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Michael Yonkers

: Michael Lee Yonkers



sortie : 2014
label : Drag City
style : Dark Folk / Folk - Country - Blues

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Tracklist :
01/ An Easy Goin Country Guy 02/ My Sally 03/ Black Birds in the Sky 04/ The Nice Boy 05/ Funboots 06/ Furnace Springs 07/ Pigeon Falls 08/ Mrs. Jennings Fruit Fly Farm 09/ Donald 10/ Wheeler 11/ She Can Cry Her Tears Alone 12/ I'm So Glad You Came 13/ One Room and a Brass Bed 14/ Come A Long

Dans les années 70, certains décidèrent de reprendre des classiques du blues et du folk américain et de les électrifier, afin de les remettre au goût du jour.

Michael Yonkers fit exactement l’inverse, avec son album Michael Lee Yonkers. Sorti initialement en 1972, c'est un objet musical non identifié dans l’histoire de la musique. Un anachronisme tellement parfait qu’il aurait put être enregistré dans les années 40 par un musicologue itinérant dans l’arrière-pays, son graveur de vinyle acétate à la main, recherchant le plus pécore des pécores au fin fond du Texas. Mais c’est bien Michael Yonkers, musicien emblématique de Minneapolis, plus habitué au rock expérimental avec son album de 1969, Microminiature love, qui décide avec ce projet de changer complètement de direction.

La maison Drag City nous ressort cette aberration pour nous faire profiter d’une expérience unique…

Celle d’un album à l’ambiance de kermesse redneck contenant une succession de comptines enfantines, de musiques de parc d’attraction, de manège à 1 quart de dollar le tour. On imagine très bien le musicien assis sous le porche de sa masure, en train d’occuper la marmaille sale et pieds nus des clichés du Sud Américain. Tout y est : l’accompagnement à la guitare, simpliste, les effets de voix exagérés et pas toujours juste pour amuser les enfants, le mauvais son, l’imitation de la trompette avec la bouche etc....

Mais dès la première écoute, il y a des éléments qui provoquent la double lecture. La voix de Michael Yonkers d’abord, du même timbre que celle de Johnny Cash, est incantatoire. La simplicité de l’instrumentation : guitare sèche, percussion primaire. Il y a quelque chose qui rend la musique angoissante : les riffs entêtants, l’humanité presque touchante de cette voix, que l’on sent quelque fois perdue, pathétique, cruellement seule.

Yonkers est ce gars sympathique qui amuse les gamins. Mais ici, on le sent irrémédiablement isolé. Seul à sa kermesse. Il ne comprend pas pourquoi tous ces corps inanimés l’entourent, pourquoi les enfants gisent sans vie. Il entend des rires, des applaudissements, mais comme à travers les limbes. Les rires sont inquiétants, pas de son monde. Certains morceaux sont des lives, mais la plupart se déroulent dans un silence inquiétant de sépulture.

Le malaise s’installe. Il est seul et continue à chanter son répertoire, comme quand on parle plus fort en exagérant parce qu'on sent la panique arriver, pour se donner du courage. Sa kermesse est glauque, comme une Foire du Trône abandonnée, sous un ciel couleur whisky.

Il se rend compte lentement, et un sentiment de vertige l’envahit. Et comme pour cracher dans l’œil de la Camarade, il continue à chanter, mais la fin du répertoire se fait plus noir, il abandonne les comptines pour un Blues (notamment, l'excellent She can cry her tears alone). Peut être a-t-il vu à l’horizon, à des milliers de kilomètre de là, le deuxième champignon atomique. Peut être a-t-il compris que la finalité, c’est la mort, qui peut arriver sans prévenir, pour tout emporter. Alors il n’y croit plus : ses cordes étouffées ressemblent au tic tac de la Grande Horloge.

On sent dans les derniers morceaux de l’album que la compréhension est totale. En attendant le souffle de l’explosion qui arrive à pas lent, il continue à chanter, sans y croire, sans conviction (I'm so glad you came), comme un automate déglingué. Assis seul au rebord du monde, avec ses chansons innocentes, ses chansons futiles, à contre courant, devant la destruction qui vient.

Car elle viendra. Aussi sur que Michael Yonkers à survécu a l’explosion d’une usine en 1971 et en est sorti très affaibli physiquement pour le reste de sa vie.



Chroniqué par Vieux Singe
le 06/02/2014

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