a créé l'évènement en leakant sur le web puis en débarquant une semaine avant sa sortie programmée. Qu’à cela ne tienne, ce jeune prodige du rap west coast enregistre sur spotify plus de 9,6 millions d’écoutes en à peine vingt-quatre heures et écrase ainsi le record mondial détenu par Drake, dont l'album-surprise If You’re Reading This It’s Too Late avait engrangé 6,8 millions d’écoutes en une seule journée. Après le succès de Good Kid, M.A.A.D. City, rien ne semble donc arrêter l’ascension fulgurante de Kendrick Lamar jusqu’au firmament du rap US, pas même le piratage...

Pour son troisième album, le jeune rappeur de Compton, Californie, a multiplié les collaborations deluxe pour produire une architecture sonore sans faille ; Snoop Dog, Terrace Martin, Flying Lotus, Pharell Williams, Taz Arnold de Sa-Ra Creative Partners ou encore Thundercat font tour à tour des caméo remarqués. Les arrangements de To Pimp A Butterfly ont été réalisés par des musiciens aux dons qui ne sont plus à prouver ; les jazzmen Ambrose Akinmusire, Kamasi Washington, Robert Glasper et le légendaire George Clinton viennent compléter un casting de choix pour un album en passe de devenir un classique du rap game.

To Pimp A Butterfly s’ouvre sur Westley’s Theory, un premier titre pop qui donne déjà un aperçu de ce qui suivra : après une courte évocation ironique du titre Every Nigger is a Star de Boris Gardener, les samples fuzzent, passant du jazz au Rythm&Blues ou à la soul, comme pour ranimer la mémoire d'une certaine musique noire américaine. Là-dessus, jaillit le flow déflagrateur de Kendrick Lamar, en échos aux luttes, sociales et musicales, de la communauté afro. Ici, c'est les déboires judiciaires de l’acteur Wesley Snipes, illustration de la manière dont l'industrie du divertissement prostitue les artistes noirs, qui inspire au rappeur ses saillies verbales.

Au risque d'attiser les critiques, que ce soit à tord ou à raison, Lamar joue jusqu'au bout la carte du rap conscient en passant en revue les pages les plus sombres de l'Amérique contemporaine. Le single phare The Blacker the Berry est ainsi un examen en différé des évènements tragiques liés à la mort de Trayvon Martin, ce jeune afro-américain tué en 2012 par un policier alors qu'il était désarmé. La plume de Lamar se fait introspective et s'évertue à lever le voile sur les spectres de la ségrégation, au son d'un hip-hop froidement coléreux. For Free ? (Interlude) est un autre exemple de la critique faite par Kendrick Lamar de la société du divertissement, en miroir au premier titre de l'album.

Sur fond de pianos hystériquement soul, le flow précipité du rappeur s’élance pour magnifier une composition hybride pas loin d'être époustouflante. Preuve que Lamar, non content de ressusciter une certaine idée du rap vindicatif, a aussi trouvé la balance parfaite entre les textes et la préciosité des arrangements. Pour boucler la boucle, la conclusive Mortal Man fait converser Kendrick Lamar et son maître spirituel Tupac Shakur. Des morceaux d’interviews donnés par 2Pac sont ainsi introduits au grès d'une mélodie mélancolique, simplement habillée d’arrangements lointainement funky. Lamar interroge les démons qui traversent la conception de son dernier album, cherchant dans la voix du défunt, les réponses à sa propre rage de vivre.

Du jazz à 2Pac, To Pimp a Butterfly sonne le rappel du meilleur de la musique noire américaine de ces dernières décennies. Lamar n'y cherche pas seulement les éléments d'une synthèse hip-hop moderniste et imparable, mais aussi de quoi inscrire dans le temps long des diatribes socio-politiques, des discours sur la communauté afro-américaine d'une troublante atemporalité. On l'aura compris, To Pimp A Butterfly délaisse les rivages de l’égo-trip pour s’orienter vers une musique révoltée, reconnectée avec le monde mais aussi terriblement calibrée et sur-produite. Kendrick Lamar atteint se faisant une stature à part, une forme de respectabilité pop que les détracteurs ne manqueront pas d'interroger en même temps que la sincérité de son discours.



Chroniqué par Etienne Poiarez
le 25/03/2015

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