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Pan Sonic

: Oksastus



sortie : 2014
label : Kvitnu
style : Expérimentations bruitistes et impromptues

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Tracklist :
01/ 7’06″ 02/ 5’31″ 03/ 4’35″ 04/ 11’03″ 05/ 5’42″ 06/ 17’28″ 07/ 4’41″ 08/ 5’41″

Il était annoncé comme l'album de la résurrection. Oksastus est en réalité un album live qui documente l'une des dernières performances de Pan Sonic, à Kiev, le 6 juin 2009, soit un an avant que Mika Vainio et Ilpo Väisanen n'annoncent leur séparation pour se consacrer à leur pléthoriques projets respectifs. Comme un passage de témoin, Oksastus paraît sur le jeune label ukrainien Kvitnu, qui commence sérieusement à hypnotiser les esgourdes de ce côté-ci du continent européen. Rien d'hasardeux dans ce rapprochement finno-ukrainien: le maître des lieux, Dmytro Fedorenko, l'une des figures de proue de la musique expérimentale à Kiev et un proche du duo, fait émerger depuis les débuts du label en 2006, de jeunes talents issus des musiques électroniques les plus déviantes et plus particulièrement imprégnées de l'esthétique forgée par Pan Sonic, à l'instar des fers de lance Sturqen ou Plaster.

Oksastus, c'est donc un objet étrange, inattendu, difficile à situer : pas plus un album commémoratif qu'un pont jetée entre les générations ou un recueil d'inédits stricto sensu. Car avant tout, ce qu'il donne à entendre à travers les huit pièces impromptues qui le composent, c'est la musique de Pan Sonic en train de se créer, ici et maintenant. C'est le bruit blanc des fréquences en train de se fondre dans la forme et le rythme, de prendre texture et ampleur quasi sous nos yeux. Un album au présent d'un duo mort, qui fait retour vers une expérience instantanée et radicale du son sous toutes ses formes. Si, à ma connaissance, Pan Sonic n'a que très peu bouleversé son dispositif créatif, composé essentiellement de machines analogiques (synthétiseurs vintage, lecteurs de cassettes à bande, samplers), il s'est toujours focalisé sur cette recherche sonore acharnée dont Oksastus est la plus fidèle illustration.

Peut-être, Oksastus consacre l'explosion des formats et de toutes formes de plasticité dans la musique de Pan Sonic, refusant toute cohérence que ce soit dans la succession des pièces, chacune largement improvisée, et à l'intérieur de celles-ci, tous développements trop intelligibles. C'est donc une aventure éreintante qui met, plus qu'aucun autre essai de Pan Sonic, l'endurance à rude épreuve. Mais dans ce qui apparaît parfois comme un catalogue nauséeux ou une séance de tortures interminables, émergent des créatures uniques dans leur exécution, impressionnantes dans leur instantanéité et leur radicalité, ravageuses dans leur contorsions et leurs mutations tous azimuts. Des monstres d'électricité et de beats qui mettent en présence d'une énergie rarement reçue de manière aussi intense dans la discographie des finnois.

Si dans leur langue, Oksastus désigne à la fois l'idée du greffage et la culture de plantes, cet album indescriptible excelle au jeu de la transmutation du son et de la science botanique. Soit l'art de produire de l'alien, ce que 17'28" retranscrit assez bien, en plus d'être la piste la plus longue de l'album : successivement, des rouleaux compresseurs se métamorphosant dans un ressac aussi abrutissant et menaçant que le claquement des bottes entendus dans un défilé militaire avant de lentement se résoudre dans des giclées aveugles de distorsions et des battements tachycardiques. C'est ainsi, quand les ambiances, les rythmes, les formes s'effacent dans un chaos improvisationnel ou que le son devient image abstraite, impression pure et directe, bref que les mots buttent et révèlent leur incapacité à décrire, qu'Oksastus parvient au comble de son intensité, à l'image des trémulations stridentes de 5'31", désintégrées dans un mur de saturation, ou de la conclusive 5'41", réminiscences des plus bruitistes des origines garage de Pan Sonic.



Chroniqué par Mickael B.
le 08/04/2014

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