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Kerridge

: A Fallen Empire



sortie : 2013
label : Downwards
style : Post-Techno / Noise / Musique post-industrielle

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Tracklist :
A1/ Chant A2/ Black Sun B1/ Death Is Upon Us C1/ Straight To Hell C2/ Scare Tactics D1/ Heavy Metal D2/ Disgust

Après plusieurs Ep remarqués dont Auris Interna, publié l'an passé sur Horizontal Ground, Samuel Kerridge rejoint le prestigieux consortium Downwards et livre un premier album brutal aux teintes saumâtres. Ce long format intitulé A Fallen Empire vient s'ancrer en profondeur dans la tradition dissidente chère au label de Birmingham. Cette tradition née vingt ans plus tôt dans la clandestinité et, depuis, profondément incrustée dans l'avant-garde, les pères fondateurs Karl O'Connor (Regis) et Pete Sutton (Female) ne l'ont jamais reniée, écartelant toujours plus leur musique entre une certaine morbidité romantique héritée du post-punk, l'ascétisme galactique des pionniers de la Motor City, et un nihilisme prolétarien issu de l'ère post-industrielle, dont Daniel Miller, le patron de Mute records, apparaît rétrospectivement comme l'éminence grise.

Mais loin de l'avant-garde où elle sont nées, les sonorités de Regis, Female, Surgeon imprègnent dorénavant le classicisme techno du temps présent. De Blackest Ever Black en passant par Hospital Productions, Pan, Subtext ou Bed Of Nails, on ne compte plus les jeunes producteurs se revendiquant de Downwards et de sa synthèse qui deux décennies auparavant, avait déjà préfiguré la monstruosité, la cruauté aveugle de la musique techno du XXIè siècle. C'est donc tout logiquement que Kerridge pour se démarquer, pousse la surenchère morbide propre à l'époque jusque dans ses derniers retranchements, annihilant tout espoirs de fuites dans un tableau saturé de poisse, au cadre toujours plus étouffant, toujours plus exigu.

Aucune révolution à attendre d'A Fallen Empire qui s'impose avant tout comme une oeuvre extrémiste et hantée par la vacuité de la musique contemporaine. Mais chez Kerridge, cette posture radicale ne consiste pas seulement dans sa palette de sonorités dégénérescentes, mais aussi dans sa manière de boucler le temps de la techno sur lui-même en ramenant de force l'histoire du genre à son moment zéro comme pour tenter de le régénérer. A Fallen Empire est donc moins un album subversif qu'un disque manifeste de cette invagination de la techno, qui confond les pôles opposés du genre en un même maelström cathartique et dangereusement terminal.

Sur chaque piste du vynile, les motifs de la techno contemporaine - déconstruction du son, minimalisme mortifère et rythmiques déphasées - se résolvent les uns les autres dans une musique aux teintes livides et aux contours burinés. On pense au métal incendiaire de Godflesh, autre entité sulfureuse poussée sur le terreau nauséeux de Birmingham. Epousant les mêmes visions incendiaires que Justin K. Broadrick, Kerridge nimbe ses saillies techno de larsens et de choeurs méphitiques. D'une guitare larvée à la surface du mix, le britannique tire aussi des lambeaux de tissus électriques, un suaire maculé de souillure dont il drape sans cesse le squelette d'A Fallen Empire, jusqu'à en faire une signature immédiatment reconnaissable.

L'art de Kerridge réside bien dans cette fabrique d'ambiances cafardeuses, d'où sortent aussi des beats maniés comme des assommoirs et des field-recordings à peine reconnaissables: rumeurs de pistons hydrauliques martelant des chaînes de production. Basculant ainsi sans cesse du sound-design le plus complexe à la violence la plus originelle, du primitivisme le plus brutal à la sophistication la plus clinique, Kerridge parvient à respecter à la lettre l'esthétique ultra-utilitariste dont il est le légataire direct, tout en continuant à travailler au corps cette musique techno rigoriste et nihiliste dans un champs des possibles de plus en plus ténu, de plus en plus envahi par les mêmes thèmes. Et si le résultat ne surprendra personne, on ne pourra que louer la redoutable efficacité dont fait preuve le producteur à chaque pouce carré de ce premier opus.



Chroniqué par Mickael B.
le 15/12/2013

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