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Ø (Mika Vainio)

: Konstellaatio



sortie : 2014
label : Säkhö Recordings
style : ambient / minimalisme

Tracklist :
01/ Otava 02/ Syvyydessä Kimallus 03/ Kesäyön Haltijat 04/ Neutronit 05/ Elämän Puu 06/ Talvipäiva, Yanha Motelli 07/ Metsän Sydän 08/ Syvänteessä Pukinjalkaisen 09/Takaisin

Peut-être commettons-nous trop souvent l'erreur d'oublier que la musique de Mika Vainio a toujours eu une part importante à voir avec la dégénérescence des corps, avec la résonnance des corps en train de mourir. C'est peut-être en négatif la leçon que nous assène Konstellaatio — huitième album de Vainio sous son pseudonyme Ø, le septième sur son label Säkhö Recordings —, dont la matière sonore tout au contraire culmine dans un ravissement de cette physicalité. Ravissement des corps donc. Des corps célestes. C'est que Konstellaatio s'appréhende comme une liturgie, au sens où György Ligeti l'aurait sûrement affectionné, c'est à dire non pas comme une musique d'ambiance mais comme une prière destinée aux astres, à l'obscurité qui les enveloppe, et au voyage au travers de leurs méandres.

C'est ainsi, par translations, flottement, lents glissando, dérive ou glissement, que Mika Vainio achève de propulser sa musique vers une forme désertique et irréferentielle de mélancolie pour laisser loin derrière la violence primaire de ses productions les plus récentes (l'ultime Gravitoni chez Pan Sonic ou Kilo en solitaire). Une rupture nécessaire pour redécouvrir la séduction des pôles. Là où s'éprouve, à l'orée du silence, aux limites de l'inintelligible, le vertige de l'espace illimité, l'oubli même de la gravité comme dernière attache au connu.

D'une manière belle à elle seule, les sons du Finlandais traquent des sensations de vertige, de vascillement, de presque syncope, dans une tranquillité inhabituelle ou une douloureuse apesanteur, là, juste suspendu au-dessus d'un vide incommensurable où sa musique s'épanouit.

Sur son bateau ivre de silence, parti à l'appel des confins, le Finlandais peut s'abandonner à la fine observation des voilures du son, aux moindres oscillations de ses drapés comme impression sur-aigue de la perte de soi dans l'immensité du vide. A la lisière de l'extase procurée par cette simple contemplation, Vainio capte chaque tressaillement, chaque tintement ou hululement entendu puis oublié, pour s'ancrer plus profondément encore dans les remous et les résonances des corps sonores, captant sur son sonar les champs de force, les vents solaires, favorables ou contraires, et toutes les manifestations angoissantes d'un certain déréglement de l'espace-temps qui les contraint au flottement infini.

Derrière l'effacement progressif des rythmes, ultime balise d'une musique en phase d'aspiration dans le cosmos, se tient la métamorphose puis la disparition de la matière du corps dans la poussière de l'univers fulminant. Konstellaatio errant dans son désert de particules cosmiques devient ce qu'il ne s'évertuait pourtant pas à être, à savoir : un évènement. Un évènement où la musique se subjugue elle-même, dans cette traversée du vide ressentie au plus profond du corps et de son absence.



Chroniqué par Mickael B.
le 21/01/2014

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