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Oneohtrix Point Never

: R Plus Seven



sortie : 2013
label : Warp
style : Experimental / Ambient / Pop

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Tracklist :
01/ Boring Angel 02/ Americans 03/ He She 04/ Inside World 05/ Zebra 06/ Along 07/ Problem Areas 08/ Cryo 09/ Still Life 10/ Chrome Country

Il serait tentant d'écrire des saloperies sur Daniel Lopatin, le cerveau malade qui se cache derrière le masque opaque de Oneohtrix Point Never (OPN). Il faut dire que le jeune touche à tout a l'art un peu louche, à chacune de ses sorties, de contenter tout un paquet de monde. Depuis 2007, et son premier Lp Betrayed In The Octagon sous la bannière OPN (alors qu'il officie encore sous les pseudonymes Astronaut et Infinity Windows sur d'autres projets), on trouve d'un côté les gens qui n'aiment pas spécialement cet alliage ambient/sampling/drone mais qui en feront leur marotte. De l'autre il y a une audience plus regardante, les gardiens du temple de l'Internationale Experimentale (des geeks quoi!) qui se sont, eux, découverts un brin d'audace en adoubant ce mec sans véritable pedigree qui n'hésite pas à citer à qui veut bien l'écouter toutes les références et numero de série de la machinerie qui l'accompagne (en veux-tu en voilà des Roland et autres Korg). Genre le gendre idéal, le Lopatin ? Faut voir.

Adepte d'un certain dynamitage des codes, il a surtout attiré le chaland par sa capacité à approfondir les champs d'écoute à chaque nouvelle production. Et surtout à se réapproprier des espaces vacants entre les genres. Interstices, qu'il est souvent le seul à percevoir, on ne peut lui enlever ça. Rare sont ceux qui parviennent comme sur ce R Plus Seven à jumeler des références aussi branques que Fatima Alqadiri, BoC, Orbital, Air, Gold Panda, James Ferraro, Tangerine Dream ou encore Philip Glass sans vous filer la chiasse. On parle là de sa dernière mouture, mais c'est comme ça depuis ses débuts. Les bases fondatrices sont là depuis longtemps : nappes dark et fulgurantes, ambiances multimodales et synthétiques en hommage à tout ce qui sonne "analogique", un amour invétéré chez lui. Mais on peut parler aussi de cette recherche incessante d'étrangeté et la maîtrise technique qui doit aller avec pour éviter le maelstrom imbuvable. Un socle solide s'il en est, qui lui permettra d'enchaîner avec deux bombes discographiques - l'hallucinogène Returnal et le très/trop conceptuel Replica - jusqu'à l'avènement de ce fantasque R Plus Seven.

Pour tout dire, dans une période incapable de produire de nouvelles formes, Lopatin a inventé une manière expressive et percutante, persuasive le plus souvent, de se déplacer entre des formes existantes grâce à des modes d'expression qui apparaissent nouveaux. Enfin, surtout étranges au préalable !
Il y a là cette idée surréaliste, pas exactement originale, mais trop rarement appliquée, d'un travail de création en série, très concret ; une sorte de décoration qui une fois mise en place, bien équilibrée, fixée, prendrait des atours différents pour peu qu'on en frôle le support, ou qu'on s'en détourne juste quelques instants. Une musique à la fois figée, et pourtant sans cesse différentes. C'est véritablement cette sensation lysergique à souhait qui rend ce disque fascinant, au même titre que cette étonnante relation de distance et de proximité qu'on finit par entretenir avec tous ces univers musicaux visités. Une relation étrange née des écoutes prolongées, tantôt affective, tantôt plus spéculative, rabotant la mémoire ici, évitant l'oubli par là.

Un foisonnement de décalages et de paradoxes qui n'empêche pas l'artiste de s'y dévoiler avec d'autant plus de cohérence qu'il délaisse sur cet album pas mal de ses tics conceptualo-dronesque pour mieux s'immerger dans un bain presque "pop" (hop, le mot est lâché !). Accomplissant à mon goût des figures autrement plus gracieuses et directes dans leur impact que les élucubrations soniques par trop récurentes de Replica qui me firent m'en détacher très vite.
Ainsi, on entend moins dans ces plages ambient spatiales, un musicien se contentant de nager entre plusieurs eaux pour s'accaparer une liberté, qu'un artiste assumé tirant toute sa force de ce détachement nécessaire et suffisant à l'embrassement des objets de ses désirs. Et des notres par la même occasion.

D'agencements sonores en perpétuel mouvement, la musique d'OPN devient avec R Plus Seven un subtil ouvrage de mise en perspective, où le tracé des lignes de fuite devient bien plus important et beau finalement que les fuites elles-même. Ce disque est beau, voilà tout. Oui, ok, on aurait effectivement pu commencer par là!



Chroniqué par Yvan
le 03/10/2013

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