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Robert Curgenven + Richard Chartier

: Built Through



sortie : 2012
label : Line
style : Ambient / Minimalism

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Tracklist :
01/ Invariance Strata
02/ Displacement
03/ Built Through Both Side
04/ Acquisition Eviction

Line est propulsé sur les radars à l'orée du XXIe siècle sous l'impulsion de l'artiste sonore Richard Chartier. La première référence du label est Series, un disque où l'on peut déjà entendre l'electronica millimétrique et minimale de l'Américain se frayer un chemin vers le futur de la musique. Tel un véritable curateur, Chartier n'a eu de cesse depuis de documenter le dialogue entre la musique électronique et l'art contemporain, mais surtout de défricher les territoires de ce qu'on pourrait appeler l'extrême-minimal, le minimalisme du confin du spectre sonore, et ce, en publiant outre ses propres travaux, l’œuvre de compositeurs majeurs dans le domaine (Bernhard Günter, Asmus Tietchens, Steve Roden…etc). En 2012, Richard Chartier apporte la preuve que son label est toujours le poste avancé de cet extrême minimalisme sur la mappemonde des musiques contemporaines. On pourra écouter sa dernière pièce solo pour s'en convaincre (Transparency (Performance)). On pourra aussi se réjouir de la récente parution de Built Through qu'il produit en collaboration avec Robert Curgenven. Souvenez-vous, on avait découvert cet Australien d'origine en 2010 sur Line, grâce à Oltre, un recueil de recombinaisons acoustiques/numériques de haute tenue. Richard Chartier ne pouvait rêver d'un meilleur partenaire de jeu et nous, d'une affiche aussi alléchante.

Built Through décline sur quatre titres, quatre pièces conçues en laboratoire, les manipulations sonores déjà entendues sur Oltre. Les deux albums ont en commun d'être le lieu d'un achoppement permanent entre différentes sources sonores parfois antagonistes (ici, compositions antérieures de Richard Chartier, field recordings, instruments conventionnels et objets détournés). Certaines sont de nature analogique, d'autres numériques mais cette opposition n'est jamais figée. Au contraire, la limite entre l'analogique et le digital, la réalité et sa synthèse, est extrêmement poreuse et le doute est permanent quant à l'origine et la véritable nature des sons que l'on perçoit alors qu'ils passent sans cesse par une série de métamorphose. Au fond, cette explosion du vocabulaire de la musique contemporaine importe peu. Ce n'est qu'un moyen pour Chartier et Curgenven de traiter le matériau sonore, de contrarier sa destination et d'en bouleverser les perspectives à l'infini. Les deux hommes alignent donc drones souterrains, field recordings en friche, murs de basses, et écrans de parasites pour accoucher d'un univers artificiel fourmillant de courbes et de sinusoïdes. Un univers de données à jamais castré, à jamais séparé de la réalité : une surface fluide et réfléchissante où l'on est libre de se perdre comme dans un labyrinthe. Définitivement, faire dialoguer l'analogique et le digital n'est pas une fin en soi pour Robert Curgenven et Richard Chartier, et pourtant ils opèrent en la matière avec une précision chirurgicale et un sens de la composition assez impressionnant. Si les vingt-cinq minutes de Built Through Both Side ne révèlent pas leur richesse immédiatement, une pièce comme Invariance Strata sonne avec plus d'évidence. Et pour cause, elle condense d'entrée de jeu tout ce qui fait la force de leur entreprise, sa pure transparence et son attirante complexité.

Built Through combine constamment l'allégresse de la construction architecturale et la séduction vénéneuse du design sonore. Parler de textures ou de géométrie devient une hérésie. La notion même de structure est renversée sur elle-même : l'espace physique ou sonore devient mental et semble même disparaître dans la beauté immaculée de l'abstraction digitale. En fait, Built Through se tient là où le paysage sous toutes ses formes devient information pure, où sa matérialité concrète et observable, son imperfection congénitale, s'exorcise dans le virtuel. Alors, cette musique-objet qui déjoue constamment la matière sonore au gré de ses recombinaisons successives finit paradoxalement par dévoiler, à travers la virtuosité de son exécution, tout le romantisme de son intention.

Chroniqué par Mickael B.
le 10/07/2012

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