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OOIOO

: Gamel



sortie : 2014
label : Thrill Jockey
style : Serialisme tribal / Post-rock maboule / Expérimentations tous azimut

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Tracklist :
01/ Don Ah 02/ Shizuku Gunung Agung 03/ Pebarongan 04/ Gamel Ninna Yama 05/ Gamel Uma Umo 06/ Gamel Kamasu 07/ Atatawa 08/ Jesso Testa 09/ Gamel Udahah 10/ Kecupat Aneh 11/ Gamel Ulda

OOIOO (prononcez Oh-Oh-Aïe-Oh-Oh!) est un groupe de filles un peu dingue. Comme d'ailleurs beaucoup de ces choses sonores qui jaillissent du cerveau de la japonaise Yoshimi P-We depuis plus d'une vingtaine d'années. OOIOO occupe pourtant une place de choix au milieu de tous les projets menés par l'ex-percussionniste des cultissimes et mal élevés Boredoms, en parallèle à sa carrière au sein du groupe. Sans commune mesure par exemple avec Free Kitten ou ses projets tribaux ou ambient (Saicobaba, Yoshimi and Yuka…etc), OOIOO est celui où Yoshimi a su le mieux explorer sa propre singularité voir sa propre folie.

Le son de OOIOO nait d'un premier album (éponyme) en forme de tourbillon punk-noise. Rapidement après, le groupe s'engage sur la voie d'une sorte d'animisme interstellaire qui culmine sur Gold and Green en 2003. Yoshimi et ses acolytes aboutissent enfin en 2006 sur Taiga puis en 2009 sur Armonico Hewa à une synthèse parfaite, rythmiquement démentielle, de toutes leurs expériences passées.
Elans bruitistes, propulsion punkoïde, incursions dans le jazz et la musique new-age dans un contexte d'expérimentations-performances tous azimut: beaucoup d'éléments, toutefois, rattachent encore le son de OOIOO à celui des Boredoms. Comme cette manière de jouer à l'infini avec les multiples émanations du rock post-quelquechose, dans des ruptures de registres incessants ou encore des sursauts de tonalités et de rythmes à dos de sauterelles rétropropulsées. Une marque de frabrique donc, que l'on retrouve sur les meilleurs morceaux d'OOIOO et a fortiori sur ce présent Gamel.

Il y a toutefois ici une forme de légèreté, voir de fantaisie, une jouissance constante dans l'invention, qui n'a pas son pareil chez le groupe du furibard Yamantaka Eye. A ce propos, Gamel, septième album de OOIOO, le troisième pour le label américain Thrill Jockey, introduit pour la première fois dans leur discographie l'usage du gamelan, cet instrument emblématique de la musique indonésienne, originaire de l'île de Java. La présence de cet instrument tant prisé par l'avant-garde occidentale pour ses qualités rythmiques et harmoniques incomparables, donne lieu à des relectures étonnantes des classiques du groupe ainsi qu'à de nouvelles compositions toutes fraiches émoulues.

Côté relecture, le gamelan autorise de nouvelles disgressions et inventions rythmiques, en jonction ou disjonction constantes avec les frappes de la percussionniste Ai et les riffs tranchants de Yoshimi et de la seconde guitariste Kayan. Alliées par exemple aux choeurs cérémoniaux de Ninna Yama et Uma Umo du précédent Armonico Hewa, les frappes polyphoniques du gamelan finissent par évoquer une forme de sérialisme tribal où affleure une folie primitive rafraichissante. Folie soulignée encore par les rythmes effrénées du gamelan pendant les explosions free aussi foudroyantes qu'inattendues des titres Udahah (issu de l'album Taiga) et Ninna Yama (encore).

Bref, le gamelan, gros de sa portée transcendantale et éminemment cérémoniale, insuffle une énergie qui unit et traverse chaque musicien de OOIOO, cristallisant à chaque seconde leur savoir-faire maboule et défricheur dans un continuum rythmique dense, emporté, et pourtant émaillé d'audacieuses discontinuités. Parmi les nouvelles compositions présentes sur Gamel, Don ah semble la plus imprégnée de ce flux d'énergie dévastateur. Là où tous les motifs sonores sont déjà donnés a posteriori pour être monter comme autant de rouages d'une gigantesque machinerie cacophonique (Atatawa, Jesso Testa), Don Ah ne semble suivre aucune ligne directrice immédiate mais s'épanouit plutôt en sursauts, détours et rebonds, - passant de la musique répétitive au rythm&blues, du prog-rock aux polyrthmies balinaises - pour finir par tirer de cette constellation les ficelles d'un universalisme cosmique: cette fluidité dans la discontinuité dont le gamelan s'avère le formidable vecteur, et OOIOO les artisans inspirés.



Chroniqué par Mickael B.
le 25/08/2014

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