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Thomas Ankersmit

: Figueroa Terrace



sortie : 2014
label : Touch
style : Musiques électroacoustiques / Réductionnisme

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Tracklist :
01/ Figueroa Terrace

Se sont-ils passés le message? Thomas Ankersmit et Valerio Tricoli, les auteurs du sublime Forma II en 2011, percutent de nouveau l'actualité dans un synchronisme parfait. Alors que la sortie de Miseri Lares chez Pan assoit un peu plus la réputation d'électro-acousticien de génie de l'italien, le néerlandais rejoint plus discrètement Touch records. Mais contrairement à ce que laisserait imaginer son rattachement à la maison britannique, son premier témoignage studio Figueroa Terrace fait tout autant oeuvre de radicalité que le nouvel album de son acolyte.

Les deux hommes n'ont pas simplement lié leurs destins discographiques, ils incarnent à eux deux un certain renouveau des musiques expérimentales, qu'ils propulsent vers un futur qui leur fait souvent défaut en les débarrassant de leurs oripeaux élitistes. Leur oeuvre commune Forma II demeure emblématique de cet élan de rénovation, sinon dans le fond du moins dans la forme: passe-muraille, grandiloquente, en un mot, extrême. De la musique non plus jouée en blouse blanche et pull à col roulé dans une chambre anéchoïque mais dans la moiteur de lieux interstitiels - clubs berlinois, stations de radio désaffectées, églises - en faisant la démonstration d'une nonchalance et paradoxalement d'une maîtrise sur-humaine du son.

Thomas Ankersmit joue du saxophone et manipule des dispositifs analogiques dont la complexité techrnique pourrait relever de la magie noire. C'est un musicien fondamentalement bricoleur et autodidacte qui s'est taillé dès le début des années 2000 une solide réputation dans le milieu des musiques improvisées en collaborant avec Kevin Drumm, Phill Niblock ou Jim O'Rourke. Mais aussi en multipliant les domaines d'intervention, que se soit en explorant les résonances acoustiques des lieux qu'ils traversent, ou en manipulant les dégénérescences des signaux analogiques qu'il pousse - sur son fameux synthétiseur modulaire Serge - jusqu'au seuil de la fracturation et de la perception auditive. Il faut néanmoins attendre 2011 pour voir son travail scénique enfin documenté, grâce à la parution de Live in Utrecht sur Ash International (une subdivision de Touch). Un témoignage, qui malgré sa troublante fluidité et sa puissance d'exécution, n'éclairait qu'une part infime de ses explorations. Ce que Figueroa Terrace vient en partie seulement réparer.

Figueroa Terrace a été enregistré entre décembre 2011 et février 2012 sur le synthétiseur Serge conservé dans les studios de l'école CalArts à Los Angeles, à l'endroit même où Serge Tcherepnin en conçut le premier modèle dans les années 70. Il ne faut toutefois pas s'y tromper, le retour au source n'est ici que spatial. Ankersmit pousse plus loin les expérimentations de Live in Utrecht en se polarisant plus encore sur les changements d'échelle sonore et les limites de son instrument. Sur Live In Utrecht, les interventions du néerlandais se concentraient sur une boucle générée depuis son saxophone. La faisant lentement enfler jusqu'au point d'implosion, il la faisait ensuite se désagréger, et sous les plis de ce macrocosme en plein délitement, en agitait la structure atomique pour orchestrer des ballets infinitésimaux et de longs mouvements de translation extrêmement ténus.

Tout au long des 36 minutes de Figueora Terrace, Ankersmit reproduit cette troublante mécanique mais en complexifie les occurrences. Et ce, en générant en discontinu un champs d'énergie statique à l'intérieur duquel se composent et se décomposent des évènements acoustiques extrêmes. Des entrailles de son synthétiseur Serge, il exhume la plupart du temps des aiguës aux sinuosités imprévues qu'il étire en de longues dérives proche du réductionnisme. A d'autres endroits, du plus profond des fissures qu'il effectue dans la matière immédiatement palpable, le néerlandais fait émerger des formes chaotiques, comme ces fréquences découpées à la perforeuse qui ouvrent le disque puis réapparaissent sans cesse dans des états altérés, en contrepoint de déchirements ou de craquements électriques, de nappes de sons translucides ou de vagues de distorsions au bord de la rupture.

Il y a quelque chose de fascinant chez Thomas Ankersmit, particulièrement dans sa manière d'intervenir toujours à la limite du chaos, de repousser les limites physiques du son comme les potentialités de son instrument. De nous faire toucher du doigt ce point précis, où au degrés maximal d'agitation du son, il manque de perdre le contrôle. Ce pari là, celui de risquer la musique au sens littéral, c'est aussi ce qui le distingue de beaucoup de ses semblables et qui fait de Figueroa Terrace une oeuvre remarquable.



Chroniqué par Mickael B.
le 12/05/2014

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