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Warpaint

: s/t



sortie : 2014
label : Rough Trade
style : Post-punk / dream pop

Tracklist :
01/ Intro 02/ Keep It Healthy 03/ Love Is To Die 04/ Hi 05/ Biggy 06/ Teese 07/ Disco//Very 08/ Go In 09/ Feeling Alright 10/ CC 11/ Drive 12/ Son

Fascinée, voire même obsédée par la période post-punk et ses artistes (Joy Division, Siouxsie and the Banshees et The Cure en tête), c'est les bras grand ouverts que j'avais accueilli le premier album de Warpaint, The Fool, en 2010. Nonchalance, élégance, tempos langoureux, réverb sur les guitares : le rock des californiennes de Warpaint avait tout pour me plaire, et l'album figure encore aujourd'hui parmi mes favoris de ces dernières années. L’épreuve fatidique du second album (intitulé tout simplement Warpaint) arrive après 4 années. État de grâce, maturité, appelez ça comme vous voulez, mais les 4 filles de Warpaint sont ici en plein dedans. Déjà séduisantes, les musiciennes se font maintenant séductrices.

Amies d'enfance, elles se connaissent sur le bout des doigts. Écumant les scènes des années entières pour roder leurs morceaux avant de les enregistrer, elles prennent le temps de façonner leur univers, leur son et l'énergie du groupe. Les musiciennes de Savages avaient opéré de la même manière avant de sortir leur premier disque Silent yourself, et dans les deux cas, cela donne un résultat étonnamment réfléchi et maitrisé pour de premiers albums. Ajoutez à cela un entourage qui facilite la visibilité du groupe (John Frusciante, guitariste des Red Hot Chili Peppers et accessoirement ex-boyfriend d'Emily Kokal avait produit leur premier EP Exquisite corpse) et une signature chez le label mythique Rough Trade (Cabaret Voltaire, Killing Joke, The Smiths...), et on peut prédire un bel avenir à Warpaint.

Ce n'est pas ce deuxième album qui viendra mettre en péril la carrière du groupe, bien au contraire. Pour cela les filles ont fait les choses bien : elles ont en effet fait appel aux producteurs Nigel Godrich (Radiohead, Beck, Air) et, pour la majorité des titres, Flood (PJ Harvey, Nick Cave, New Order). On peine à croire qu'Emily Kokal (chant, guitare), Jenny Lee Lindberg (basse, chant) , Theresa Wayman (guitare, chant) et la fraîchement débarquée Stella Mozgawa (batterie, guit, chant) viennent de la côte ouest des Etats-Unis. Une grande partie de la réussite de ce disque tient au soin apporté à la production.

Quelques changements peuvent en effet s'observer par rapport au précédent disque : tout d'abord le rythme prend une importance plus grande. Les parties basse-batterie forment le squelette bien solide de chacun des morceaux et donnent un groove nouveau à la musique de Warpaint. Que ce soit la batterie d'intro au son très cru façon répétition dans le garage (reprise ensuite dans le second morceau), le duo batterie basse compact de Love is to die ou celui sautillant de Disco/Very, le rythme et les tempos passent la vitesse supérieure depuis The Fool. Le spectre habituel du rock onirique et planant aux guitares vaporeuses est totalement enrichi. Mêmes les guitares gagnent en assurance et apportent une luminosité nouvelle : on passe d’un certain engourdissement sur le premier disque à des moments plus langoureux. L'exemple le plus frappant est le titre Disco/Very, sorte de tube disco élégant et entêtant que l'on n'aurait pas imaginé entendre sur un disque des 4 musiciennes. Tremblez, Warpaint peut aussi vous faire danser.

Les parties vocales, elles aussi, bénéficient d'un renouveau appréciable. Moins brouillon, moins froid et plus travaillé, le soin apporté aux voix prend une toute autre dimension sur ce disque. Les voix des quatre musiciennes s'unissent parfaitement pour former une entité forte : à la manière de leurs profils sur la pochette de l'album, leurs voix se calquent et se superposent pour donner une clarté et une force là où parfois il y avait trop de froideur. A 4, elles nous charment à la manière de sirènes, comme sur Biggy, ou les chœurs n'en finissent pas de soutenir en écho le chant principal à la fin du morceau, ou sur Teese et Drive. Véritable corps à 4 têtes, elles chantent quasi systématiquement à plusieurs voix, plus fortes et plus dangereuses.

Beaucoup plus cohérent que The Fool, Warpaint possède une véritable unité le long des 12 morceaux. Tellement, qu'il est dur de retenir un morceau plutôt qu'un autre. Le groupe réussit à éviter les redites et l'ennui (ce que n'a pas su faire The XX, qui évolue dans un registre proche, avec leur second disque) et proposent des morceaux détenteusr d'une fraicheur bien particulière chacun. Une petite préférence cependant pour Keep it healthy et ses arpèges de guitares entêtants, Hi pour le côté presque trip-hop de cette boite à rythme et cette ligne de basse, Teese pour le son chaud des guitares et la beauté des harmonies vocales, Disco/Very pour la dose de groove très communicative, Go in pour sa brume jazzy-Portishienne et CC pour le côté plus sombre. Difficile de choisir comme vous pouvez le voir.

Warpaint s'est ouvert à de nouveaux horizons en ne perdant toutefois pas de vue leur goût pour ce rock à la frontière du mélancolique, du ouaté et du rêve. On écoute le disque d'une traite, hypnotisé par ce rock sans âge, dans lequel on entend les influences de la new wave, l'agressivité et le désespoir en moins. Un disque pour planer, garanti sans bad trip.

Un documentaire qui suit le groupe sur presque 2 ans et demi a été tourné par Chris Cunningham (célèbre clippeur anglais pour Portishead, Björk ou Aphex Twin). Un extrait peut se visionner ici.



Chroniqué par Noémie
le 12/02/2014

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